La dé­mar­che par­ti­ci­pa­ti­ve du Si­te 2000 watts Églan­ti­ne à Mor­ges

Pourquoi entreprendre une démarche participative? Réponses avec Thierry Denuault, directeur Développement immobilier, en charge des grands projets urbains chez Losinger Marazzi.

Data di pubblicazione
17-01-2022

SuisseEnergie: Quels étaient et sont les défis principaux d’un projet de construction comme le site Églantine à Morges?
Thierry Denuault: Il y a plusieurs défis à relever dans le cas de la conception et la réalisation d’un vaste nouveau quartier innovant et durable qui doit répondre aux enjeux actuels et futurs de la société: tout d’abord la cohérence et l'exécution de sa planification en pleine période de turbulences liées à la mise en œuvre de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT) et de son moratoire en termes de nouvelles zones à bâtir; son intégration dans la ville tant du point de vue urbanistique que de celui de ses riverains et de ses nouveaux habitants; l’exempla­rité de sa conception en termes de développement durable en innovant partout où c’est possible; le professionnalisme qu’il faut déployer lors de sa construction pour traverser sereinement les aléas connus en préservant la santé des équipes mobilisées; et enfin le passage de témoin aux habitants pour continuer à promouvoir et respecter les engagements inhérents à un quartier durable.

Pourquoi une démarche participative est-elle nécessaire et importante pour un tel projet?
Elle répond à la nécessaire intégration du projet dans la ville. Prendre le temps et se donner les moyens d’écouter la population concernée, c’est aussi s’assurer d’une meilleure qualité du quartier en ajoutant aux connaissances des experts (urbanistes, architectes, développeurs, ingénieurs de la mobilité, de l’environnement, etc.) celles des «experts du terrain» que représentent les citoyens voisins du site, les associations et les élus. Ce sont ces derniers qui transformeront ce nouveau quartier en un vrai lieu de vie.

Quels sont les avantages d’une telle démarche?
Cela fédère les énergies positives, et globalement participe à l’acceptation d’un projet par la population. De plus, cela permet de rester à l’écoute des gens et ainsi connaître les idées, les motivations mais aussi les craintes et les griefs d’une population locale. Chaque démarche participative réalisée est enrichissante pour nous qui imaginons et réalisons les quartiers de demain.

Quels ont été les principaux instruments de la démarche «Morges dialogue»?
Il y a eu trois grandes phases. D’abord celle de la mobilisation. Nous avons réussi à entraîner de nombreux citoyens grâce à une communication réfléchie, parfaitement organisée, et portée par le syndic de Morges qui s’est beaucoup investi. Ensuite, la démarche proprement dite faite de deux ateliers de réflexion et d’un safari urbain. Et, enfin, la conclusion en deux temps: celle de la restitution comme synthèse provisoire pleine de promesses de la démarche, puis une exposition publique qui venait démontrer comment un maximum de propositions ont finalement été intégrées au projet de quartier – promesses tenues.

Comment se sont déroulés les ateliers et comment la population les a-t-elle accueillis?
Nous avons organisé deux ateliers. Le deuxième était précédé d’un safari urbain, c’est-à-dire une promenade à travers le futur quartier et surtout son voisinage pour bien se représenter les échelles en jeu, et percevoir physiquement leur importance dans le paysage et les chances qu’il fallait saisir. La structure des ateliers est plus ou moins toujours la même: après un échauffement et la présentation de la démarche et des enjeux du site, vient le temps des réflexions autour des questions du «cauchemar à éviter à tout prix» et du «quartier rêvé», puis des recommandations.

La population morgienne, grâce à la bonne préparation et l’importante communication faite sur la démarche participative en amont, a été très enthousiaste. Les deux journées ont permis au plus grand nombre de se déplacer: les soirs de semaine, les «forces vives» de Morges, telles que les élus du Conseil communal, les partis politiques, les associations, mais aussi les riverains motivés et intéressés à donner leur avis étaient majoritaires; tandis que le samedi, on a vu plus de familles avec enfants – qui ont eu le droit eux aussi de dessiner le quartier de leur rêves – et de voisins immédiats peu impliqués dans la vie morgienne mais directement impactés par le futur quartier.

La vraie réussite de la démarche a été dans sa méthode et son organisation. Dès le début, il s’agissait d’écouter les citoyens dans les deux sens du terme: comprendre leurs attentes, et aussi s’engager à réaliser un maximum de leurs désirs. C’est en cela qu’un développeur-constructeur comme le nôtre apporte son expérience et sa responsabilité continue dans toutes les phases d’un projet immobilier: il est en mesure de respecter dans la réalisation concrète du quartier ce qui a été exprimé en amont du démarrage de l’opération. Donc écouter et échanger comme on vient de le voir, mais le faire suffisamment tôt dans le projet, c’est-à-dire avant que la conception et la vision ne commencent. Notre processus participatif nous permet de connaître, de comprendre et d’intégrer les propositions citoyennes avant même la première esquisse.

De quel façon la démarche participative a-t-elle ­influencé le projet du site Églantine?
À de nombreux endroits, essentiellement dans les aménagements paysagers et la diversité architecturale, le quartier intègre les recommandations issues de la démarche, comme l’ont démontrée les planches explicatives réalisées à l’occasion de l’exposition publique du printemps 2016.

Qu’est-ce qui a changé grâce à cette démarche?
La qualité du futur quartier a été améliorée, nous en sommes convaincus, même si nous ne pouvons pas dire ce qu’il serait advenu sans elle ! Et aussi l’acceptation du quartier par la population. Songez que le Plan d’affectation de ces plus de 40 000 m2 de surface à bâtir n’a reçu aucune opposition lors de son enquête publique.

Quels ont été les principaux défis de ce processus ­participatif?
Depuis le début, l’ambition était de mettre en œuvre les attentes des Morgiens que nous ne connaissions pas encore, car il était exclu de réaliser une démarche alibi dans laquelle les volontés exprimées ne seraient pas prises en compte. Donc il a fallu prendre le risque et avoir confiance a priori dans le processus. On peut dire ici qu’un professionnel de l’organisation de ces méthodes participatives est à ce titre essentiel. Pour notre part, nous avions mandaté l’association Equiterre.

L’autre défi était de réussir sur le sujet «taux de participation», c’est-à-dire le nombre de citoyens qui y prennent part. Et là, l’implication sans faille des autorités municipales a été primordiale, de même que la campagne de communication préalable qui a attiré et motivé les gens.

Quelles étaient jusqu’à maintenant et restent également à l’avenir les attentes de la population vis-à-vis de ce processus participatif?
C’est très simple: les attentes sont grandes, et continuent de croître. Les gens sont de plus en plus habitués, avec l’essor des technologies digitales et des réseaux sociaux, à donner leur avis. C’est d’autant plus important sur des sujets d’urbanisme qui modifient leur cadre de vie. Nous le constatons partout, la population s’intéresse et s’implique de plus en plus dans le développement de leur commune.

Pourquoi poursuivre cette démarche participative? Et avec quels outils?
Nous avons souhaité que la participation fasse partie de l’ADN du quartier Églantine. C’est la raison pour laquelle nous avons créé l’association de quartier destinée à animer le lieu et à porter ses ambitions environnementales. Pour encourager la démarche, nous avons déployé plusieurs outils digitaux qui permettent non seulement l’échange entre habitants et l’accès à des services mais aussi le vote électronique pour des nouvelles idées qui façonneront le quartier dans le temps. La démarche participative continuera donc tout au long de la vie du quartier, c’est en tout cas ce qu’on espère maintenant.

Article issu de la publication "Site 2000 watts: bien planifier – mieux exploiter". Ce cahier spécial publié en partenariat avec l'Office fédéral de l'énergie peut être téléchargé gratuitement dans notre shop

L’importance de la ­mobilité douce pour le quartier Églantine

Le quartier Églantine est un lieu de vie qui ­favorise la mobilité douce et diminue le recours à la mobilité individuelle motorisée, notamment par la réalisation des mesures suivantes:

- mise en place de bornes PubliBike,

- mise à disposition de trottinettes électriques,

- places de stationnement vélos, vélos spéciaux et bornes de réparation,

- services de car-sharing,

- quartier sans voiture en surface grâce à un parking souterrain,

- bornes rétractables permettant d’accéder à l’intérieur du quartier de manière ponctuelle et aux services d’urgences,

- places de stationnement voitures avec des bornes de recharges électriques, dimensionnement du réseau électrique permettant une évolution du nombre de points de recharge.

Site 2000 watts Églantine, Morges

 

Site 2000 watts est un label destiné aux quartiers qui font preuve d’une gestion durable et exemplaire de l’énergie et des ressources. Basé sur les objectifs énergétiques et climatiques de la Société à 2000 watts, et donc sur la loi sur l’énergie ainsi que la loi sur le CO2, le certificat est valable pour une période donnée et doit être renouvelé régulièrement. Il est possible de labéliser les quartiers à construire, à transformer et en exploitation. Le quartier Églantine s’est vu décerner le label Site 2000 watts en développement (réalisation) au mois de juin 2021.

Églantine est idéalement situé à quelques minutes seulement de la gare, du centre-
ville et du bord du lac. Il est très bien desservi par les transports publics. Entre campagne et ville, le site jouxte un ancien domaine qui bénéficie d’un patrimoine architectural et paysager rare avec sa maison de maître, ses parcs et son allée cavalière préservée. Le quartier se trouve à proximité des commerces et de nombreuses infrastructures publiques, conjuguant ainsi les facilités urbaines et le bien-être d’un environnement rural dans une ville dynamique à taille humaine.

Sur le site Églantine, les espaces extérieurs ont été imaginés avec soin : au sud, une place publique ouverte avec ses gradins ludiques, ses terrasses et ses jeux d’eau. Au cœur des habitations, des cours intérieures conviviales et verdoyantes sont aménagées comme lieux de détente et de rencontre. Sur les hauteurs, on cultive son potager et on se balade entre les arbres fruitiers pendant que les enfants profitent du vaste parc et de son aire de jeux. Dans ce cadre de verdure, on retrouve de belles surfaces d’activités et des commerces de proximité. Une résidence pour séniors, des logements abordables et des appartements de standing assurent la mixité sociale et intergénérationnelle du quartier.

Des chemins piétonniers ainsi que plus de 1000 places pour les vélos garantissent la mobilité douce pour préserver le calme et la qualité de vie du quartier. Un parking souterrain de 400 places permet d’avoir des espaces en surface sans voitures. Enfin, grâce à la mise en place d’une application mobile dédiée au projet, chaque habitant peut suivre les actualités du quartier, échanger avec son voisinage, gérer son appartement ou suivre sa consommation d’énergie en temps réel.

Le quartier Églantine à Morges obtient le label Site 2000 watts

 

Églantine: faits et chiffres

 

Surface des terrains: 40 800 m2

Type d’affectation: logements

Standard énergétique: Minergie ECO

Chauffage: pompes à chaleur (PAC) sur sondes géothermiques pour le chauffage et PAC avec récupération de chaleur sur les eaux usées pour l’ECS

Froid: geocooling par sondes géothermiques

Électricité: RCP pour regroupement de consommation propre – panneaux photovoltaïques pour consommation propre et achat d’électricité verte NMS hydraulique pour l’appoint

Livraison: 2022

 

Intervenants

 

Maître d’ouvrage: Coopérative de l’Églantine (Ville de Morges), Caisse de pension de l’État de Vaud, Mobilière, Retraites Populaires, Vaudoise assurance vie, J. Safra Sarasin

Architectes: Magizan, Tribu Architecture, Ferrari Architectes, Wilmotte & Associés Architectes, IttenBrechbühl et Verzone Woods Architectes

Entreprise totale: Losinger Marazzi