Pro­jets-mo­dèles 2020-2024 : fo­cus sur le thème de la «Par­ti­ci­pa­tion»

Alors que la période de soutien 2020-2024 pour les «projets-modèles pour un développement territorial durable» touche à sa fin, les experts-es de l'ARE partagent leurs observations en matière de participation citoyenne. Les leçons tirées de certains projets soulignent l'importance de l'engagement des communautés dans la réussite et la pérennité du développement local. Manifestation de clôture le 16 septembre 2024 à Berne.

Entretien

Trois questions à Maria-Pia Gennaio, responsable du programme projets-modèles :

Les projets-modèles de la quatrième génération du programme sont répartis sur cinq axes thématiques. Y a-t-il des thèmes communs à tous les projets-modèles?

Les axes thématiques se recoupent sur de nombreux points, comme l’illustrent notamment les liens existants entre l’axe portant sur le changement démographique et les projets-modèles qui ont pour objectif de réduire les distances dans les zones urbaines. Les courtes distances favorisent l’activité physique et les contacts sociaux, deux effets particulièrement importants pour les personnes âgées qui vivent souvent seules. Par ailleurs, il existe un besoin important d’échanges concernant les questions de méthodologie : la participation, la communication et la collaboration interdisciplinaire sont essentielles pour la réussite des projets, tous axes thématiques confondus. En outre, toutes les intervenantes et tous les intervenants se demandent comment pérenniser les résultats de leur projet et transmettre les enseignements tirés. Nous avons donc consacré notre Midterm-Conference à ces thèmes méthodologiques transversaux et à cette occasion, nous avons déjà compilé quelques facteurs de réussite.

La participation joue un rôle central dans de très nombreux projets-modèles. Pourquoi?

De nombreux organes responsables de projets-modèles souhaitent intégrer la population dans la conception de leur projet, les processus participatifs étant une pratique courante de nos jours dans le domaine social. La participation permet d’apporter un point de vue extérieur sur le projet, de tenir compte en amont des expériences des personnes concernées et d’identifier les potentiels conflits d’utilisation. Elle apporte également une plus large assise aux projets, du fait que les participants commencent généralement à s’y identifier plus fortement. Si le processus participatif est un succès, cela peut contribuer considérablement à la réussite du projet. Cependant, la pratique participative recèle souvent des difficultés inattendues.

Qu’est-ce qui rend le processus participatif particulièrement intéressant?

Souvent, le processus participatif est initié avec l’objectif d’intégrer la population au sens large. La diversité des projets-modèles montre cependant qu’il est crucial d’identifier les personnes ou les intérêts directement concernés dans un cas concret. En particulier lorsque les personnes ne participent pas d’elles-mêmes ou ont des besoins spécifiques, une méthode adaptée est requise. Il s’agit donc de se demander comment animer les différents groupes et dans quel cadre ceux-ci peuvent le mieux s’intégrer. Autre expérience tirée des projets-modèles : tous les thèmes ne se prêtent pas de la même manière à une large participation. Dans cette newsletter, nous souhaitons donc aborder l’éventail d’approches de la participation au niveau des groupes cibles, des méthodologies et d’objets et inviter les autres organes responsables de projets à examiner leur manière de procéder.

Projets-modèles 2020-2024 > Présentation des projets romands (e-dossier espazium.ch)

Gros Plan

Diversité des méthodes : pas de solution miracle mais plutôt des approches taillées sur mesure

Bien que l’on considère généralement que la participation se concrétise dans le cadre d’événements ou d’ateliers, ces méthodes traditionnelles ne constituent pas les seules solutions participatives et ne sont par ailleurs pas toujours adaptées. Le choix de la méthode dépend considérablement de l’objectif, des conditions et des groupes cibles du projet. Dans ce domaine aussi, les projets-modèles présentent une large palette d’approches qu’ils ont même étendue au cours du programme, notamment en raison de la pandémie.

Au début du programme actuel, la pandémie a contraint tous les projets-modèles à réévaluer les méthodes prévues. Certains projets-modèles, tels que celui mené à Lausanne, ont remplacé les rencontres physiques par des rencontres virtuelles ou des sondages et ont ainsi découvert que ces méthodes permettent notamment d’atteindre les personnes à mobilité réduite. Le projet-modèle du Weinland zurichois prévoyait d’emblée de recourir à une forme de participation hybride, en combinant les événements en présentiel et les formats numériques.

Indépendamment de la pandémie, quelques projets ont eu recours à des méthodes qui ne nécessitent pas d’interactions directes entre les participants : les stations d’information et d’échange (Plouderpföschten) du « Ruban vert » autour de Berne, les « fenêtres paysagères » («Landschaftsfenster») dans l’agglomération de Langenthal (BE) ou les stations du chemin paysager à Valsot (GR) constituent des interventions dans l’espace qui invitent les usagers à s’intéresser au paysage et à s’exprimer à son sujet. Cependant, des « médiateurs paysagers» intégreront prochainement l’initiative à Valsot. Pour plusieurs projets-modèles, l’aspect participatif a pris la forme de visites dans le but par exemple de recenser les chemins piétons (Frauenfeld), de rendre le paysage (Château d’Oex) ou le centre du village (le village de montagne tessinois Monte) plus accessible aux seniors ou d’examiner la qualité sonore du paysage urbain (Limmattal). À Monte, les responsables du projet ont mené des entretiens avec des personnes âgées à leur domicile (participation de proximité). Pour les projets-modèles de Zurich et Berne, les habitants ont quant à eux pu contribuer à l’aménagement de zones de rencontre dans les deux villes (participation directe).

D’autres projets-modèles ont préconisé des méthodes plus traditionnelles. Ainsi le canton d’Uri a opté pour la tenue d’ateliers étant donné que les questions relatives à la numérisation du service de base nécessitent une discussion approfondie. Les plateformes de parties prenantes se sont également avérées être des outils efficaces pour l’intégration et la coordination continues d’acteurs centraux (notamment dans le cadre des projets du Val Poschiavo (GR) et du réseau Westfeld (BS)).

La diversité des approches montre qu’il est essentiel pour la réussite des projets d’employer des méthodes flexibles et adaptées.

SAVE-THE-DATE

Manifestation de clôture

16 septembre 2024 au Zentrum Paul Klee à Berne. La participation est ouverte à toutes les personnes intéressées. Le programme sera dévoilé prochainement.

Exemple concret

Quand il est impossible d’inclure directement les groupes cibles

Le projet-modèle de Sion souhaite susciter l’enthousiasme auprès de la population pour le patrimoine culturel et naturel. Il s’adresse aux gens du cru, aux enfants et aux visiteurs, y compris aux touristes. Afin de ne pas uniquement proposer différentes offres de sensibilisation aux groupes cibles mais aussi d’inclure ces derniers dans leur développement, le projet a recouru à l’approche participative dite de «conception créative». Cette méthode était aussi accompagnée de quelques défis, comme le relève Rolf Wilk, responsable de projet de l’institut Tourisme de la HES-SO Valais-Wallis.

Afin d’atteindre les bonnes personnes, les responsables de projet ont fait appel à leurs contacts et ont essayé de recruter d’autres intéressés au moyen de l’effet boule de neige. Cette manière de procéder a très bien fonctionné pour la population locale. En revanche, elle s’est avérée moins adaptée pour faire participer les écoliers et les touristes.

Ce constat a permis de tirer la conclusion suivante : lorsqu’il est difficile d’atteindre un groupe spécifique parce qu’il ne se trouve pas toujours sur place ou qu’il ne peut pas être directement abordé, il est plus pertinent d’intégrer des organisations et des institutions qui représentent les intérêts et les perspectives des personnes concernées. Dans le cas de Sion, il s’est agi des organisations professionnelles de tourisme et de la direction de l’école, grâce à laquelle les enseignants ont pu être intégrés dans le développement de l’offre. Concernant la participation des écoles dans le projet, l’engagement d’un jeune enseignant après un démarrage compliqué du projet a été décisif, car il a permis de recruter encore d’autres enseignants pour la mise en œuvre.

Rolf Wilk souligne: « Il ne faut pas sous-estimer à quel point le projet dépend de certaines personnes, surtout parce que la participation est volontaire. » Rolf Wilk estime qu’il faudrait présenter les avantages d’un engagement dès le début, tout particulièrement lorsque le projet n’est pas en mesure d’offrir de contrepartie matérielle. Actuellement, un produit pour chacun des trois groupes cibles est prévu : du matériel didactique pour les écoliers, une visite virtuelle sur tablette pour les touristes et différentes manifestations à destination de la population locale seront disponibles prochainement afin de faire découvrir les particularités du patrimoine culturel et naturel de Sion.

Plus d'informations : Projets-modèles pour un développement territorial durable 2020-2024