L'his­toire est en marge

Editorial paru dans Tracés n°20/2014

Date de publication
17-11-2014
Revision
10-11-2015

Il y a cinquante ans, l’urbanisme et l’architecture étaient mobilisés pour donner corps au slogan «Croire et créer», devise de l’Exposition nationale de 1964 qui investissait la région lacustre de Vidy. Tracés revient aujourd’hui sur l’événement.

A l’origine de cette initiative, l’intérêt de Bruno Marchand–directeur du Laboratoire de théorie et d’histoire de l’architecture 2  (LTH2) à l’EPFL–pour Marx Lévy et l’ambitieux projet Exnal esquissé lorsque le chef-lieu vaudois fut désigné en mars 1956 par le Conseil fédéral pour organiser la manifestation. Si son influence  sur l’urbanisme en Suisse romande est largement médiatisée, l’esprit de ce projet, fortement inspiré des pamphlets de Max Frisch et des théories corbuséennes, a souvent été mis de côté.

A la réflexion, il nous est donc apparu que toute une dimension des débats générés par l’Expo 64 n’avait pas fait l’objet d’une couverture aussi complète que la manifestation elle-même. Côté lumière, l’Expo a innové avec des aménagements routiers, l’utilisation de matériaux modernes, des constructions temporaires et des moyens de transport innovants; côté ombre, de nombreux projets inachevés ou abandonnés, des histoires négligées ou occultées par le caractère à la fois éphémère, spectaculaire et politique de l’Expo.

C’est ce second volet que nous avons choisi d’ausculter, en questionnant l’avant, l’après et l’à-côté spatial et temporel de la manifestation. Cette perspective inédite a débouché sur plusieurs intensités narratives qui bousculent les idées reçues et réinterprètent les empreintes laissées par cet événement singulier dans la ville.

On découvre par exemple que le comblement des rives du lac réalisé au début des années 1960, souvent présenté, à l’instar de l’autoroute Lausanne-Genève, comme un héritage direct de l’Expo, constitue en réalité l’aboutissement d’un processus initié plus d’un siècle auparavant.

Quant au Théâtre de Vidy, un des rares vestiges de l’Expo, il doit sa pérennisation à une réflexion menée de longue date par Charles Apothéloz sur les conditions dans lesquelles se pratique le théâtre à Lausanne et à ses initiatives auprès des autorités de la ville, en marge de son rôle de Commissaire théâtral de l’Exposition.

Enfin, nous verrons que la genèse du projet de la Bourdonnette, sorti de terre en 1971, entretient des liens étroits avec celle du quartier modèle qui devait être réalisé lors de l’événement. Projet relégué aux abords de l’exposition, puis classé sans suite.

Ainsi, au-delà de la spectaculaire réussite de son architecture et de l’engouement du public, l’Expo 64 a été un événement dont l’impact a largement dépassé le périmètre qui l’a accueillie et les quelques mois de sa durée.

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