Eu­ro­pan 12

Résultats de concours

Le programme biennal a récompensé sept projets suisses. Avec pour thème: « La ville adaptable – insérer les rythmes contemporains ».

Date de publication
13-03-2014
Revision
13-10-2015

Le concours d’EUROPAN est l’héritier du PAN (Programme Architecture Nouvelle), mis en place en 1971 en France, et étendu à toute l’Europe dès 1988. Il s’agit d’un programme visant à promouvoir la qualité de l’habitat et l’urbanisme, qui réunit des associations d’architectes, d’aménagistes, de maîtres d’ouvrage et de chercheurs issus de plus de 20 pays. Tous les deux ans, EUROPAN organise un concours grâce auquel de jeunes équipes d’architectes et d’urbanistes peuvent, au-delà des frontières, se mesurer à des défis urbanistiques. Les villes partenaires intéressées soumettent concrètement des sites qui nécessitent des solutions novatrices. 
« La ville adaptable – insérer les rythmes contemporains » est le thème choisi pour cette session dont les résultats ont été annoncés en décembre 2013. Les organisateurs ont voulu mettre en évidence la nécessité d’adapter les projets urbains en mettant en place non seulement une nouvelle conception de l’organisation des espaces mais également en développant une réflexion approfondie sur les temporalités (jour/nuit, cycles saisonniers, annuel, ...) caractéristique des villes contemporaines. L’objectif étant de construire progressivement une nouvelle culture de l’adaptation. 
En Suisse, les villes de Couvet et de Marly ont participé à la 12e session du concours EUROPAN. Les sites proposés nécessitant des réponses architecturales et urbaines novatrices ont inspiré 69 équipes – 40 pour Couvet « Dubied-site, de part et d’autre de l’Areuse » et 29 pour Marly « Périmètre Winckler et Saint-Sacrement, requalification de l’entrée nord ». Sept projets ont été récompensés.

 

Entretien avec le lauréat du concours, zOO. Propos recueillis par Aurélie Buisson

TRACÉS: De quelle manière votre équipe s’est-elle constituée autour de ce projet ? 
z00 : En 2010, après nos études d’architecture à l’EPFL, nous avons loué un petit local lausannois et fondé le z00. Etant donné que chacun commençait à exercer dans des structures différentes, cet espace – qui est à la fois un lieu d’échange, de travail et de partage – nous permettait de maintenir une activité indépendante et de garder contact.
La structure de l’équipe est flexible et diffère selon les disponibilités et les motivations de chacun par rapport à la thématique du projet. Nous sommes très enclins à des collaborations extérieures : pour le concours Europan, un de nos amis architecte est venu se greffer à l’équipe constituée de cinq membres du z00.

Pourquoi le z00 ? 
C’est avant tout le nom du lieu dont nous sommes locataires. C’est ensuite devenu celui de l’équipe, pour deux raisons.
La première se base sur les notions du naturel et de l’artificiel. Nous sommes partis du constat que la nature n’a aujourd’hui plus rien de naturel, la trace de l’homme y est omniprésente. Par ironie, nous avons pris le nom de l’élément le plus artificiel qui existe en milieu urbain : le zoo. Notre idée : assumer de manière positive ce caractère artificiel des choses.
La seconde relève de l’analogie entre les structures spatiales du zoo et de la ville. Le zoo constitue une petite société dans laquelle les animaux cohabitent et prennent domicile dans des cages. La ville et ses multiples cages de béton ne serait-elle pas un grand zoo humain ? 

Concernant le concours Europan, pourquoi avoir choisi un site en Suisse ? 
Nous avons pris le parti de travailler en Suisse, sur un territoire dont nous connaissons et maîtrisons les problématiques, le cadre légal, les réglementations, le foncier, etc. Il serait dommage de ne pas mettre à profit notre bagage. Europan, c’est aussi une manière de se faire connaître localement. 

Il y avait deux sites en Suisse et un troisième à la frontière allemande. Quelles sont les raisons qui  ont orienté votre choix vers Couvet ?
C’était une évidence pour l’ensemble de l’équipe car nous connaissions presque tous ce site et son usine. Nous apprécions l’ampleur de ce territoire et son caractère isolé. En effet, il s’agit d’un objet qui, à ce jour, ne tisse aucun lien avec le contexte urbain environnant. Nous trouvions donc intéressant de comprendre comment le reconvertir, comment le (re)connecter avec le tissu urbain existant.
Vu l’échelle du site par rapport à celle de la ville, si on change le site, on change la ville ! C’est un projet très ambitieux pour notre équipe mais également pour Couvet. En effet, sans Europan, un concours d’urbanisme en bonne et due forme n’aurait probablement jamais eu lieu. Il y a peu de concours qui questionne une échelle aussi vaste en Suisse, excepté dans les grandes villes. Couvet n’aurait probablement pas eu les moyens de le faire. Europan, c’est donc une belle opportunité. 

Qu’en était-il du règlement du concours ? Différait-il de celui d’un concours « traditionnel » ?
Oui, le règlement était plus une thématique de reconversion du site qu’un cahier des charges à proprement parler. Il faut savoir que la commune de Couvet est récemment devenue un pôle économique régional. Cartier y est installée depuis peu. Il y a donc l’espoir d’attirer des entreprises horlogères en reconvertissant cette friche industrielle. Le concours favorisait donc la création d’un programme mixte d’activités, de bureaux, de tertiaire, mais a priori pas de logements. Il n’y avait aucune prescription quantitative.
Etant donné la pluralité des propriétaires, nous avons pensé qu’il serait judicieux de proposer une pépinière d’entreprises dotée d’une grande flexibilité de sorte que chacun puisse y trouver sa place. Il pourrait y avoir une crèche, des magasins horlogers, des dépôts, des imprimeurs, etc. Rien n’est figé. C’est le caractère ouvert du cahier des charges qui nous a orienté dans cette direction. 

Les contraintes orientent et façonnent souvent les projets. Comment avez-vous procédé pour concevoir un projet avec un cahier des charges aussi ouvert ?
Nous avons établi un cahier des charges avec nos propres contraintes en cherchant à révéler certaines caractéristiques du site qui nous semblaient pertinentes.
Au niveau urbain et paysager, nous souhaitons faire de l’Areuse un élément structurant et fédérateur entre le site et la ville. D’où l’idée de créer une grande promenade longeant cette rivière et reliant les deux gares situées aux extrémités nord et sud. La réhabilitation et la conception de passerelles créent une suture urbaine et participent également à cette nouvelle dynamique.
Concernant le bâti, nous avons préconisé la conservation et la reconversion de certains édifices que nous jugions emblématiques, notamment l’usine et son conduit de cheminée élancé ou encore le Centre neuchâtelois d’intégration professionnelle. 
Afin d’optimiser les surfaces utiles, le projet propose un système évolutif qui se déploie sur le site comme une grande nappe, laquelle est rabaissée régulièrement, formant ainsi une succession de barres orientées nord/sud. La hauteur maximale de 12 mètres a été déterminée de manière à ce que l’existant ressorte et soit mis en valeur. L’orientation dépend de l’apport lumineux et de la vue sur le paysage environnant. L’implantation des constructions nouvelles s’ancre sur celle du parcellaire existant, favorisant ainsi un développement par phases.
La partie basse possède deux visages : côté rivière, l’aménagement favorisera l’implantation d’activités « légères » en relation avec l’espace public piéton ; l’autre versant sera réservé aux activités moins « nobles » et aux espaces de livraisons. Les niveaux supérieurs sont distribués depuis le rez-de-chaussée. Il s’agit d’un système de stratification verticale intégrant une mixité programmatique : atelier ou activités au rez-de-chaussée et bureaux dans les étages. 
Notre proposition montre à la commune et aux propriétaires les potentialités du territoire et leur offre une vision globale et des grandes lignes directrices d’aménagement. Il ne s’agit pas d’un projet dessiné. C’est un processus.

Qu’entendez-vous par processus ? Est-ce pour vous une manière de répondre à la thématique de cette session Europan : l’adaptabilité et les rythmes urbains ? 
Nous avons pris le parti de ne pas chercher à tout maîtriser, ce qui rend notre projet très flexible et pourvu d’une grande adaptabilité. Même si nous sommes tous architectes de formation, nous avons dessiné un projet urbain dans lequel l’architecture est relativement abstraite. En termes de stratégie de séduction par rapport aux membres du jury, ça a fait mouche dans le sens où chacun pouvait y projeter une image. Les rendus qui allaient trop loin dans le détail ont provoqué l’effet inverse. 

Dans ce projet, vous jouez le rôle d’aménageur. Bien que votre proposition soit peu dessinée, avez-vous néanmoins certaines intentions architecturales ?
Au-delà de la disposition et de la morphologie globale du bâti, nous ne savons pas s’il sera possible d’intervenir plus largement sur le caractère architectural de l’opération. Nous souhaiterions fournir quelques prescriptions générales sur les matériaux, le rythme des façades et les percements pour conserver l’image globale du projet. C’est un parti pris à défendre.
Mais étant donné que les constructions futures seront investies par différents propriétaires, il est difficile d’imaginer que ce volume, long de 500 mètres, soit traité de manière uniforme. Toutefois, même s’il y a une grande diversité architecturale, nous tenons à maintenir une certaine cohérence de l’ensemble et pourquoi pas, construire un bâtiment !

 

Note

1. Le rapport complet peut être consulté sur le site : www.europan-europe.eu

 

 

Membres du jury

Pierre-Alain Dupraz, architecte, président en l’absence de Daniele Marques
Jürg Capol, fondé de pouvoir
Alberto Figuccio, architecte (suppléant)
Robert Prost, ingénieur ENSAM
Sofie Troch, cheffe de projet
Léonard Verest, urbaniste
Cristina Woods, architecte

 

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