De nou­veaux ho­ri­zons pour l’ar­chi­tec­ture suisse

Le Prix Master Architecture de la SIA, qui récompense les meilleurs travaux de fins d’études réalisés dans ce domaine en Suisse, est décerné pour la deuxième année consécutive. Mi-septembre, un jury indépendant réuni à Fribourg a été chargé de retenir huit projets parmi les 32 travaux en compétition. Impressions, enseignements et perspectives.

Date de publication
10-10-2023

C’est dans un cadre inhabituel que le jury s’est réuni au mois de septembre pour désigner les meilleurs travaux de master en architecture de Suisse. En effet, les délibérations se sont déroulées dans les locaux de l’ancienne fabrique de chocolats Villars, située sur le plateau de Pérolles à Fribourg. Le choix du lieu ne devait rien au chocolat, mais il a clairement mis en lumière la tendance qui a marqué les projets proposés cette année: du point de vue des étudiant·es, l’architecture de 2023 est synonyme de «construire dans le bâti existant». Ce leitmotiv omniprésent s’observe à différents niveaux d’intervention, et va même jusqu’à une volonté délibérée de ne rien construire de nouveau. Il est intéressant de noter qu’aucun des projets architecturaux traditionnels ne prévoit de nouvelles constructions, tandis que plusieurs projets libres intègrent l’architecture dans un contexte social, environnemental et économique plus large.

De nouvelles tendances face à d’anciennes problématiques

Cette édition a apporté son lot de nouveautés, notamment dans la composition du jury, renouvelé chaque année. Sandro Hauser, lauréat du Prix Master Architecture 2022, a rejoint le jury et a ainsi pu découvrir pour la première fois les coulisses du processus d’évaluation. Contrairement aux travaux en lice l’an dernier, en grande partie infrastructurels ou portés par des réflexions poussées sur la crise climatique, la sélection de cette année était nettement plus homogène. Si un projet abordait les conséquences du changement climatique, c’était pour proposer une mise en œuvre architecturale cohérente en adéquation avec ce sujet. C’est le cas, par exemple, du travail de master intitulé «Nobody is an Island», qui a thématisé le problème de la montée du niveau de la mer dans la petite ville allemande de Husum, en bord de mer du Nord, pour le traduire de manière remarquable en un projet architectural.

Un défi qui avait déjà donné matière à débat l’an dernier s’est encore intensifié cette année, du fait de l’accent mis sur la construction dans l’existant: les plans ne faisaient souvent pas clairement la distinction entre l’ancien et le nouveau. Pour les membres du jury, il était parfois difficile de discerner ce qui relevait du bâti existant et ce qui constituait une intervention. Il n’a pas toujours été facile non plus de suivre le fil de la pensée des auteurs de projet – non pas par manque de compétences. Plusieurs d’entre eux ont exploré leur sujet bien au-delà de l’aspect strictement architectural. C’est le cas du travail de master « The Element of Repair », qui propose un concept d’avenir pour les anciennes exploitations agricoles d’État en Pologne. Certains étudiants ont mené des entretiens, expérimenté des matériaux, tourné des vidéos et créé des sites web. Le jury a tenu compte de cet engagement impressionnant tirant parti des médias numériques. De tels contenus sont toutefois difficiles à présenter de manière optimale dans le cadre d’une évaluation traditionnelle reposant sur des plans suspendus. Si cette mouvance persiste, il conviendra peut-être d’envisager d’adapter le processus d’évaluation.

En matière de représentation, une nouvelle tendance évocatrice du passé s’est dégagée. On retrouve des axonométries et des dessins à la main (ou des dessins générés à l’aide de filtres pour ressembler à des esquisses), ainsi qu’une palette de couleurs rappelant les années 1970. Autre fait notable : l’internationalisation des projets. Alors que l’année passée, six des huit travaux de master primés concernaient des projets suisses, l’édition 2023 compte cinq projets étrangers parmi les gagnants – en Moldavie, en Allemagne, en France, en Colombie et en Pologne. Cette évolution montre que l’ère du COVID-19 est (espérons-le) révolue et que nous avons à nouveau la possibilité de voyager, mais aussi que les connaissances enseignées dans les hautes écoles suisses sont manifestement applicables à l’échelle internationale. 

Prix Master Architecture de la SIA

Ce prix décerné conjointement par le groupe professionnel Architecture (BGA) de la SIA et le Conseil suisse de l’architecture vient couronner les meilleurs projets de master de la filière Architecture. Tous les projets achevés au semestre d’automne 2022 ou au semestre de printemps 2023 ont été pris en considération pour la sélection de cette année. Les établissements procèdent eux-mêmes aux nominations, tandis qu’un jury indépendant récompense cinq à huit projets. Ce prix est doté de 14 000 francs.

L’évaluation des travaux est confiée à un jury indépendant. Le jury s’est réuni à Fribourg à la mi-septembre pour délibérer. La remise des prix aura lieu le 16 novembre 2023 à l’espace culturel Le Nouveau Monde, à Fribourg.

Tous les travaux nominés peuvent être consultés sur sia-masterpreis.ch. Les projets primés en 2022 figurent également sur le site.

 

Prix Master Architecture 2023 de la SIA 

 

Jury:

Marcia Akermann, MAK Architecture, Zurich

Lilitt Bollinger, Lilitt Bollinger Studio, Nuglar-St. Pantaleon

Véronique Favre, FAZ architectes, Genève

Riccarda Guidotti, Guidotti Architetti, Monte Carasso

Sandro Hauser (lauréat 2022), bernath + widmer Architekten, Zurich

Claudio Meletta, Stereo Architektur, Zurich/Bâle

Daniel Niggli, EM2N, Zurich

Andreas Ruby, S AM, Bâle

Pat Tanner, :mlzd, Bienne/Berlin

 

Représentants du BGA:

(sans droit de vote)

David Leuthold, pool Architekten, Zurich

Jakob Schneider, Salathé Architekten, Bâle

Léa Prati, Atelier Prati Zwartbol, Zurich

 

Modération:

Philippe Jorisch, président du BGA, JOM Architekten, Zurich

 

Projets retenus:

  • Erhalt von Obstbaumkulturen als Teil des Ortsbildes am Beispiel von Zuzwil SG.
    Rebecca Strässle, ZHAW, sous la direction d’Ingrid Burgdorf, Andreas Sonderegger et Marc Loeliger
     
  • Hotel Național – Arriving back home.
    Olga Cobuscean, ETH Zurich, sous la direction de Jan De Vylder
     
  • Nobody is an Island.
    Leslie Majer, ETH Zurich, sous la direction de Tom Emerson
     
  • machina CITREA.
    Stefanie Hug, HSLU, sous la direction de Johannes Käferstein
     
  • Paris, Transit: plate-forme alimentaire du dernier kilomètre.
    Marie-Ange Farrel et Manuel Rossi, EPFL, sous la direction d’Eric Lapierre
     
  • Purii.
    Marine Gigandet, Janosch Kirchherr, Johannes Pfeifle, ETH Zurich, sous la direction d’An Fonteyne et Philip Ursprung
     
  • The Element of Repair.
    Alicja Prusinska, ETH Zurich, sous la direction d’Emanuel Christ et Christoph Gantenbein
     
  • Zwischen Zeilen.
    Rebecca Baer, HSLU, sous la direction de Peter Althaus