Construire pour ré­pa­rer

Ingénieurs sans frontières Suisse (IngOG+) s’engage aux côtés d’organisations partenaires et des autorités locales pour construire une maison d’habitation destinée à l’accueil de femmes défavorisées en Bosnie-Herzégovine. Un projet qui met architectes et ingénieurs face à de nombreux défis.

Date de publication
08-10-2020
Eric Carrera
Teilprojektleiter Bözbergtunnel bei Amberg Engineering

Il y a 25 ans, la signature des accords de Dayton mettait fin à la guerre de Bosnie. En quatre ans, ce conflit aura coûté la vie à plus de 100 000 personnes et provoqué d’importants déplacements de population. Aujourd’hui encore, la Bosnie-Herzégovine est hantée par cet épisode douloureux : Bosniaques, Serbes et Croates vivent dans une société qui reste largement ségrégée, marquée par la corruption, un système politique sclérosé et une mauvaise situation économique.
Les actes de violence liés à la guerre et l’exploitation sexuelle organisée ont traumatisé des milliers de femmes, qui doivent aujourd’hui gérer leur vie quotidienne privées de tout soutien familial et livrées à elles-mêmes. Nombre d’entre elles vivent dans le plus grand dénuement et souffrent encore physiquement et psychologiquement des faits subis. Les structures sociales patriarcales les condamnent à une quasi-invisibilisation, et les autorités ne déploient guère d’efforts pour remédier à la situation.

Nouvelle demeure pour un nouveau départ

C’est dans ce contexte particulier, exacerbé par la pénurie de logements sociaux et pour personnes âgées, qu’il a été décidé de construire une maison pour accueillir une colocation un peu particulière en périphérie de la petite ville de Gradačac, dans le nord du pays.
Il est ainsi prévu que des femmes en situation de fragilité y cohabitent, cultivant les terres alentour pour subvenir en large partie à leurs besoins dans un esprit d’entraide. Ce un mode de vie doit leur permettre de devenir plus autonomes et de s’émanciper. Les résidentes définiront elles-mêmes les termes de leur cohabitation et organiseront leur quotidien de manière indépendante. Au besoin, elles pourront faire appel à une personne qualifiée pour les guider.

Un projet international

Ce projet est le fruit de l’initiative de Hazima Smajlović – Bosniaque originaire de Gradačac qui a fui son pays en 1993 avec ses enfants pour s’installer en Suisse – et de l’engagement d’IngOG+. L’association prend en charge la direction du projet et le financement, coordonne la conception et la construction de la maison, accompagne la mise en place et l’organisation de la colocation et met en relation toutes les parties impliquées. La planification du projet ne s’est pas toujours déroulée conformément aux attentes et aura réservé son lot de surprises, comme le résume l’équipe de projet d’IngOG+.
Basé à Zurich et Belgrade, le bureau d’architecture TEN a collaboré avec les architectes du cabinet Bessire Winter, afin d'assurer la conception et la réalisation du bâtiment d’habitation. La collocation sera gérée par Naš Izvor, une fondation créée en Bosnie par IngOG+ ; l’association gérera la collocation, restant ainsi étroitement liée au projet. Les résidentes seront sélectionnées par un comité constitué de membres de ladite fondation, de l’association partenaire Vive Žene ainsi que de représentantes des services sociaux de la commune de Gradačac. Les frais courants seront pris en charge par Naš Izvor, la commune de Gradačac et le canton de Tuzla.

Une architecture parlante

Dès le départ, IngOG+, TEN et Bessire Winter ont misé sur une conception audacieuse. Comme l’a fait valoir l’architecte Nemanja Zimonjić de TEN : « Cet ouvrage doit contribuer à conférer davantage de visibilité sociale aux femmes et au projet. »
Une maison, c’est un espace dont on attend qu’il apporte un sentiment de bien-être et de sécurité. Ainsi, il s’agit là non seulement d’ériger une maison, mais aussi un lieu de vie. Conçue selon des plans symétriques matérialisant le principe d’égalité, la maison permettra à la fois les échanges et le respect de l’intimité. Situées de plain-pied et généreusement dimensionnées, les chambres des résidentes donneront sur la forêt, leur offrant un cocon individuel.
L’espace réservé à la vie commune, également au rez-de-chaussée, s’étirera entre deux salles de bain et permettra aux résidentes de profiter de moments de convivialité. Cette pièce comportera en outre des aires distinctes pouvant être allouées à diverses utilisations et offrant des « bulles de tranquillité ». Durant les mois d’été, la vie se déroulera en extérieur sur le terrain de la maison. Les combles feront office d’espace multifonctionnel, pouvant servir à la fois de bureau pour la personne en charge du suivi, de chambre pour les visiteurs ou de stockage.
Le projet de construction a été déposé auprès de la commune et est actuellement en cours d’évaluation par les services compétents. La prochaine grande étape sera marquée par le début des travaux – une phase dont IngOG+ espère qu’elle renforcera sa crédibilité auprès des autorités locales, nombre de projets menés par des ONG s’étant avérés décevants par le passé.

Soutenir le projet

Les coûts du projet, incluant la première année d’exploitation, se montent à 215 000 francs au total. Si les trois quarts de cette somme ont déjà été réunis, les volontaires d’IngOG+ auront encore fort à faire pour collecter le reste – mais la gratitude et le bonheur des bénéficiaires justifie tous les efforts.

Dons
IngOG Suisse, 8092 Zurich, IBAN : CH47 0900 0000 6015 4664 3, Motif de paiement : BIH001 ; www.ingog.ch/donate

 

Ingénieurs sans frontières Suisse (IngOG+)
Ingénieurs sans frontières Suisse (IngOG+) est une organisation à but non lucratif œuvrant dans le domaine de l’aide au développement. Elle est présente en Suisse depuis 2008, en tant que membre du réseau international d’Ingénieurs sans frontières International (IGO), et compte quelque 100 membres s’engageant bénévolement dans le monde entier auprès de communautés défavorisées. Les projets d’ingénierie ainsi menés sont associés à une transmission active de connaissances, de manière à offrir à ces personnes non seulement de meilleures conditions de vie, mais aussi les moyens de se développer durablement.

 

Cabinet d’architecture et de recherche TEN / Bessire Winter
TEN est un cabinet d’architecture et de recherche, basé à Zurich et Belgrade, rassemblant des professionnels issus de disciplines variées : architecture, design, histoire de l’architecture, littérature, sciences et art. Ses valeurs se reflètent dans son portfolio de projets lancés à son initiative et réalisés en collaboration avec des laboratoires de recherche, le grand public, des pouvoirs publics, des représentants communautaires et des clients privés.

 

Bessire Winter est un bureau d’architecture sis à Feldbrunnen (Soleure). Récipiendaires du Förderpreis 2020 décerné par le canton de Soleure, Céline Bessire et Matthias Winter travaillent actuellement à la réalisation de petits projets de construction et ont enrichi leur travail d’activités de recherche grâce à ce prix destiné à la promotion de la relève. Avec la création en 2017 de la revue d’architecture Delphi, le duo a constitué une plate-forme d’expression permettant à une jeune génération d’architectes de prendre une part active au débat autour des sujets qui font l’actualité de l’architecture.

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