Baukultur de Suisse
Avril 2026
Simon Weil à Genève
Arduino Cantàfora à Lausanne
Paola Vigano à Venise
La Distinction de patrimoine suisse à bunq
Simone Weil au Pavillon Sicli. Après la phénoménale « Robert Walser Sculpture » réalisée en 2019 sur le parvis de la gare de Bienne, c’est au pavillon Sicli d’accueillir un nouveau « Monument précaire et éphémère », imaginé par Thomas Hirschhorn. L’environnement, ouvert gratuitement au public, 7 jours sur 7 de 10h à 22h pendant 78 jours, est une ode à l’accueil inconditionnel, à tous et toutes. Dans la démarche artistique que Hirschhorn qualifie de «Présence et Production», le pavillon implique sa présence active et une création quotidienne, réalisée en coopération avec une cinquantaine de personnes habitants Genève. Dans un quartier en pleine mutation et qui fait craindre des effets de gentrification, l’invitation conjointe de la Fondation Sicli et de la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe) délivre un message subtil mais on ne peut plus clair. L’œuvre est dédiée à la philosophe humaniste Simone Weil (1909–1943), une enseignante qui décide en 1934 de se faire ouvrière, puis de s’engager l’année suivante dans les Brigades internationales lors de la guerre d’Espagne. Son recueil La Pesanteur (1947) invite à se délester de la pesanteur du « moi » et d’agir pour la justice avec générosité, sans attendre quoique ce soit en retour. Nous reviendrons dans l’édition de juin sur cette performance d’art public hors norme.
Jusqu’au 16.06.2026
Monument précaire et éphémère
Pavillon Sicli, Genève
– pavillonsicli.ch
Le prix PSSV à bunq. Deux surélévations discrètes emportent la seconde Distinction vaudoise de Patrimoine Suisse. Réalisée par bunq architectes à l’avenue Béthusy à Lausanne, elles répondent avec grâce à la problématique de cette édition: il s’agissait de démontrer que densification et respect du patrimoine ne sont pas incompatibles. Ce projet offre une réponse par l’exemple aux critiques adressées à l’association, accusée régulièrement de s’opposer aux projets de densification. Pourtant en 2025, sur sept jugements rendus, les tribunaux ont donné raison à six reprises à PSSV, rappelle la présidente de l'association dans l'édition qui annonce le résultat du prix. « Notre intention n’est pas d’empêcher la réalisation de projets de construction, mais de promouvoir une densification qui place l’humain au cœur de l’habitat », écrit Muriel Thalmann. Avec leurs revêtements en bois scié teintés de la même couleur que le crépi des façades, les deux surélévations de Béthusy offrent quatre logements en attique qui semblent prolonger naturellement l’architecture des deux immeubles Art déco (classés en note 3). Mais le prix délivre également une mention, bienvenue, à des projets non réalisés (c’est assez rare pour le souligner): trois projets de concours émanant du jeune bureau détritus. (Lausanne). Chacun propose une alternative à la démolition-reconstruction - la stratégie généralement appliquée pour agrandir des EMS. S’inscrivant dans la tradition du concours politique qui ose contester le programme, et prenant sur eux le risque d’être écartés (un seul des trois projets a été primé), les architectes font œuvre pédagogique. « En mettant en évidence certaines incohérences systémiques liées aux normes et aux cadres administratifs, detritus. ouvre un débat qui dépasse le seul champ architectural », dit le rapport de la commission. Souhaitons que ce message soit entendu. La remise de la distinction aura lieu le samedi 30 mai 2026 à Lausanne, en présence de la conseillère d’État Isabelle Moret.
Distinction vaudoise de Patrimoine suisse 2026
– patrimoinesuisse-vd.ch
Cantàfora à Archizoom. L'exposition de printemps d'Archizoom est consacrée à l'enseignement de l'architecte-peintre, et professeur de dessin qui a formé des générations d'étudiant·es d'architecture, à Mendrision et à Lausanne. À l'EPFL, il emmenait ses étudiant·es au CHUV, au laboratoire de dissection. Devant les cadavres préparés, ces jambes, ces bras rasés, cireux, il commandait de sortir son carnet, son crayon, et de regarder attentivement. Cette leçon, peu l’ont oubliée: elle invitait à reproduire l’expérience qui avait conduit Albrecht Dürer a étudier de près les cadavres écorchés, à une époque où cette quête de connaissance était prohibé par la religion et par tous ceux qui se méfiaient des sciences naissantes. Dessiner à la main, c’est apprendre. Cette leçon, Arduino Cantàfora la déclinera dans différents exercices didactiques pendant quinze années d’enseignement à l’EPFL, en reproduisant avec un réalisme scientifique plantes, insectes, scelettes, locomotives, et même des façades d'immeubles. L’autre grande leçon de l’architecte devenu peintre de la Tendenza a trait aux techniques employées pour reproduire fidèlement la réalité, avec quelques instruments simples (règle en bois, pinceau), qui suffisent à dompter la matière (craie, graphite, peinture) et la transformer en ombre et en lumière. Dessiner à la main, c’est comprendre – la physique, la matière, mais aussi le temps nécessaire à maîtriser son geste.
Jusqu'au 05.06.2026
Exposition
Une éducation au réel, l’Atelier Cantàfora à l’EPFL
– archizoom.epfl.ch
Vigano à Venise. En 2027, le pavillon de la Suisse accueillera le paysage – enfin, aimerait-on dire. C’est Paola Viganò qui dirigera l’équipe de commissaires. Architecte et urbaniste, récipiendaire du Grand prix français de l’urbanisme 2013, du prix Schelling 2022, Viganò a contribué aux plans directeurs et à l’élaboration de visions urbanistiques et paysagères de plusieurs villes européennes. Née à un jet de pierre du Tessin, professeure à l’IUAV Venise, elle porte un regard très informé sur la Suisse, de part et d’autre de l’arc alpin: à Lugano, où son agence (StudioPaolaViganò) établit le plan directeur (PdCom Lugano), à Genève, où elle a dirigé l’une des quatre équipes travaillant à la Vision territoriale transfrontalière 2050, et évidemment dans la région lausannoise puisqu’elle dirige le laboratoire LAB-U de l’EPFL (et, depuis 2022, le Habitat Research Center).
Le titre évocateur de l’installation Je suis eau s’inscrit évidemment dans le narratif de la Suisse comme château d’eau de l’Europe. Mais l’élément sera abordé «à la fois en tant que sujet, entité juridique et puissance formatrice dans nos espaces de vie, et non seulement comme ressource». L’idée poursuit la lecture biopolitique de l’aménagement du territoire que développe Paola Viganò depuis quelques années. L’architecture et l’urbanisme agissent comme «une médiation entre les corps, les individus, les populations et les différentes formes de pouvoir», écrit-elle dans le Jardin biopolitique (MētisPresses, 2023). En résumé, chaque décision d’aménagement a des répercussions jusque dans nos corps.L’installation Je suis eau invitera à suivre le parcours de cet élément dans le paysage suisse depuis les cimes alpines jusqu’au robinet, en passant par les barrages, les fleuves et les rivières enterrées des villes suisses. Le parcours mêlera installations artistiques, réflexions écologiques, concepts techniques, juridiques, scientifiques. L’installation devrait même viser une expérimentation in situ qui contribuera à rétablir une connexion évidente, mais souvent perdue, entre l’eau de pluie et le sol.
08-05 – 21.11.2027
Pavillon de la Suisse à la 20e Biennale d'architecture de Venise
– prohelvetia.ch