Athènes : por­trait d’une ville, entre dés­in­té­gra­tion et per­sis­tance

Le pavillon grec à la Biennale d'architecture de Venise

Date de publication
04-09-2012
Revision
19-08-2015

Pour la 13e Biennale d’architecture de Venise, le pavillon grec est entièrement consacré à la situation dans la capitale du pays. Il s’agit d’un portrait joyeusement chaotique d’une ville confrontée à une crise sans précédent. Brassant librement des indices culturels, sociologiques, économiques, et politiques, le projet parvient avec justesse à cerner le geist de cette métropole balkanique de 4 millions d’habitants devenue multiethnique par la force des choses. Les textes du catalogue, signés Georges Tzirtzilakis (lire son article paru en 2011 sur la transformation d'Athène en une ville post-fordiste), D.A. Fatouros, ou encore Dimitris Filippidis, poursuivent cet effort de cerner l’identité du pays à partir de la forme de ses immeubles et de ses villes.
De quelle évolution sociale, Athènes est-elle le symptôme? Quel bilan peut-on dresser dans une situation d’attente et de tumulte social? Si l’exposition parvient admirablement à raconter le brassage et les tentions qui forgent la ville actuelle, elle omet sciemment tout un versant des conséquences de la crise: l’arrêt total de toute activité constructive dans un pays qui en avait fait son principal moteur économique. Comment raconter le désastre de l’inactivité pour les professionnels du bâtiment? Comment raconter les centaines de jeunes architectes et ingénieurs qui quittent le pays pour tenter leur chance ailleurs ? Certes des choses ont été construites après les Jeux de 2004, notamment de nouveaux immeubles s’efforçant de réinventer le modèle de la polykatikia: l’immeuble de rapport qui constitue l’essentiel du paysage urbain athénien. Il est également vrai que le centre historique et certains de ses quartiers déshérités ont entamé ces dix dernières années une authentique gentrification. Comme dans d’autres villes qui ont fait renaitre leur centre, cela a commencé par l’arrivée d’artistes, suivis de près par des entrepreneurs immobiliers. Des nouveaux lofts sont venus s’ajouter dans les rues à maisons basses des quartiers résidentiels populaires.
Ce qui gâche ce scenario idyllique, c’est que contrairement à ce qui s’est passé à Paris, Berlin, ou Barcelone, ici la gentrification a été stoppée. Athènes constitue en cela un cas unique. Sous l’effet de la crise, les chantiers se sont arrêtés. Les lofts, fautes de preneurs restent vides. Quant aux immeubles désaffectés, une nouvelle génération de squatteurs les ont occupés: non plus des jeunes artistes branchés, mais la nouvelle vague d’immigrés clandestins: les quartiers du Gazi ou de Metaxourgio, affichent aujourd’hui l’étrange spectacle d’un embourgeoisement suspendu. Quand on sait que l’accomplissement de ce type de transformation se termine par le départ des plus démunis ainsi que des artistes, on ne sait plus vraiment s’il faut regretter ou bénir la crise. Dans les quartiers partiellement gentrifiés du centre, les loyers restent bas. Finalement, l’exposition donne tous les éléments pour établir ce constat: le processus de gentrification, souvent décrit par les urbanistes comme une marche forcée, est réversible. Il peut se figer, et dans certains cas s’inverser.
La ville est aujourd’hui en suspens, en prise avec des mouvements radicalement opposés: des manifestations au cours desquelles partent en fumée des joyaux architecturaux, des milices qui chassent les clandestins, un quart de sa population active au chômage, un mouvement anarchiste des plus dynamiques d’Europe, la richesse outrancière digne d’un paradis fiscal côtoyant une pauvreté toute aussi extrême. A Athènes les choses sont arrêtées; reste à savoir dans quelle direction elles vont évoluer une fois qu’elles vont se remettre en marche.

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