Le quart d’heure vaudois de la rénovation énergétique
La der d'avril
Finissons ce numéro par un chiffre: 6 milliards de CHF. C’est ce que coûte à la Suisse chaque année la combustion des énergies fossiles dédiées au chauffage des bâtiments1. En petites coupures, et si on considère qu’un billet de 10 CHF possède une épaisseur d’environ 0.1 mm, cela représenterait une pile unique de 60 km de hauteur – ça fait beaucoup de papier à brûler.
Un chiffre mis en avant par Mohamed Meghari, direction générale de l’environnement du Canton de Vaud, lors d’une énième explication de la nouvelle Loi sur l’Énergie (LVLEne) donnée à une poignée de maîtres d’ouvrage réuni·es lors d’un séminaire2. Votée en février dernier, elle marque un tournant historique pour l’immobilier en Suisse romande: de l’incitation à la rénovation énergétique qui prévalait jusque-là, on passe à la contrainte réglementaire. Le Canton de Vaud ambitionne de rattraper son retard: fini le rythme des rénovations qui stagne à 1% du parc immobilier par an, alors que pour atteindre les objectifs climatiques (le Zéro Net fixé par la Confédération), 2-3% seraient nécessaires.
Les prescriptions de la LVLEne s’inspirent du MoPEC 2025 et ses applications au bâti sont directes: obligation pour les bâtiments datant d’avant 1985 d’obtenir un certificat énergétique; amélioration de l’enveloppe des passoires énergétiques dont la SRE est supérieure à 750 m2; équipement obligatoire des bâtiments nouveaux ou rénovés en panneaux solaires; passage forcé aux énergies renouvelables en cas de remplacement des systèmes à énergie fossile. Directes, certes – mais pas aberrantes. Ce n’est pourtant pas l’avis de l’UDC Vaud, qui a lancé début mars un référendum contre la loi, arguant que l’impact financier pour les propriétaires et les locataires serait trop lourd. La réponse du Canton tient en deux points:
- Aujourd’hui les agents fossiles (pétrole, gaz naturel) sont importés quasi-totalement de l’étranger. Or la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient ont souligné la volatilité de leur prix, ainsi que l’insécurité des réseaux d’approvisionnement.
- Rénover coûte cher, certes. Ne pas le faire coûte encore plus: les bâtiments inefficaces énergétiquement souffrent déjà d’un brown discount et deviennent des actifs immobiliers à risque.
Qu’on le veuille ou non, le futur post-pétrole est déjà là. Et le marché est aujourd’hui un gigantesque jeu du Mistigri – ceux qui finiront avec les passoires thermiques perdront beaucoup.
Une chose est certaine, cette loi donnera du travail aux professionnel·les du bâti pour les prochaines années, car se contenter d’emballer et de changer une chaudière n’est pas la bonne approche. Dans bien des cas, il faut lire l’existant, comprendre la substance bâtie, proposer une stratégie d’intervention précise et cohérente: bref, faire appel à un·e architecte.
Verra-t-on alors fleurir sur les devantures des bureaux d’architecture les titres d’expert·es en CECB et les annonces du type: «pour deux certificats énergétiques achetés, le troisième offert?» Et surtout les architectes demanderont-ils à leurs clients désemparés, tels des coiffeurs fâchés devant une frange ratée, «Mais qui a vous a emballé cette façade? Je peux essayer de réparer les dégâts, mais la prochaine fois venez me voir directement!». Car au-delà de cette accélération plus que souhaitable, comment la rénovation doit-elle être globalement abordée, au-delà de la seule question énergétique – matériaux, langage, tectonique, culture, patrimoine...?
Notes
1. Source: recensement service cantonal de l’énergie ZH
2. Évènement «immobilier et énergie», organisé par Wüest Partner le 17 mars 2026 à Lausanne