Co­pen­ha­gue a-t-el­le att­eint la neu­tra­li­té car­bo­ne en 2025?

Copenhague n’a pas encore atteint son objectif de «zéro émission nette», fixé il y a près de 15 ans. Mais cette ambition, initialement envisagée sous un angle strictement technique, s’est étendue à tous les domaines – mobilité, énergie, urbanisme et architecture. Pour l’ancienne architecte de la ville Camilla van Deurs, elle en a fait l’une des villes les plus agréables du monde.


 

Publikationsdatum
12-12-2025
Camilla van Deurs
Architect MAA, PhD, Adj. Professor, Partner at Nordic Office of Architecture, city Architect of Copenhagen between 2019 and 2024.

Copenhague aspire depuis longtemps à devenir la première capitale mondiale neutre en carbone, en affichant une vision audacieuse: non seulement réduire les émissions de CO₂, mais aussi démontrer que cela est compatible avec croissance, développement et qualité de vie élevée. Cet objectif politique, ambitieux, visait 2025. Il a été fixé en 2012 et guide depuis lors chaque décision de l’administration municipale – qu’il s’agisse de stratégies de mobilité, de permis de construire ou d’appels d’offres publics. Ce qui avait commencé comme un mandat technique a transformé Copenhague en une ville florissante, prospère économiquement, reconnue pour la qualité de ses espaces publics et son engagement indéfectible en faveur de la durabilité environnementale.

Cependant, Copenhague fera face à d’importants défis dans les années à venir. La ville est en pleine expansion, avec de nouveaux quartiers, des besoins croissants en logements, en écoles, en parcs et en espaces publics. L’un des grands défis consiste à concevoir une architecture à la fois belle et durable, qui accompagnera ces transformations tout en intégrant de nouveaux matériaux et modes de construction.

Le plan climatique CPH 2025: une approche holistique

Le plan climatique CPH 2025 constitue une feuille de route complète fixant des objectifs précis dans quatre domaines clés: la consommation d’énergie, la production d’énergie, la mobilité verte et l’administration municipale. Ces quatre piliers sont essentiels pour atteindre la neutralité carbone. Le plan vise à mettre à profit les ambitions de durabilité de la Ville pour stimuler l’innovation, la création d’emplois et l’investissement, grâce à la collaboration entre entreprises, institutions de recherche et citoyens.

Les bâtiments, les rues et les espaces publics ont un impact direct sur les agendas climatiques locaux et mondiaux. À Copenhague, la mesure de l’empreinte carbone est globalement répartie entre les transports, l’industrie du bâtiment et la consommation. L’urbanisme et l’architecture représentent environ les deux tiers des émissions, ce qui en fait des leviers cruciaux dans la quête de neutralité carbone – voire d’impact environnemental positif.

Copenhague veut démontrer que croissance, développement et qualité de vie améliorée peuvent aller de pair avec la réduction des émissions de CO₂. À mesure que la cité relève ces défis, son architecture et son esthétique évolueront inévitablement. La vision politique du développement urbain repose sur des considérations climatiques et une attention portée à la biodiversité – tant pour les nouvelles constructions que pour la requalification des espaces existants.

Ainsi, la Ville s’est fixé pour objectif de garantir à chaque habitant un accès à un espace vert à moins de 300 m de son domicile, avec des quartiers dotés d’un mélange de grands et petits espaces végétalisés, privilégiant les essences locales et la gestion des eaux pluviales. La préservation du bâti existant est également une priorité, et les nouvelles constructions doivent recourir à des matériaux réutilisables ou à faible impact climatique.

Copenhague est réputée pour son approche urbaine centrée sur l’humain, où la vie publique, les espaces ouverts et le cadre bâti sont pensés ensemble. De plus en plus, les décisions politiques en matière d’aménagement urbain visent à réduire l’empreinte carbone en intégrant des outils fondés sur les données, tels que l’analyse du cycle de vie (ACV). Depuis 2020, tous les bâtiments publics dont le coût dépasse 20 millions de couronnes danoises (DKK), soit environ 2.7 millions d’euros, doivent respecter au minimum le standard DGNB Or et, depuis 2023, tous les nouveaux projets de construction doivent faire l’objet d’une analyse du cycle de vie. En mars 2022, le Conseil municipal a également décidé d’intégrer un «budget climatique» à toutes les décisions budgétaires pertinentes. 

Le 14 juin 2022, le Comité des finances a adopté le cadre du premier budget climatique, qui a été mis en œuvre en lien avec le budget 2023. En outre, en 2023, ce comité a adopté plusieurs points de développement pour le budget climatique. Il ressort de ces décisions que l’impact climatique est calculé pour certaines initiatives budgétaires en vue de futures négociations sur les budgets et les dossiers de transfert, par exemple les initiatives comportant des réductions quantifiables de CO₂eq afin de répondre au Plan climat 2025 de Copenhague, ou les initiatives liées à la construction de nouveaux bâtiments générant des émissions de CO₂eq. Pour rendre cela possible, le champ des initiatives budgétaires incluses dans le budget climatique sera élargi à l’avenir au fur et à mesure de l’évolution des données, modèles de calcul, etc.1

Réduire les émissions du secteur du bâtiment

À l’échelle mondiale, le secteur du bâtiment est un contributeur majeur aux émissions de CO₂, principalement à cause de l’énergie nécessaire pour le chauffage, le refroidissement et l’éclairage. À Copenhague, 98% des bâtiments sont chauffés par un réseau de chaleur propre, alimenté par l’incinération des déchets et la biomasse – avec un plan pour passer à des sources d’énergie plus durables dès 2025. La Ville s’efforce de réduire la consommation d’énergie en améliorant l’efficacité des bâtiments et en explorant des solutions innovantes, comme le stockage de chaleur dans la masse du bâti.

Parallèlement, un nouveau plan solaire vise à augmenter le nombre de panneaux photovoltaïques installés sur les structures urbaines, en complément de l’énergie éolienne produite à l’extérieur de la ville. D’autres initiatives incluent des achats groupés d’engins de chantier à faible impact en partenariat avec la Ville d’Oslo, la réduction et le recyclage de tous les déchets de construction, ainsi que l’optimisation de la logistique des chantiers pour minimiser les émissions liées au transport.

Moins de démolitions

La Ville privilégie désormais la reconversion du bâti existant plutôt que sa démolition, afin de réduire encore son impact environnemental. L’intention de ne pas démolir est inscrite dans le plan municipal et dans la politique architecturale, même si les termes restent souples. Un outil de calcul de l’analyse du cycle de vie (ACV) de la démolition a été développé pour informer les décisions politiques. Ce point soulève actuellement un vif débat à propos d’un projet où les chiffres de la Ville ne correspondent pas à ceux du cabinet d’architectes travaillant sur le projet2.

En mars 2022, le Conseil municipal a décidé d’intégrer un «budget climatique» à toutes les décisions budgétaires pertinentes.

Une autre initiative consiste à adopter des plans locaux de protection. Par exemple, dans le quartier de Rentemestervej (au nord-ouest de la ville), 100 bâtiments ont été classés, y compris les constructions jugées «laides», considérées comme importantes pour la mémoire et l’identité du quartier3. L’outil juridique le plus efficace a été la réduction du coefficient d’occupation des sols (COS) à 60%, contre 185% dans les nouveaux plans (les bâtiments existants atteignant souvent 200 à 300%). Avec un tel ratio, il n’est tout simplement plus rentable pour un propriétaire de démolir.

Réduire les émissions liées aux transports

Le trafic motorisé à carburants fossiles reste une autre source majeure d’émissions. Déjà célèbre pour son vaste réseau cyclable, Copenhague agit sur ce plan en améliorant l’accès aux transports publics, en électrifiant bus, véhicules municipaux et ferries du port, et en créant des «îlots de circulation»4 limitant l’accès des voitures particulières à certains quartiers. Ces mesures réduisent les émissions tout en favorisant une mobilité plus verte pour les habitants.

Les dilemmes du développement urbain

Malgré son agenda climatique ambitieux, certains projets ne respectent pas pleinement les objectifs de durabilité. Les priorités politiques peuvent parfois l’emporter sur les considérations environnementales, entraînant l’approbation de projets en contradiction avec les ambitions climatiques — comme la démolition de bâtiments historiques, la création de nouveaux parkings ou la construction sur des espaces verts précieux.

Depuis 2010, Copenhague a réduit ses émissions de 65%, et la transition verte est loin d’être terminée. La stratégie climatique 2026-2035, adoptée en 2024, vise une réduction supplémentaire de 50% des émissions liées à la consommation d’ici 2035. Elle prendra aussi en compte l’empreinte carbone des biens et services produits en dehors de Copenhague mais consommés localement, tels que les matériaux de construction. Cette approche favorisera une économie circulaire du bâtiment et vise à inciter les citoyens à modifier profondément leurs modes de consommation – alimentation, mobilité et style de vie compris.

Influencer le changement d’habitudes quotidiennes par des politiques publiques n’est pas toujours populaire, ni auprès des électeurs, ni auprès des investisseurs du secteur immobilier. Les responsables politiques doivent donc faire preuve de courage et maintenir leurs priorités à long terme malgré les critiques ou le lobbying professionnel, au nom de l’objectif commun.

Une transition verte collective

En définitive, la transition verte de Copenhague consiste à trouver des solutions plus intelligentes, plus vertes, plus saines et plus rentables. Atteindre la neutralité carbone exigera de repenser radicalement notre manière de construire, de nous déplacer, de consommer et d’utiliser les ressources urbaines. Par un effort collectif, Copenhague veut montrer l’exemple: prouver qu’un avenir durable est non seulement possible, mais aussi bénéfique pour tous.

Camilla van Deurs est architecte MAA, PhD, professeure associée à l’école d’architecture d’Aarhus et associée au Nordic Office of Architecture. Elle a été architecte en chef de la Ville de Copenhague entre 2019 et 2024.

Le plan climatique de Copenhague (CPH Climate Plan)

 

En 2009, la Ville de Copenhague a lancé le plan climatique CPH, visant à réduire ses émissions de CO₂ à zéro d’ici 2025. En 2012, ce plan est devenu un objectif politique officiel.

 

En 2021, la Ville estimait avoir réduit ses émissions de 72.6% depuis 2005 (soit 2.3 millions de tonnes émises). En 2018, 1.2 million de tonnes avaient déjà été évitées, principalement grâce à la conversion des centrales électriques et du système de chauffage, alors même que la population avait augmenté de 22%.

 

En 2025, 86% de l’objectif auraient été atteints. 

 

Ce plan ambitieux repose sur quatre piliers: consommation d’énergie, production d’énergie, mobilité et initiatives municipales. Bien que l’objectif de 
neutralité totale n’ait pas encore été pleinement atteint, la Ville a accompli des progrès majeurs, partagés notamment au sein des réseaux C40, Carbon Neutral Cities Alliance (CNCA) et EU100 
Climate-neutral and Smart Cities.

 

Le plan climat 2025 et le plan climat 2035 sont disponibles (en anglais) sur le site de la Ville (urbandevelopmentcph.kk.dk/climate).

Notes

 

1 Pour obtenir un aperçu de l’application de ces mesures, voir Klimabudget 2025 – Bilag 2 (en danois)

 

2 Voir: Max Laebo Wulff, «Rådgiver og kommune er uenige om LCA-tal forud for Bellahøj-nedrivning» (Le conseiller et la municipalité sont en désaccord sur les chiffres d’ACV en amont de la démolition de Bellahøj), Byggemonitor, 18.08.2025.

 

3 Sur le débat suscité par la mise en œuvre de ce plan, voir Søren Astrup, «Enestående bydels historie skal bevares: Næsten 100 bygninger i Nordvest skal sikres mod nedrivning» (L’histoire unique de ce quartier doit être préservée: près de 100 bâtiments dans le Nordvest doivent être protégés contre la démolition), Politiken, 02.02.2024.

 

4 Les «traffic islands» (îlots de circulation) sont des zones urbaines où les voitures peuvent accéder à certains secteurs via des rocades et des voies d’accès, mais ne peuvent pas circuler librement d’un secteur à l’autre.
 

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