Wang Shu lau­réat du Pritz­ker 2012

Date de publication
02-04-2012
Revision
19-08-2015

«Si l’on maintient les traditions inchangées, elles disparaissent. Mais si l’on ne fait que les copier, elles disparaissent aussi » Voilà ce que disait Wang Shu en 2010, dans une interview à la revue italienne domus. Désigné Prix Pritzker 2012 fin février, l’architecte chinois y parlait de l’installation éphémère qu’il venait de réaliser pour la Biennale de Venise: une structure en forme de dôme de quatre mètres de haut, composée de simples voliges  assemblées par dix personnes en un jour, sans clous ni liants.
Dans son rapport, le jury du Prix Pritzker insiste sur le fait que le travail de Wang Shu et de son bureau «donne une nouvelle vie au passé», et que son approche «critique et expérimentale», respectueuse du contexte, s’appuie sur un «usage modéré des ressources». Wang Shu est certes le premier Chinois a recevoir ce prestigieux prix (le jury ne manque pas de le mettre en avant), mais il est aussi – plus important peut-être – le premier architecte non commercial et inconnu lors de sa nomination à entrer dans ce cercle d’élus.
Certains peuvent voir dans ce fait une tentative de redorer l’image d’une profession malmenée par le comportement avide et vaniteux de quelques-uns de ces protagonistes (voir à ce sujet l’article de Brendan McGetrick, « Why Wang Shu », publié le 2 mars 2012 sur le site Internet domusweb). D’autres cependant auront du mal à admettre que la pratique du remploi (pour l’Ecole des beaux-arts de Hangzhou, Wang Shu a récupéré les matériaux des quartiers détruits alentour), l’importance accordée aux populations autochtones, à l’artisanat et au processus de construire en tant que tel seraient soudain devenus convenables au point d’être couronnés par le Pritzker. Dès lors, l’écho médiatique particulièrement faible qui suit la nomination de Wang Shu est peut-être bon signe. Le public semble échapper à l’inondation habituelle d’opinions convenues, et le principal protagoniste – par ailleurs lauréat, il y a cinq ans, du Global Award, le Prix international d’architecture durable –, a l’air de résister aux effets corrosifs des grandes distinctions. Le nom de son bureau en tout cas, Amateur Architecture Studio, dit bien que l’art de bâtir n’est pas la prérogative de quelques stars, et qu’il s’agit de se permettre de reprendre la réflexion à la base à chaque nouveau projet.

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