TRACÉS: 150 ans que ça dure

150 ans TRACÉS

Date de publication
14-11-2025

Oubliez critères et définitions: la «durabilité», c’est ce qui dure, tout simplement. Seul le temps peut la révéler. Voilà 150 ans que «dure» TRACÉS, l’une des plus anciennes revues romandes encore actives. Son secret? Le changement, discret mais constant. Derrière sa stabilité apparente se cachent d’innombrables mouvements, comme le montre le résumé historique que nous proposons, mais surtout la multitude de rédactrices et rédacteurs ayant contribué à ce projet collectif. Ces transformations suivent celles des professions SIA et, plus largement, notre rapport à l’environnement.

Pour tester cette définition sommaire de la «durabilité», nous avons confié à six correspondant·es un essai fondé sur nos archives. En génie civil, en architecture ou en paysage, ils et elles citent des réalisations qui ont fait débat et marqué l’évolution de la culture bâtie romande. L’essai de Nicolas Meier (p. 41), issu de la lecture de 526 (!) nécrologies, en dit long sur ces générations de «modestes» constructeurs qui, croyant répondre aux besoins de la société, les ont en réalité suscités. Ils ont façonné usages et territoires à l’image de leurs ambitions, parfois en artificialisant à outrance des paysages qu’on tente aujourd’hui de rendre à la nature. Valérie Hoffmeyer, au fond, ne dit pas autre chose quand elle raconte l’extraordinaire évolution de notre rapport aux rivières et aux lacs, que l’on n’a cessé de «corriger» durant des décennies, avant de tenter, désespérément, de les «renaturer».
Philippe Menétrey évoque lui aussi une mutation importante, celle de l’ingénierie civile. Elle affronte aujourd’hui un problème colossal qu’elle a en partie suscité: la maintenance des 30 à 40000 ponts qu’elle a érigés en Suisse. Pour éviter des catastrophes, il faudra reconstruire chaque année un pour-cent de cette armada vieillissante. On saisit alors toute l’importance de définir avec une extrême précision le sens du mot «durabilité».

Cette notion était déjà discutée au «crépuscule moderne» décrit par Bruno Marchand dans son essai. Il montre que la ligne éditoriale d’IAS puis de TRACÉS a toujours visé un haut niveau de débat – technique et esthétique – en refusant les postures partisanes pour l’une ou l’autre de ces tendances qui secouent l’architecture à partir des années 1980. On devine même dans son texte une nostalgie d’une époque où architectes et ingénieur·es travaillaient ensemble à une critique objective. C’est d’ailleurs cette alliance transdisciplinaire qui explique la renaissance du bois dans le récit d’Audanne Comment. À moins qu’il ne s’agisse d’une reconquête: les six projets emblématiques qu’elle cite grignotent chacun une portion de territoire reprise à d’autres. Enfin, Sonia Curnier raconte bien une naissance: celle de l’espace public. Longtemps subordonné à d’autres disciplines, il devient, au fil des pages de TRACÉS, un objet d’étude en soi, mais aussi un enjeu de société que la revue a contribué à défendre.

Vous le verrez, les projets qui jalonnent cette histoire sont liés par une même exigence, celle de comprendre, questionner et critiquer les manières de faire, afin de maintenir les professions que nous accompagnons toujours avec bienveillance et rigueur dans un état permanent de transformation créatrice.

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