Arrêt sur images: Iconocode de Serge Fruehauf
Le photographe, plasticien et iconographe Serge Fruehauf s'est plongé dans les archives de TRACÉS, à la recherche d'images.
En tant que photographe, Serge Fruehauf s’est surtout intéressé à l’architecture. Les objets inanimés de l’espace urbain, pour qui sait les regarder (et Fruehauf le sait), offrent une somme de renseignements inépuisable sur l’humain, sur sa manière d’être au monde. L’environnement bâti, à l’image de la société, n’est pas exempt d’aberrations. Ces situations architecturales absurdes, Fruehauf aime les révéler par la photographie. Au fil des années, il a accumulé un nombre considérable de clichés. Les publications Extra Normal et Batirama, parues respectivement en 2016 et en 2018, donnent un aperçu de cette impressionnante archive photographique.
Mais Serge Fruehauf n’est pas seulement photographe, il est aussi iconographe, une activité dont Nicolas Bouvier (qui l’exerçait aussi) disait qu’elle était «presque aussi répandue que celle de chien truffier ou de charmeur de rats.1» L’iconographe est une personne en quête de perles rares, qui recherche, parmi des milliers d’images, celles qui ont un potentiel, ou qui conviendraient le mieux à une situation donnée. À notre époque, caractérisée par un flux ininterrompu d’images de qualité parfois douteuse, cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Cette recherche éperdue, Fruehauf la mène notamment avec l’association Correspondances, qu’il a fondée en 2022. Celle-ci s’est donnée pour mission de collectionner les cartes postales d’architecture du 20e siècle, puis de les numériser pour les mettre à disposition du grand public par le biais d’un site internet2.
Pour ce numéro des 150 ans, TRACÉS a demandé à Serge Fruehauf de mettre sa casquette d’iconographe. Il a parcouru des dizaines de milliers d’images contenues dans nos archives, et n’en a gardé que quelques-unes pour former Iconocode. Dans cet hommage, les images ont droit à une seconde vie. Le projet bouleverse et détourne les codes de l’édition d’une revue technique. Ce qui était autrefois une photographie de chantier ou une publicité acquiert un sens nouveau. Donnés sans légende ni commentaire, ces documents graphiques peuvent se lire à plusieurs niveaux. À chaque lecteur et lectrice de se les approprier, en se laissant porter par la force visuelle du travail de Serge Fruehauf.
Notes
1. Nicolas Bouvier, «D’images et d’eau fraîche», Radio TV Je vois tout, 18 septembre 1975