Un lieu en­voû­tant

La transformation du site de Bühler à Sennhof garantit l’avenir de ce complexe de grande valeur historique et industrielle. Les petites centrales hydro­électriques historiques seront par ailleurs complétées par une grande installation photovoltaïque.

Un méandre de la Töss crée une plaine entre les collines du Brünggberg et de l’Eschenberg. Tout autour, de la forêt à perte de vue. À l’horizon, le château de Kyburg se dresse dans le ciel. C’est le cadre de Sennhof, une oasis de verdure aux portes de Winterthour. Ici, rien ne rappelle la ville, même si le hameau s’est considérablement développé grâce à une excellente desserte en transports en commun. 

La transformation du site de Bühler, situé en face de la localité, de l’autre côté de la rivière, contribue particulièrement au développement de la région. La première étape est terminée et la deuxième est en cours.

Une filature avec de petites centrales hydroélectriques et une nouvelle installation PV

L’entreprise Hermann Bühler AG a été l’une des premières filatures mécaniques de Suisse. C’est aussi celle qui a perduré le plus longtemps. Malgré les énormes efforts ­déployés, elle a dû fermer ses portes en 2016, après 204 années d’activité. Depuis, des surfaces commerciales et de production ainsi que des logements ont vu le jour dans les bâtiments libérés.

L’histoire de l’entreprise familiale avait commencé en 1812 avec l’installation d’une filature. Une première usine a suivi en 1832, puis une deuxième en 1835 à Kollbrunn. Plus tard, les activités se sont divisées en deux : Eduard Bühler & Co. a continué sur le site d’origine jusqu’en 1994 tandis que ­Johann-Heinrich Bühler s’est étendu à Sennhof et y a construit une autre filature en 1860. Ce bâtiment remarquable est devenu le siège de l’entreprise, baptisée Hermann Bühler AG en 1989. C’est aujourd’hui une société immobilière qui est dirigée par la septième génération.


Cet article a paru dans le numéro spécial « Immoblier et énergie VIII, intitulé Potentiel des zones de production transformés ».

D’autres articles sur ce sujet sont disponibles dans notre dossier numérique. 

La vallée de la Töss, dans l’Oberland zurichois, a compté très tôt parmi les régions industrielles importantes d’Europe centrale. De nombreuses entreprises se sont installées sur les bords de ce fleuve qui présente une pente idéale et ont utilisé l’énergie hydraulique. Il n’est donc pas étonnant que les usines de Bühler soient situées précisément à cet endroit. À Schöntal, en amont de Kollbrunn, l’eau est déviée du lit de la rivière et acheminée vers les turbines des anciennes filatures via des canaux d’une longueur ­totale de 6 km et deux étangs industriels. En aval de Sennhof, au bord de la plaine, se trouve la dernière de ces petites centrales hydroélectriques avant que l’eau ne retourne dans la Töss.

Le complexe est en grande partie classé monument historique. D’une puissance totale d’environ 1 MW, il produit en moyenne 3.6 millions de kWh d’électricité par an. Ce courant est injecté dans le réseau et suffit à alimenter environ 1000 foyers de quatre personnes. En 2021, l’une des plus grandes installations photovoltaïques de la région a été installée sur le toit de la halle III. Chaque année, 530 000 kWh d’électricité sont produits sur 3500 m2 avec une puissance de 586 kWp. Seulement environ 50 % sont consommés sur place. Une installation photovoltaïque d’environ 120 Wp est également prévue sur l’ancienne filature, afin de couvrir la majeure partie des besoins en électricité des 89 logements prévus. La production d’électricité 
promet donc un bilan carbone totalement neutre. C’est quasiment aussi le cas du chauffage : le site de Bühler est alimenté en chaleur à distance par le chauffage municipal à ­copeaux de bois, situé près de l’école. Avant, c’était l’inverse : la chaleur ­résiduelle de la ­filature alimentait les maisons.

Une intervention minimale pour un effet maximal au niveau de l’usine

Pour des raisons de capacité et parce que l’ancien bâtiment n’était plus adapté aux nouvelles machines, Bühler a édifié deux grandes extensions dans les années 1980 : un entrepôt de balles et un atelier d’usine sur un niveau (halle II) ont d’abord été construits. Un atelier sur deux niveaux (halle III) a ­ensuite été ajouté. Le bâtiment qualifié d’« usine », avec ses quatre tours climatiques caractéristiques qui abritaient les volumineuses installations de ventilation, a été le premier à être transformé pour de nouvelles affectations avant 2023. À l’issue d’une procédure de sélection, le bureau d’architectes RWPA a élaboré une stratégie modifiant le moins possible l’existant pour minimiser l’énergie grise, et offrir une grande flexibilité.

Quatre mesures ont permis d’atteindre cet objectif : premièrement, la deuxième tour climatique a été transformée en entrée principale et en cage d’escalier, ce qui permet de relier les bureaux de l’ancienne aile de service aux halles, de faciliter l’orientation et de contribuer à une ambiance agréable. Deuxièmement, plusieurs ouvertures ont été découpées dans la façade arrière en fibrociment, majoritairement fermée et très profilée, afin d’éclairer et de desservir les différentes surfaces locatives. Troisièmement, l’ancien étage technique situé sous les halles a pu être transformé en un parking souterrain de 90 places. Et quatrièmement, de nombreuses parties de l’ouvrage ont été réutilisées. Toutes les interventions ont été effectuées avec une franchise qui surprend agréablement par sa simplicité: les traces de traitement et de modification ont été laissées ­apparentes car elles font partie de l’histoire du bâtiment.

Filature: des logements non conventionnels

Le cabinet Diagonal Architekten a remporté le mandat d’étude pour la construction de logements dans l’ancienne filature d’ici 2027. La démolition de différentes parties ajoutées ultérieurement reconfère au bâtiment sa clarté volumétrique. Outre le bâtiment principal, seuls subsistent la centrale électrique avec son pan de toit prolongé, le bâtiment de tête et l’entrepôt de fils rattaché sur le côté. Les nouveaux éléments sont une plateforme avec accès principal du côté de la rivière, une rangée de balcons pour le bâtiment de tête et de grandes lucarnes dans les combles. Dedans, des cages d’escalier et deux rues intérieures mènent aux ­appartements. Les plus spectaculaires sont sans aucun doute les logements traversants sur toute la profondeur de 26 m, les duplex sous le toit et les appartements à deux étages dans le bâtiment de tête, où les hauteurs de plafond inhabituelles peuvent déployer tous leurs effets.

Malheureusement, au cours de la planification, il s’est avéré impossible de conserver la structure porteuse intérieure en bois qui sera remplacée par du béton armé. Une décision qui augmente certes considérablement les besoins en énergie grise, mais qui prolonge aussi significativement la durée de vie du bâtiment. Les poutres en bois d’origine et les renforts des poteaux avec des éléments en acier seront remis en place, ce qui confèrera aux appartements un certain ­cachet historique. La transformation soignée des bâtiments et la poursuite de l’exploitation de l’énergie hydraulique perpétuent de manière impressionnante l’histoire si particulière du site de Bühler.


Site Bühler, Sennhof

Utilisation : commerciale et résidentielle

Superficie : 32 500 m2

Statut : transformation de l’usine 2017-2023 ; filature 2018-2027

Coûts : usine : 22 mio CHF (CFC 1-9) ;
filature : –

Maître d’ouvrage : Hermann Bühler, 
Winterthour

 

Architecture : 
usine : Rwpa Architektur, ­Winterthour ; 
filature : Diagonal Architekten, Winterthour

 

Plan directeur du site : 
Plan d’aménagement 1982

 

Architecture paysagère : 
usine : ­Heinrich Landschaftsarchitektur, Winterthour ; ­filature : Brogle Rüeger Landschaftsarchi­tekten, Winterthour

 

Planification énergétique : 
usine : F. Preisig, Zurich ; filature : –

Sur ce sujet