Re­tour vers le ru­ral

Date de publication
08-11-2021

Le rural fait de nouveau rêver. Ce n’était pas arrivé depuis les années 1970. En Europe, l’audience rencontrée aujourd’hui par certains concepts – la frugalité, la transition, le vivant ou même l’effondrement – et la réémergence de la pensée de la contre-culture témoignent de l’aspiration à un changement des modes de vie, que certains ont concrétisé à la faveur de la pandémie en quittant la ville. Dans ce paysage idéologique émergent, la campagne, bien plus que les métropoles, ­apparaît pour certains comme une terre d’opportunités, d’utopies, un nouveau champ des possibles. Pour les déçus de la ville, jugée polluée, bruyante, agressive, ou les exclus des métropoles devenues trop ­coûteuses et trop élitistes, la «ruralité» porte la promesse de manières de vivre plus ­solidaires, plus proches de la nature, voire plus écologiques.

Dans le monde de l’architecture aussi, l’imaginaire change d’objet, les valeurs s’inversent: adieu l’éloge de la congestion métropolitaine, bonjour l’idéalisation d’un monde rural vertueux. La grande ville des rencontres et de la culture, cosmopolite et ouverte, n’a plus la cote. Les avant-gardes, écologiques, économiques, sociales et artistiques se déploieraient ailleurs. Dans les écoles, un mouvement de fond porté par les étudiants biberonnés à l’Anthropocène met en débat de nouveaux sujets: le sol, la permaculture, les ressources, les communs, l’économie circulaire, la paille et la terre. Si «le Béarn est le nouveau Berlin» comme le proclame Anna Chavepayre, architecte militante installée à Labastide-Villefranche, défenseuse d’une ruralité réinventée1, la campagne serait-elle la nouvelle ville? Ou n’est-ce qu’une énième projection «urbaine» sur un «rural» fantasmé comme un eldorado?

À la faveur de ces nouvelles croyances, on assistera peut-être, si ce n’est à un retour à la terre, du moins à un retour à la campagne, pour le meilleur et pour le pire. Un exode inversé qui viendrait transformer une fois de plus le monde rural. Comment alors penser ces mutations en cours, accueillir ces aspirants habitants, et quel rôle les architectes, urbanistes et paysagistes peuvent-ils jouer dans ces territoires qu’ils ont peu explorés et qui se sont jusqu’à présent passés de leurs compétences?

Le monde rural reste à découvrir, à observer et à comprendre dans ses multiples identités et ses rapports à l’urbain, pour construire un nouveau récit, au-delà des clichés. Plus que d’urbanistes, ce dossier suggère qu’on aura besoin de ruralistes. Entre utopies et réalités.

Note

 

1 Conférence d’Anna Chavepayre, «Nous sommes le paysage», du 4 mai 2021 dans le cadre des Superonda Talks, Archizoom EPFL.

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