«Nous de­vrons ral­lier l’in­té­gra­lité du Centre»

La SIA les a soutenus en tant que #batisseursdedurabilite dans le cadre de la campagne électorale. Réélus au sein du Conseil national ce 22 octobre, Franziska Ryser, Céline Weber, Jürg Grossen et Beat Flach nous livrent leurs réflexions sur la législature qui s’ouvre devant eux.

Date de publication
06-12-2023

L’éclairage des médias sur les résultats électoraux de ce dimanche se sont révélés contrastés. Si certains considèrent que le paysage politique suisse a renoué avec une certaine normalité, d’autres ont relevé «un léger glissement à droite», voire une posture de repli. Quelles conclusions tirez-vous?

Jürg Grossen (JG): C’est moi que le journaliste avait cité en parlant d’un « léger glissement à droite ». Je suis effectivement d’avis qu’il ne s’agit pas de changements profonds, même si mon parti a été durement touché: le parti vert’libéral a perdu 6 de ses 16 sièges au Conseil national…

Comment cela impactera-t-il l’engagement politique pour l’aménagement d’un cadre de vie durable?

Franziska Ryser (FR): Il sera plus difficile de constituer des majorités. Nous devrons désormais rallier l’intégralité du Centre, alors que jusqu’à présent, la moitié suffisait. Il nous faudra donc nous montrer d’autant plus convaincants. Le maximum atteignable en l’état, c’est-à-dire le compromis, s’articulera autour d’une autre thématique.

Céline Weber (CW): Il faut voir qu’en plus de nous quatre, quelque 50 autres parlementaires inscrits sur la plateforme électorale de la SIA ont été élus. À nous de les impliquer dans notre travail. Parmi les Romands, que je connais mieux que mes collègues suisses-allemands, tous, jusqu’aux membres de l’UDC, peuvent être convaincus de s’engager en faveur de la durabilité. Nous devons toutefois proposer des solutions qui ne sont pas synonymes de plus d’État ou d’interdictions.

Beat Flach (BF): La composition des commissions parlementaires connaîtra d’importants changements, ce qui aura des répercussions déterminantes en ce qu’elles procèdent aux examens préliminaires des sujets traités. Concernant l’engagement de la SIA, nous parlons surtout de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (CEATE) et de la Commission des transports (CTT). Je suis membre de la première et espère pouvoir continuer d’y représenter le PVL à l’avenir également.

Madame Ryser, Monsieur Grossen, vous êtes membres de la Commission de l’économie et des redevances (CER). Madame Weber, vous travaillez au sein de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC). Souhaitez-vous rester en fonction?

CW: J’aime ce que je fais à la CSEC. La durabilité ne constitue certes pas l’axe majeur de son engagement, mais entre en ligne de compte dans de nombreux projets de loi qu’elle traite. Je pense par exemple à un postulat qui nous été transmis par le Conseil fédéral, concernant l’introduction d’un label CO2 pour les denrées alimentaires non transformées. Par ailleurs, la commission s’est penchée sur la conciliation entre durabilité et culture du bâti dans le cadre de l’examen entourant l’initiative sur la biodiversité.

FR: Les VERT-E-S réduiront leur représentation au sein de chaque commission d’une personne, mais personnellement, j’aimerais rester au sein de la CER. Nous traitons en effet de nombreux dossiers en lien direct avec la branche des études, mais également des projets qui ont une influence indirecte sur notre secteur, comme par exemple l’imposition individuelle comme mesure d’atténuation de la pénurie de main-d’œuvre.

CW: Je vois en l’économie circulaire un terrain d’opportunités qui peut éveiller l’intérêt des partis bourgeois. C’est d’ailleurs un enjeu sur lequel la SIA s’est fortement impliquée.

FR: Si nous mettons l’accent sur des concepts tels que les mesures d’efficience énergétiques ou la vérité des coûts, nous avons la possibilité de rallier tous les partis.

JG: Il faut sérieusement accélérer les procédures d’autorisation de construire. Tout élan pionnier est immanquablement freiné, les gens abandonnent leurs projets de rénovation ou de construction parce que c’est trop cher et trop compliqué. C’est un défi auquel je veux me consacrer pendant cette législature. Ce sera un levier important pour convaincre les partis bourgeois — dont le Centre, devenu un partenaire encore plus important. En effet, ce groupe incroyablement hétérogène a vu son poids politique renforcé par ces dernières élections.

BF: Au bout du compte, ce sont des personnes qui jettent des ponts entre les factions, c’est pourquoi le côté humain est primordial. Je chercherai ainsi à nouer des contacts avec des élus sensibles aux enjeux que nous portons. Par exemple Simon Michel, un entrepreneur libéral-radical fraîchement élu qui avait souligné lors de sa campagne que la réussite économique de la Suisse repose sur la durabilité au sens large du terme, écologique, sociale, etc. C’est le type de profils qui m’intéresse dans la perspective d’une collaboration.

Quelles convergences thématiques avec la branche des études voyez-vous? Sur quels projets pouvons-nous collaborer lors de la législature qui s’en vient?

BF: La construction est à l’origine de 70% de nos émissions et constitue de ce fait un levier décisif si nous voulons aller vers davantage de durabilité. Les technologies de réduction des émissions existent depuis longtemps, il faut maintenant récompenser ceux qui les ont déjà adoptées et contribuer ainsi à les populariser. La loi sur le CO2 et la loi sur le climat prévoient d’ailleurs des mesures de soutien, par exemple sous la forme de procédures d’autorisation simplifiées ou de financements initiaux.

JG: Le renforcement de l’économie circulaire et la loi sur le CO2 sont des projets de loi essentiels. Nous nous pencherons en particulier sur les infrastructures de recharge destinées à l’électromobilité — un domaine où l’expertise de la SIA nous sera précieuse. Par ailleurs, nous devons nous impliquer dans l’élaboration des ordonnances relatives à l’acte modificateur unique, car elles concrétisent des prescriptions essentielles.

FR: Nous aurons aussi à nous pencher sur la question du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, un dispositif ressortant aux investissements dans les modes de production durables afin que les entreprises suisses restent compétitives à l’international — un point crucial en termes de sécurité d’approvisionnement. En plus des dossiers touchant à l’énergie et au climat, nous aurons à examiner des projets de loi visant à contrer la pénurie de main-d’œuvre. Outre l’imposition individuelle que j’ai déjà mentionnée, je citerais également le financement de l’accueil extrafamilial pour enfants et le renforcement de l’apprentissage. 

CW: Last but not least, nous nous consacrerons à une question qui me tient à cœur en tant que présidente de la Commission centrale des normes de la SIA (ZN): il s’agit d’un postulat déposé par Beat Flach touchant à l’introduction d’une loi-cadre relative aux normes. L’objectif poursuivi est d’améliorer l’harmonisation entre les différentes réglementations techniques et aides à l’exécution ainsi que la coordination entre acteurs des études et de la construction. C’est dans l’intérêt de tous, car cela permet au final de freiner la montée des prix liés à la réglementation. Mais il ne sera pas forcément nécessaire de définir une base légale, laissons d’abord les organisations de normalisation présenter des solutions.

Admettons que dans quatre ans nous nous retrouvions entre #batisseursdedurabilite pour faire le point: quelle serait la situation idéale?

FR: Que nous soyons au moins huit à nous réunir autour de la table et, si possible, que d’autres partis nous aient rejoints pour œuvrer en faveur d’un cadre de vie durable.

JG: Nous devons veiller à ce que les énergies renouvelables soient suffisamment développées afin de balayer de la table des sujets problématiques tels que le nucléaire par la force des faits.

BF: J’espère que les tensions internationales seront quelque peu retombées. Car les questions liées à la décarbonation et à la durabilité ne peuvent être réglées que si les pays collaborent.

CW: Pour ma part, j’ai l’espoir que nous pourrons opposer davantage de solutions concrètes aux excuses avancées par le Conseil fédéral pour justifier l’inaction sur le front de l’aménagement durable de notre cadre de vie. Pour ce faire, nous aurons besoin de l’appui de la SIA et de la branche des études dont elle est le porte-voix.

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