«Nous devons dépasser nos cadres habituels»
Le programme Culture des prestations et des honoraires de la SIA constitue un projet d’ensemble cohérent. Porté par les règlements concernant les prestations et les honoraires (RPH), la plateforme Benchmarking et la Value app, il pose un cadre coordonné pour avancer vers une détermination transparente des honoraires de prestations d’architecture et d’ingénierie.
En février et mars derniers, la série d’événements RUNDUM—SIA a fait étape dans plusieurs villes suisses, ce qui a permis la tenue d’un large débat sur l’avenir des honoraires. À l’occasion de ces rencontres, il a été question, à plusieurs reprises, de «culture des prestations et des honoraires». Marco Waldhauser, vice-président de la SIA, Clemens Blum, président de la Commission centrale des règlements (ZO) de la SIA, et Laurindo Lietha, responsable de ce programme, nous en ont expliqué les tenants et aboutissants.
Qu’entend la SIA par le programme Culture des prestations et des honoraires?
Marco Waldhauser: Au travers du programme Culture des prestations et des honoraires, la SIA se mobilise pour une transformation durable des pratiques dans la fourniture de prestations et l’attribution de mandats. Le but est de mettre en place des conditions qui favorisent des prestations transparentes, des honoraires équitables et une compréhension commune de la qualité et des objectifs visés. Ce programme montre comment définir et rémunérer des prestations d’architecture et d’ingénierie en conciliant et conjuguant durabilité, transparence et création de valeur.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’apportent chacun des trois outils qui composent ce programme?
Laurindo Lietha: Les règlements concernant les prestations et les honoraires (RPH), la plateforme Benchmarking et la détermination du temps nécessaire au moyen de la Value app sont trois piliers complémentaires. Les RPH fixent des règles qui favorisent non seulement des processus de conception et de planification axés sur la qualité, mais aussi une collaboration équitable entre acteurs de projet.
La plateforme Benchmarking permet aux bureaux d’architecture et d’ingénierie de se comparer à la concurrence grâce à des chiffres-clés économiques et ainsi de se repérer sur le marché et d’optimiser leur gestion. C’est également une aide précieuse pour ce qui est de la détermination des coûts de revient ou du calcul des taux horaires.
Quant à la Value app, elle permet de quantifier le temps de travail nécessaire à la fourniture de prestations sur la base de formes d’organisation établies ainsi que des fonctions et descriptifs de prestations des RPH. Cet outil produit donc une base de négociation objective tant pour les mandants que pour les mandataires.
Il n’est d’ailleurs pas exclu que d’autres modèles soient proposés ultérieurement, pour les projets dont les spécificités rendent l’utilisation de la surface comme valeur de référence moins pertinente.
Où résident selon vous les opportunités de ce programme?
Marco Waldhauser: La qualité du bâti présuppose un juste rapport entre prestations et honoraires. Le dispositif formé par les RPH, la plateforme Benchmarking et la détermination du temps nécessaire, par exemple avec la Value app, fournit toutes les ressources nécessaires pour parvenir à cet équilibre.
Contrairement à ce qui était le cas avant, la Value app ne se fonde pas sur les coûts d’ouvrage, mais détermine le temps de travail nécessaire grâce à des valeurs de référence concrètes et spécifiques, telles que le type de construction, l’usage, la taille ou encore la complexité de la tâche. Ceci crée des conditions qui permettront de s’attaquer plus ouvertement et plus largement aux défis actuels, qu’il s’agisse de construction circulaire, d’approches low-tech ou d’objectifs de neutralité carbone et d’efficacité énergétique.
La consultation menée dans le cadre de la révision des RPH SIA 102, SIA 103, SIA 105 et SIA 108 a suscité une forte participation. Comment les commissions y ont-elles réagi?
Clemens Blum: Environ 3800 prises de position et quelques courriers nous sont parvenus, et nous avons pris ces retours très au sérieux.
Après une première analyse, les auteurs des principales critiques ont été conviés à une table ronde afin que les commissions puissent pleinement cerner leurs motifs. Par la suite, nous avons mené des entretiens en petits comités et la commission SIA 102 a cherché à dialoguer directement avec les architectes, très nombreux à soulever des points de désaccord.
En parallèle, toutes les prises de position ont été minutieusement étudiées par trois groupes de travail thématiques. Les commissions ont fourni un effort considérable pour modifier les RPH en réponse aux critiques les plus importantes et ainsi contribuer à améliorer ces textes. L’ampleur des réactions et du travail que cela impliquait ne nous a certes pas enchantés au départ, mais aura somme toute eu un impact positif sur le développement des RPH.
La prochaine étape sera la procédure d’opposition, suivie de l’autorisation de publication par les délégués. Pourquoi cela a-t-il autant duré?
Clemens Blum: L’ensemble du processus a pris plus de temps que prévu, mais le jeu en a valu la chandelle. Les textes révisés ont gagné en clarté à de nombreux égards.
Étant donné que les commissions travaillent sur cette refonte depuis plus de cinq ans, des voix se sont élevées à l’automne dernier pour réclamer que l’autorisation de publication par les délégués soit menée à terme rapidement. Pour ce faire, il aurait toutefois fallu que la procédure d’opposition ait lieu durant l’été et qu’une Assemblée des délégués extraordinaire soit tenue à la fin de l’année. Au bout du compte, nous avons été soulagés qu’en mai, une large majorité des délégués se prononce pour un allongement du processus.
Ces jours-ci, les nouvelles versions des textes seront soumises aux commissions pour approbation. Suivront les traductions en français et en italien. La procédure d’opposition sera lancée après les vacances d’été. Avec cette refonte d’ampleur, nous espérons avoir répondu aux attentes et que le nombre d’oppositions restera limité, afin que fin avril 2027, nous puissions soumettre les RPH révisés à l’approbation de l’Assemblée des délégués.
La Value app destinée aux prestations d’architecture se trouve encore dans une phase pionnière. Comment la SIA compte-t-elle consolider la fiabilité de cet outil?
Marco Waldhauser: Notre appel à fournir des données a été entendu, aussi les modèles de calcul pour les prestations d’architecture ont-ils pu être affinés fin avril. Les retours actuels sur les temps de travail calculés nous donnent toutes les raisons d’être optimistes.
À l’issue de la phase pionnière, il est prévu que les modèles soient régulièrement ajustés. Pour ce faire, une société fiduciaire récoltera des données pour les fournir à l’équipe de développement sous une forme anonymisée. La version de la Value app consacrée aux prestations d’architecture devrait être approuvée par l’Assemblée des délégués l’année prochaine et ce n’est qu’une fois cette étape validée qu’elle sera officiellement recommandée par la SIA.
Qu’en est-il des versions pour le génie civil, l’architecture paysagère et les techniques du bâtiment? Seront-elles également soumises à une phase bêta puis à une phase pionnière?
Laurindo Lietha: La phase dite «closed alpha» sera bouclée d’ici fin juillet. Durant cette étape, l’outil est réservé à un cercle limité d’utilisateurs, le but étant de vérifier que la méthodologie et l’agrégation des données fonctionnent pour chacune de ces disciplines. Une fois les corrections requises effectuées, il est prévu que les versions bêta soient rendues disponibles à partir de septembre.
Les descriptifs de prestations de la Value app reposent sur les RPH. Comment la SIA s’assure-t-elle qu’à l’issue de la publication des RPH révisés la Value app soit mise à jour en conséquence?
Clemens Blum: Les RPH ont été formulés indépendamment d’un quelconque outil. Les prestations de base n’ont pas évolué sur le fond, mais ont été définies plus en détail. De ce fait, nous ne devrions pas rencontrer de problèmes majeurs. Selon le calendrier actuel, les commissions fourniront aux développeurs les projets des règlements révisés qui serviront à la procédure d’opposition afin que l’adaptation puisse débuter en parallèle.
Laurindo Lietha: L’une des missions qui incombent au comité de pilotage du programme Culture des prestations et des honoraires est justement de coordonner les interfaces des différents outils et d’assurer, par l’intermédiaire du Bureau SIA, les échanges avec les développeurs et d’autres parties prenantes.
Que doit-il se passer pour que le programme Culture des prestations et des honoraires ne reste pas un vain mot, mais devienne une réalité?
Marco Waldhauser: D’un côté, il faut qu’une prise de conscience sociétale de la valeur des prestations s’opère – ce qui va de pair avec une rémunération adaptée. De l’autre, il faut qu’en tant qu’architectes et ingénieurs nous soyons ouverts à l’adoption d’autres formes de détermination des honoraires, même si cette démarche n’est pas toujours évidente. Enfin, nous devons, en tant que branche, oser remettre en question nos pratiques et dépasser nos cadres habituels afin de nous donner les moyens d’agir pour un cadre de vie durable de qualité.
Une deuxième tournée RUNDUM—SIA consacrée à la culture des prestations et des honoraires débutera fin août. Elle fera étape à Genève le 7 septembre au Pavillon Sicli. Plus d’informations sur les lieux et dates.
Retrouvez toutes les informations et les articles sur le programme Culture des prestations et des honoraires sur le site de la SIA.
((Légende portraits))
De g. à dr.: Marco Waldhauser (ingénieur en techniques du bâtiment) est vice-président de la SIA, Clemens Blum (architecte) est président de la ZO et Laurindo Lietha (architecte et économiste de la construction) est responsable du comité de pilotage du programme Culture des prestations et des honoraires. © P. Böni / R. Schlatter / P. Böni
((Légende schema RPH/Value app/Benchmarking))
Les RPH, la plateforme Benchmarking et la Value app sont les trois piliers complémentaires du programme Culture des prestations et des honoraires de la SIA. © SIA