«L’ar­chi­tec­ture inu­tile» d’Isamu No­gu­chi

(et de l’utilité des espaces «sans un usage immédiat» dans une ville)

À l’heure où tout aménagement urbain est le fruit d’une planification minutieuse, «Useless Architecture», la dernière rétrospective de l’artiste japonais Isamu Noguchi, nous interroge sur l’utilité des espaces urbains « sans une fonction utile immédiate » dans la planification des villes contemporaines. À découvrir à New York jusqu’en mai 2022.

Date de publication
16-07-2021

Selon son titre, l'exposition «Useless Architecture» semble une provocation architecturale de mauvais goût. Il s’agit pourtant d’une note manuscrite dans le carnet de voyage de l’artiste japonais Isamu Noguchi lors de ses visites en 1949, puis en 1960, aux deux observatoires astronomiques situés à New Delhi et à Jaipur.

La démesure et l’échelle monumentale de ces complexes scientifiques étaient telle que Noguchi n’hésita pas à les décrire comme des dispositifs architecturaux «inutiles». Pourtant, ce manque d’utilité n’était pas une critique fonctionnelle. Aux yeux de Noguchi, l’observation du complexe astrologiques de Jantar Mantar était une authentique révélation car la dimension sculpturale de ces structures était si imposante qu’elle libérait l’architecture de toute fonction utile et permettait une appropriation non planifiée de ces espaces. Une pensée qu’il réutilisa tout au long de sa carrière artistique et qui témoigne de son ambition pour sculpter des espaces architecturaux libérés de responsabilités spécifiques pour créer des œuvres sculpturales ou urbaines permettant une multitude d’usages futurs.

Transposée à l’espace urbain, cette analyse spatiale est l’occasion de sinterroger sur «l’utilité» des espaces non planifiés dans les villes contemporaines: faudrait-il prévoir davantage «d’espaces inutiles» pour permettre l’émergence de nouvelles pratiques urbaines? La planification d’espaces publics «sans une occupation préconçue» n’est-elle pas une réponse possible pour s’adapter à la transformation cinétique de l’environnement urbain? La surplanification ne participe-t-elle pas à l’obsolescence de l’environnement urbain lui-même?

Il faut accepter que l'usage contemporain d’une ville mute plus rapidement que sa planification. La mobilité douce ou les îlots de fraicheur sont les derniers exemples. Si l’espace urbain est une ressource collective à ne pas gaspiller, les espaces «sans une finalité concrète immédiate» sont sans doute une manière d’anticiper, flexibiliser et rendre possibles des usages futurs. Dans un tel contexte, l'expression «espace inutile» est une véritable déclaration d’intention pour percevoir ces espaces «non planifiés» comme une bouffée d’oxygène dans le tissu cosmopolite d’une ville. Toutefois faut-il considérer ces espaces...comme «utiles».

Nous attendons vos réactions: web [at] espazium.ch

«Useless Architecture»

 

La dernière rétrospective d’Isamu Noguchi à New York expose une cinquantaine d’œuvres de l’artiste japonais illustrant cette thématique et présentant les façons dont il a exploré le vocabulaire de l'architecture pour imaginer la sculpture urbaine et son espace comme vecteur d’ancrage dans le social.

 

Lien vers l'exposition