L’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire au ser­vice des en­jeux cli­ma­tiques

Le document de position de la SIA sur le développement territorial définit quatre principes directeurs pour une action concrète en faveur des objectifs climatiques. Les deux premiers traitent de la protection de l’environnement et de la prise en compte du changement climatique dans l’aménagement du territoire. Des projets exemplaires, menés à Winterthour, Bâle-Ville, Zurich ou encore le lauréat du Prix SIA 2026 à Vernier, mettent ces principes en pratique.

Date de publication
10-09-2026
Sarah Mettan
Verantwortliche Raumplanung, Berufsgruppe Umwelt (BGU)

«Un cadre de vie aménagé de façon collective et durable protège l’environnement et les ressources», proclame le premier principe du document de position sur le développement territorial. La SIA y formule l’exigence selon laquelle l’aménagement du territoire doit mettre l’accent sur la protection de l’environnement et sur une utilisation raisonnée des ressources. Pour atteindre l’objectif zéro émission nette d’ici 2040, il est impératif de développer massivement les énergies renouvelables et d’accélérer la mise en œuvre de projets respectueux des enjeux climatiques. Pour autant, la biodiversité et la variété des paysages ne doivent pas s’en trouver affectées.

Tandis que le premier principe met en avant la protection de l’environnement, l’économie circulaire et les infrastructures écologiques, le deuxième principe vient compléter cette perspective: «Les systèmes et processus de planification doivent anticiper les risques et tenir compte des scénarios climatiques». En effet, la transformation de la branche de la planification et de la construction passe autant par la réduction des émissions de gaz à effet de serre, que par l’adaptation du cadre de vie aux effets du changement climatique. C’est là que l’aménagement du territoire joue un rôle clé, en permettant de développer des stratégies et d’appliquer des solutions qui répondent aux défis posés par le changement climatique et la crise de la biodiversité. Lancé en 2025, le Plan d’action pour le climat, l’énergie et les ressources de la SIA met également l’accent sur ces deux volets: d’une part la réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’autre part l’adaptation du cadre de vie au climat de demain.

Winterthour sur la voie du zéro net

Il y a encore beaucoup d’efforts à déployer pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités de planification et construction. Avec les transports, le secteur du bâtiment est l’un des premiers émetteurs en Suisse. En plus de la consommation d’énergie liée à l’exploitation, l’énergie grise, soit l’énergie dépensée pour la construction des bâtiments, est aussi à prendre en compte. Et en la matière, l’aménagement du territoire dispose de leviers d’action efficaces. La loi sur le CO2 (art. 9 al. 1bis) oblige les cantons à désigner les normes applicables aux nouvelles constructions de remplacement et aux assainissements énergétiques complets tout en prévoyant des possibilités supplémentaires d’utilisation des sols. Les communes peuvent exploiter cette marge de manœuvre dans leurs plans d’affectation, en conditionnant certains avantages en matière de planification à des modes de construction plus respectueux des enjeux climatiques.

À titre d’exemple, voici comment ce type d’incitations fonctionne dans la ville de Winterthour. Dans son plan d’affectation, celle-ci promet un bonus d’utilisation du sol en contrepartie du respect de mesures plus contraignantes sur l’énergie et sur la qualité de conception, notamment pour certains projets tels que des développements de sites ou des plans de quartier. Ainsi, l’observation de mesures plus exigeantes peut être assortie d’avantages quant à l’utilisation de la parcelle, comme une surface de plancher plus élevée ou une occupation plus dense du terrain. La ville peut ainsi créer des incitations favorisant la mise en œuvre de standards tels que le Standard Bâtiments 2025 de Cité de l’énergie. Ce standard met l’accent sur l’énergie grise et sur l’efficacité énergétique dans les bâtiments neufs et existants. Il élargit également la définition de la construction durable (y compris dans l’existant) en intégrant la santé, l’écologie et la mobilité.

L’ambition énergétique de Bâle-Ville

Le canton de Bâle-Ville a, lui aussi, défini des objectifs énergétiques dans le plan d’affectation spécial du site Volta Nord, en y entérinant le cahier technique SIA 2040 «La voie SIA vers l’efficacité énergétique» (remplacé depuis 2025 par la norme SIA 390/1) comme référence contraignante. Les immeubles résidentiels, scolaires et de bureaux nouvellement conçus pour le site Volta Nord sont donc soumis, en plus de la loi cantonale sur l’énergie, aux valeurs cibles du cahier technique SIA 2040 pour les énergies renouvelables et les émissions de gaz à effet de serre. Volta Nord sert également de champ d’expérimentation en matière d’économie circulaire. Ainsi, l’immeuble résidentiel LysP8, tout comme les projets de réaffectation du bâtiment culturel et commercial ELYS et de l’école primaire du site, a fait un usage systématique d’éléments réemployés. L’exemple de Volta Nord encourage une évolution des pratiques en faveur de la construction dans l’existant. Il démontre à quel point l’intégration précoce d’objectifs climatiques ambitieux dans les outils d’aménagement du territoire peut faciliter l’émergence d’un cadre de vie durable et respectueux des ressources.

Même si certaines villes ou communes sont aux avant-postes de la protection contre le changement climatique, le potentiel est encore loin d’être pleinement exploité. Les contraintes imposées aux propriétaires fonciers en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont encore trop peu répandues dans les plans d’affectation communaux. C’est la conclusion rendue par l’étude «Klimaschutz in der Nutzungsplanung» (Protection du climat dans les plans d’affectation), publiée par la Haute école spécialisée de la Suisse orientale (OST).

Des stratégies locales d’adaptation climatique

Il en va autrement de l’adaptation au climat, qui s’est petit à petit imposée dans les plans d’affectation. Les vagues de chaleur et les fortes précipitations rappellent l’importance d’adapter le cadre de vie aux changements climatiques. Les chaleurs extrêmes qui ont frappé l’Europe cet été ont une fois de plus mis en évidence les effets du changement climatique et rappelé l’urgente nécessité d’adapter les villes et les villages aux épisodes de canicule et de sécheresse, désormais plus fréquents. Les territoires ruraux sont touchés au même titre que les zones urbaines. En ces périodes, les chemins ombragés et les espaces libres à l’abri du soleil deviennent des zones de repli privilégiées, au même titre que les points de rafraîchissement près des cours d’eau et des bassins ou encore la fraîcheur véhiculée depuis les forêts.

Ces dernières années, de nombreuses villes et communes ont pris la mesure de cet enjeu et commencé à élaborer des stratégies locales d’adaptation à la canicule, aux fortes précipitations et à la sécheresse. Ainsi la ville de Zurich a-t-elle joué un rôle de précurseur avec son plan technique de réduction de la chaleur «Fachplanung Hitzeminderung», adopté en 2020 et ayant inspiré bon nombre de villes et de communes. À leur tour, celles-ci lui ont emboîté le pas en élaborant des stratégies d’adaptation au climat, qu’elles ont intégrées à leurs plans d’affectation. Certaines mesures d’adaptation à la canicule deviennent ainsi contraignantes pour les propriétaires. Il en va ainsi pour les règles de préservation et de plantation des arbres, de végétalisation des toits ou de maintien des couloirs de circulation d’air frais.

Une forêt urbaine pour Vernier

La «Forêt urbaine du quartier de l’Étang» à Vernier (GE), réalisée par l’atelier d’architecture paysagère apaar_ paysage et architecture et lauréate du Prix SIA 2026, est une démonstration exemplaire d’adaptation climatique et de renforcement de l’infrastructure écologique dans les zones urbanisées, comme le réclame le document de position sur le développement territorial. Une infrastructure bleue et verte a été prévue dès les premières phases de planification pour le Quartier de l’Étang, comme l’attestent le plan directeur cantonal du canton de Genève, le «Grand Projet Châtelaine» et le plan directeur communal de la ville de Vernier. La forêt urbaine offre aux habitantes et aux habitants un lieu de détente tout en créant des liaisons piétonnes attrayantes avec les quartiers adjacents. Par-delà les frontières des parcelles, la forêt forme une infrastructure écologique cohérente, relie les zones vertes du quartier et favorise la biodiversité. Elle améliore également le microclimat grâce à l’ombrage, au refroidissement par évaporation et à l’augmentation de l’humidité dans l’air. L’eau y joue également un rôle prépondérant. Un bassin de retenue, destiné à récupérer et à gérer les eaux de pluie, participe à la régulation du régime hydrique. Plutôt que de rejeter les eaux de pluie directement dans les canalisations, le projet reprend la logique de la ville-éponge en permettant à l’eau de rester sur place, de s’infiltrer et de s’évaporer. Le cycle naturel de l’eau est ainsi renforcé, ce qui permet d’amoindrir les conséquences des fortes précipitations. Cet exemple montre comment la ville de Vernier fait face aux enjeux du changement climatique et de l’urbanisation vers l’intérieur. La densité du bâti dans le quartier voisin a été contrebalancée par l’aménagement d’un espace libre de grande qualité, résilient face au changement climatique et qui sert aussi bien au délassement qu’à la mise en réseau d’espaces verts.

Au-delà de l’adaptation climatique

Aussi importantes soient-elles, les mesures d’adaptation ne peuvent remplacer une véritable stratégie de protection climatique. Une politique d’aménagement du territoire durable et prévoyante implique nécessairement de penser à la fois la protection contre le changement climatique et l’adaptation à ses effets. Les conséquences du changement climatique ne pourront être endiguées à long terme qu’à la condition de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Sans protection réelle contre le changement climatique, l’adaptation arrivera à ses limites.

Le prochain et dernier article de cette série sera consacré aux deux principes suivants du document de position sur le développement territorial. Il y sera question d’urbanisation vers l’intérieur de qualité, de construction dans l’existant et de construction dans les zones non urbanisées.

 

Liens utiles

- Document de position sur le développement territorial

- Entretien avec Barbara Wittmer et Sarah Schalles à propos du document de position sur le développement territorial

- Plan d’action pour le climat, l’énergie et les ressources

- Projet de recherche de l’OST «Klimaschutz in der Nutzungsplanung» (Protection du climat dans les plans d’affectation)

 

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