Jouer avec une éo­lienne désaf­fec­tée

L'art du réemploi

Peut-on recycler en construisant ? L’agence 2012Architects, basée à Rotterdam, a forgé son identité par une réponse affirmative à cette question. Tout semble possible pour ces architectes – activistes capables de transformer des déchets en précieux équipements.

Date de publication
03-01-2012
Revision
19-08-2015

Au-delà du caractère anecdotique de certaines reconversions (un bar « station spatiale » fait à partir de machines à laver ou des étagères d’une boutique nées de pare-brises), 2012Architects mène depuis plusieurs années un travail d’une grande cohérence. Les expérimentations de l’équipe soulèvent certaines questions sensibles quant au bien-fondé du réemploi. Le neuf est-il plus sûr, l’usé moins résistant, le sur mesure plus cher ? Réapprendre à construire avec des matériaux utilisés passe aussi par des questions de ce genre. 
Pourtant, construire avec des éléments récupérés a été une pratique courante millénaire, aussi bien dans les villages que dans les villes où les matériaux se faisaient rares. L’architecture vernaculaire est un palimpseste constructif qui remonte souvent très loin dans le temps. Il est courant, jusqu’au au début du 20e siècle, de trouver des éléments anciens dans des constructions nouvelles.
Seule la modernité, avec ses impératifs de rendement, a renoncé à ce principe. La standardisation de la construction ainsi que le culte du neuf ont définitivement rompu avec la pratique du réemploi, au point qu’elle paraisse aujourd’hui utopique. 
Comment faire pour réintroduire une pratique du réemploi à grande échelle, qui soit compatible avec les exigences des chantiers actuels ? C’est la principale question qui traverse l’ouvrage au titre très explicite de Superuse.
Les auteurs y détaillent le raisonnement global qui détermine leur pratique, leurs objectifs et les moyens pour y parvenir. Le réemploi induit certains changements dans la démarche constructive et le calendrier du chantier. Il faut être patient et s’adapter à ce qui se présente sur place. Avant même de répondre à la demande, l’architecte effectue un repérage des matériaux disponibles dans un périmètre donné. L’édifice proposé découle en partie de ce qu’il va trouver. 
Pour 2012Architects, le réemploi est une préoccupation à la fois théorique et matérielle. Le caractère paradigmatique des expériences menées au début des années 2000 a évolué en une pratique aboutie, capable d’assumer des commandes publiques. Très loin des effets de mode du « style bricolé », les projets font preuve d’une grande qualité de finition, sans renoncer pour autant aux impératifs de récupération. L’aire de jeux réalisée à Rotterdam avec des pièces d’une éolienne désaffectée (fig. 1) incarne parfaitement le niveau de qualité auquel aspire l’équipe. Il n’est plus juste question d’activisme architectural à caractère pédagogique, mais de véritables propositions intégrées dans la vie des habitants, capables de concurrencer les solutions standards. 
Outre la qualité de l’équipement réalisé, l’éolienne reconvertie pose la question cruciale du véritable coût environnemental des pratiques que nous considérons sans trop y réfléchir comme écologiques. Une éolienne a une durée de vie de vingt ans, et certains des matériaux qui la composent, comme la fibre de carbone, sont très difficiles à reconvertir. Qu’adviendra-t-il de toutes ces unités qui essaiment un peu partout en Europe ? Pour l’instant la question du recyclage ne se pose pas, la plupart des installations étant récentes. 
La démarche de 2012Architects remet indirectement en question le recyclage industriel. Jugé coûteux et énergivore il est souvent générateur de nuisances environnementales dissimulées. Si les montagnes d’appareils usagés n’existent pas en Suisse, c’est qu’elles se trouvent probablement ailleurs.  
Il n’y a qu’à voir à quoi ressemblent les villes chinoises ou indiennes qui s’activent dans le traitement de nos déchets électroniques pour cesser à jamais de se satisfaire du simple fait de recycler.

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