Inau­gu­ra­tion du pa­villon suisse à la Bien­nale de Ve­nise

Mirosla ik et la notion d’«architecture analogue» divisent les premiers visiteurs de l’exposition vénitienne

Date de publication
04-09-2012
Revision
19-08-2015

Entre le couturier et homme d’affaires Pierre Cardin qui prévoit de construire une tour de 225 mètres à Venise Marghera, à l’entrée de la lagune, et les quelques militants d’un Occupy Biennale qui se veulent indignés et qui ont installé une strucutre gonflable en bouteilles PET devant l’Arsenale la veille de l’inauguration de la Biennale d’architecture, on ne sait pas trop qui prendre plus au sérieux. Pourtant, ce sont là les deux uniques sujets à travers lesquels le quotidien Corriere della Sera a traité la Biennale le jour de l’ouverture.
Mais passons les sas d’entrée et pénétrons dans le périmètre des expositions officielles. Sans trop forcer les traits, on y distingue des attitudes presque tout aussi extrêmes, entre des contributions qui pêchent par une certaine vanité et un regard purement autoréférentiel, comme celle de Zaha Hadid ou de Herzog & de Meuron, et l’intransigeance avec laquelle Miroslav Šik s’est exprimé lors de la conférence de presse au Pavillon suisse, pour fustiger une « star architecture en vogue » qui sacrifierait le dialogue et la réflexion contextuelle sur l’autel d’une attitude égocentrique et vaniteuse1.
Pour l’architecte et théoricien zurichois, qui représente la Suisse à la Biennale 2012, cette posture ne répondrait pas à l’appel un brin solennel lancé par le directeur de l’exposition vénitienne David Chipperfield en faveur d’un Common Ground, d’un nouveau terrain d’entente entre les architectes et la société, mais également entre les architectes eux-mêmes. Avec les grands gestes qui le caractérisent, Miroslav Šik a alors failli s’emballer et mettre dans le panier de la star architecture tout ce qui est exposé au-delà des murs du Pavillon suisse, c’est-à-dire quand même la quasi totalité de la Biennale. Avant de se reprendre, d’expliquer dans un sourire qu’il ne voulait quand même pas se montrer trop critique à l’égard des autres et d’inviter l’assistance à une petite visite guidée de l’intérieur du pavillon construit par Bruno Giacometti en 1952.

Une grande fresque «analogue»

L’exposition de Mirosalv SŠik, réalisée en collaboration avec les deux bureaux d’architecture Knapkiewicz & Fickert (Zurich) et Miller & Maranta (Bâle), s’intitule And Now the Ensemble !!! et consiste notamment en une fresque qui recouvre les murs de la grande pièce du pavillon, un collage de bâtiments des trois bureaux qui se retrouvent ainsi côte à côte. A travers ce «manifeste visuel»2, Šik essaie en quelque sorte de remettre au goût du jour l’«architecture analogue», notion qu’il a forgée lui-même vers la fin des années 80 et qui a fortement influencé les générations suivantes. Pour lui, c’est une manière de plaider pour des ensembles harmonieux qui tiennent compte de leur contexte, et de répondre ainsi au thème du Common Ground de David Chipperfield.
Maintenant, quelle est l’influence de cette «architecture analogue» sur la théorie et la pratique de la profession de nos jours? La question a fait l’objet d’une table ronde organisée la semaine passée au Palazzo Trevisan degli Ulivi qui accueille, pendant toute la Biennale et en parallèle à l’exposition dans les Giardini, une série de manifestations intitulée «Salon Suisse». Y participaient Christoph Gantenbein, Penny Lewis, Quintus Miller, Stanislaus von Moos et Steven Spier, invités par le commissaire du Salon Robert Guy Wilson.

Notion datée ou impulsion salutaire

La discussion a permis de constater que l’exposition de Miroslav Šik suscite quelques réserves. Ainsi, on peut effectivement se demander, à l’instar de certains visiteurs qui ont défilé à Venise pendant les Preview Days, si l’«architecture analogue», notion un peu datée, est à même de répondre aux défis posés par la ville d’aujourd’hui. Quelle idéologie réside derrière les images exposées au Pavillon suisse? Miroslav Šik considère-t-il son exposition comme un manifeste, quitte à se retrouver quelque peu déconnecté de la réalité, ou est-ce simplement une tentative de redonner de l’impulsion aux débats théoriques contemporains? 

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