Architecture antifasciste
L’architecture fasciste exerce sur de nombreux amateurs d’architecture une étrange fascination. Mais qu’en est-il de son pendant, l’architecture antifasciste? Ou plutôt: existe-t-elle seulement? Un ouvrage intelligent se penche sur cette question – au bon moment.
Qu’il s’agisse des plans d’Albert Speer pour la «Germania» d’Adolf Hitler ou de la «Casa del Fascio» construite à Rome par Giuseppe Terragni sur commande de Benito Mussolini, l’architecture fasciste impressionne, souvent malgré soi. Est-ce le gigantisme, l’envoûtement de la répétition, ou même l’absence d’usagères et d’usagers sur les images? Mais la question de son contraire est au moins aussi intéressante que celle des raisons de cette ambivalence.
Ce contraire existe-t-il seulement? Et si oui, à quoi ressemble une telle architecture? Andrew Santa Lucia, professeur de design et d’architecture à la School of Architecture de la Portland State University, dans l’Oregon, et Daniel Jonas Roche, rédacteur de la revue spécialisée américaine «The Architect’s Newspaper» et chargé de cours à la New School de New York, ont consacré à cette réflexion un ouvrage paru récemment chez Park Books.
Le sujet est brûlant: depuis que des gouvernements autocratiques de droite font leur retour en Occident, il y a quelques années, leurs prétentions et leur influence sur l’architecture deviennent peu à peu visibles. Que l’on pense à l’arc de triomphe prévu à Washington D.C., ou aux dégâts (matériels) que la présidence de Donald Trump a déjà causés à la Maison-Blanche, pourtant protégée au titre des monuments historiques.
Alors que ce type d’architecture est fortement centré sur l’objet (et sur ses créateurs – le masculin générique est ici délibéré), l’architecture antifasciste se distingue, selon Roche et Santa Lucia, par son rejet de l’architecture centrée sur l’objet. Les auteurs conçoivent l’architecture comme une mise en forme sociale globale: moins de moi, plus de nous. Plutôt que d’offrir une scène à ces créateurs, la publication met en lumière celles et ceux qui se sont activement voués à construire pour la collectivité.
Les vingt exemples avancés par les auteurs sont éclectiques, parfois surprenants, souvent éclairants. Ainsi de Margarete Schütte-Lihotzky, régulièrement réduite à son projet le plus connu, la cuisine de Francfort. Elle fut en réalité aussi membre de la «brigade May», un groupe d’architectes communistes.
À celles et ceux qui souhaitent se remémorer les antagonistes historiques de l’architecture antifasciste, nous recommandons l’exposition «Architekturen der Macht», présentée jusqu’à fin novembre au Pavillon Le Corbusier, à Zurich.
Pour son engagement, elle fut condamnée par les nazis à quatre ans de réclusion dans la prison pour femmes d’Aichach – tandis que ses collègues du Neues Bauen, comme Walter Gropius et Ludwig Mies van der Rohe, lançaient leur seconde carrière aux États-Unis.
Dur, doux, futé
La mise en forme du livre est aussi cohérente que son propos: la couverture rouge clair aux lettres gothiques argentées et brillantes intrigue et éveille la curiosité, tandis que l’intérieur est marqué par le contraste dur du rouge et du noir du logo antifa.
En contrepoint, les délicates esquisses rouges de Lane Ricks, qui font le portrait aussi bien des bâtiments que des architectes, tissent un fil graphique autonome tout au long de l’ouvrage.
Mais les auteurs ne s’arrêtent pas à la politique. Ils élargissent la notion d’architecture fasciste – cette fois de nouveau sans «anti» – à une dimension contemporaine: l’architecture de marque capitaliste entre elle aussi, pour eux, dans cette catégorie – une thèse provocatrice qui mérite débat, face au fossé grandissant entre riches et pauvres et à la nouvelle élite des géants de la tech.
Traduit par l’IA, révisé par la rédaction.