Trans­for­ma­ti­on de l’Unit­hèque, bi­blio­thèque can­to­na­le et uni­ver­si­taire de Lau­sanne

Le projet d’extension de la bibliothèque centrale de l’Université de Lausanne aborde des questions délicates sur les plans patrimonial et paysager. En lien avec les conceptions exprimées par le directeur adjoint des collections dans l’entretien qui précède, nous avons demandé aux architectes de présenter leur projet de transformation. Guillaume Henry (FHV architectes, Lausanne) nous explique comment le projet s’inscrit avec souplesse dans l’environnement académique de Dorigny.

Publikationsdatum
31-05-2017
Revision
09-06-2017

Le projet de transformation de l’Unithèque doit remettre le bâtiment de 1983 à l’échelle des enjeux actuels et futurs de la bibliothèque : clarifier le dispositif d’accès, mais aussi manifester sa présence au cœur du campus. Si l’extension est cachée dans le flanc de la colline, l’intervention sera marquée par un volume en béton qui illuminera le grand escalier de l’entrée principale. Ce geste accentuera la visibilité de l’Unithèque et renforcera son ancrage territorial.

Le projet peut se lire en trois parties : l’existant, son extension et le dispositif d’accès qui met en lien les différents niveaux. Lors du concours, de nombreux concurrents proposaient de créer un second bâtiment. Nous avons choisi de proposer une extension qui s’accole directement à l’existant, de manière à ce que l’ensemble fonctionne comme un seul bâtiment.

L’accès principal est un dispositif qui permettra de distribuer les fonctions principales de l’édifice: services de la partie ouest, restaurant, salles de conférences, et d’intégrer des usages propres à la bibliothèque tel que le retour automatique des livres et les espaces d’impression ou de consultation en ligne. C’est également un mécanisme de contrôle : depuis le guichet de prêt, placé dans l’axe de l’escalier, les bibliothécaires pourront surveiller le passage à travers le portail sécurisé.

La nouvelle entrée est le seul élément qui viendra modifier l’apparence de la bibliothèque depuis le sud. Le sous--dimensionnement de l’entrée actuelle génère des conflits de circulation. Le nouveau dispositif d’accès traversera le bâtiment existant de part en part pour mener directement à la grande salle de lecture.

La disposition des collections en libre accès a fait l’objet de nombreuses discussions avec les bibliothécaires afin de satisfaire l’organisation des thématiques et de renforcer le concept architectural (voir document de travail ci-dessous). L’essentiel des collections sera disposé dans le bâtiment existant. L’enchaînement du rez-de-chaussée passe par la philosophie, la sociologie, l’histoire, la politique, l’anthropologie, l’éducation, la géographie, l’art et le cinéma ; l’étage supérieur met en relation les langues, la linguistique et la littérature, la slavistique et enfin l’orientalisme ; tandis que l’étage inférieur est consacré essentiellement aux langues et cultures de l’Antiquité. Il y a donc un enchaînement thématique, proche de l’agencement historique des collections, qui suggère des affinités entre les disciplines.

Sur l'extension de la bibliothèque de l'Université de Lausanne, lire également Le poids de l'histoire 

Certaines partageront leur « cœur », des espaces aménagés avec un mobilier modulable, comme des petits salons circonscrits par des meubles bas. Ces zones de rencontre pourront s’adapter pour mettre en valeur les nouvelles acquisitions, accueillir des présentations. Là encore, ce sont les utilisateurs qui en préciseront l’usage en se les appropriant.

La partie logistique, bien que moins visible, forme pourtant la colonne vertébrale du projet. L’espace réservé aux bibliothécaires, qui sert à alimenter le libre accès, est une circulation en peigne qui se raccorde aux noyaux existants. Le personnel pourra circuler dans une rue intérieure en sous-sol et émerger en périphérie dans les nouveaux noyaux. Ce système évite tous les croisements entre usagers et collaborateurs. Ainsi le dispositif d’entrée conduit-il directement au plateau central, sans jamais croiser la circulation logistique et les plateaux de la bibliothèque peuvent être totalement libérés.

Actuellement, le bâtiment n’offre pas d’espace de référence intérieur. La nouvelle salle de lecture assumera ce rôle et servira de lieu de rencontre. Ce sera aussi l’accès principal du bâtiment, qui offrira la première impression au visiteur, mais aussi un espace distributif central où la gestion des livres, prêts et informations seront concentrés.

Alors que les circulations unifieront les plateaux, une grande liberté d’appropriation permettra de moduler les qualités d’étude: dans l’existant, le lecteur est tourné vers le paysage, vers lequel il peut se projeter. Dans l’extension, il sera en relation avec les autres étudiants et profitera d’un éclairage zénithal de qualité. Le degré d’intimité pourra évoluer en fonction de la hauteur des terrasses, de la distance au grand hall central. Les plus studieux iront probablement s’installer en hauteur, loin du va-et-vient de la circulation principale. Nous proposons un canevas mais ce sont les usagers qui définiront les conditions d’ambiances, en s’appropriant les espaces.

 

En lien

Projeter en continuité: l’extension de l’Unithèque - Article Tracés 11/2017
Résultat du concours, extension du bâtiment Unithèque à Dorigny (mars 2016)
Le poids de l'histoire (mars 2016)

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