Une pra­tique gui­dée par l’écoute

Clemens Blum a été élu en mai 2025 à la présidence de la Commission centrale des règlements (ZO) lors de l’Assemblée des délégués de la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA). Rencontre avec un architecte engagé, qui porte la voix de la Romandie et des petits bureaux.

Date de publication
26-11-2025

Lorsqu’il revient sur ses premiers mois de fonction, le nouveau président de la Commission centrale des règlements (ZO) pense surtout aux rencontres «avec des personnes passionnantes et engagées» qui ont émaillé son début de mandat. Propriétaire du bureau d’architecture cbl architectes sàrl à Lausanne, Clemens Blum y exerce son large éventail de compétences dans la planification, la direction générale, la réalisation et le conseil. C’est donc un homme de terrain expérimenté qui a pris la tête de la ZO.

Un heureux hasard

Clemens Blum a découvert l’architecture un peu par hasard. Bien que sa famille élargie compte des architectes, il n’avait jamais envisagé faire ce métier. Il s’intéresse à cette discipline lorsqu’il assiste au projet de construction mené par ses parents, découvrant une profession qui allie créativité artistique et conceptuelle, technicité et matérialité concrète. Son choix d’orientation est alors vite fait. Aujourd’hui, il apprécie son métier parce qu’il lui permet de répondre aux souhaits et besoins des maîtres de l’ouvrage et des usagers en développant des solutions à la fois pragmatiques et plaisantes à l’œil.

Un visage familier

Son parcours professionnel l’a bien préparé aux tâches qui vont de pair avec ses fonctions de président de la ZO: «En tant qu’architecte à la tête de mon propre bureau, je conduis quotidiennement des projets et des réunions, je coordonne des équipes, définis des thématiques et j’impulse des orientations.» Ses projets résultent toujours d’une volonté d’écoute : comprendre les besoins et les désirs que recèlent les exigences qui lui sont posées. Cette approche qui a fait son succès professionnel l’aide aujourd’hui à naviguer l’environnement complexe de la SIA.

Depuis 2021, il est membre de la commission SIA 102 «Prestations et honoraires des architectes» et s’implique activement dans le projet de révision des RPH – d’abord dans le groupe de travail «Qualité», puis dans d’autres groupes de travail. Depuis 2022, il est de plus membre de la commission SIA 131 «Gestion de la qualité des projets dans le secteur de la construction». Clemens Blum connaît donc les rouages de la SIA, ce qui représente un atout supplémentaire pour piloter efficacement la ZO.

Changer les regards

La qualité, enjeu qui a accompagné Clemens Blum à la fois dans le cadre de la révision des RPH et en tant que membre de la commission SIA 131, lui tient particulièrement à cœur et guide son action. Il tient également à souligner l’importance que revêtent pour lui la culture du bâti, les compétences professionnelles, l’économie circulaire et la protection du climat – des thématiques qui s’articulent de près aux normes et règlements.

À la question de savoir quel sera l’un de ses principaux chevaux de bataille en tant que président de la ZO, Clemens Blum n’hésite pas: «J’aimerais changer les regards sur nos métiers, car j’ai constaté à maintes reprises que pour beaucoup de gens, nos professions restent abstraites, ils ne savent pas vraiment ce que nous faisons, ni ce que nous pouvons apporter à un projet de construction.»

Pour ce faire, il est convaincu qu’il faut démontrer concrètement pourquoi les honoraires des planificateurs représentent 20 à 25% des coûts d’un projet et comment le travail des planificateurs compense – parfois très largement – cet investissement. D’ailleurs, c’est pour contribuer à changer la perception publique sur la branche de la planification et à la promouvoir au niveau sociétal qu’il avait décidé il y a quelques années de s’engager activement à la SIA.

Planifier pour l’usager

Cette ambition est portée par sa conviction que l’usager doit être placé au centre de la démarche architecturale. À son sens, le fait de planifier et bâtir comporte une dimension très démocratique et doit s’axer sur les usagers. Car bien au-delà du maître de l’ouvrage qui définit les objectifs et le cahier des charges et de l’architecte qui signe la ligne conceptuelle du projet, l’enjeu est bien plus large. Il ne faut jamais perdre de vue celles et ceux qui contemplent et utilisent les constructions, rappelle-t-il, soulignant à juste titre que «le temps passe, l’architecte et le maître de l’ouvrage tombent dans l’oubli. Reste l’ouvrage et ceux qui l’utilisent.» De par sa dimension collective, la construction ne saurait par ailleurs être résumée aux besoins des maîtres de l’ouvrage et aux visions des planificateurs. Comme il l’expose, «je pars du principe que la plupart des acteurs de projet souhaitent contribuer à façonner notre cadre de vie, et pas seulement gagner la leur.» Cette vision des choses explique peut-être aussi pourquoi il aime collaborer avec des personnes de tous horizons et qu’il s’efforce d’encourager chacune et chacun à exprimer son plein potentiel.

Voix romande

Clemens Blum entend également mettre son mandat à profit pour renforcer la représentation de la Romandie et des petits bureaux de planification au sein de la SIA. Son profil le prédestine à réaliser cet objectif : bilingue allemand-français depuis l’enfance, Clemens Blum est à la tête d’un bureau d’architecture lausannois qui compte aujourd’hui quatre collaborateurs et réalise des projets dans toute la Suisse romande. Il est donc très au fait des réalités de ce territoire. Homme d’engagement, il est depuis 2017 analyste au service de l’« Observatoire des marchés publics romands » (OMPr), une association qui œuvre à l’amélioration des pratiques de passation des marchés. Il prodigue en outre des cours dans le cadre d’un CAS proposé à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) à Fribourg. Même dans le cadre de sa vie familiale, son métier n’est jamais loin. Son épouse, qui occupe un poste de direction dans une grande organisation, est une précieuse alliée, le conseillant tant en matière de management, de recrutement que de gestion du personnel.

Malgré son emploi du temps chargé, il trouve l’équilibre en travaillant de ses mains. L’année dernière, il a ainsi rénové un chalet en montagne avec l’aide de ses trois enfants. Plus qu’un métier, l’architecture est avant tout une vocation pour le nouveau président de la ZO.

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