«Trans­mettre son sa­voir et son par­cours, ça fait par­tie du mé­tier»

Le programme de mentoring de la SIA repart pour une septième édition. Namira Benfriha-Raki, architecte genevoise et mentore en 2024, revient sur une expérience qu’elle qualifie avant tout d’humaine, après avoir accompagné trois jeunes professionnelles. 

Date de publication
19-01-2026
Romain Galeuchet
Spécialiste Communication et affaires publiques pour la Suisse romande et le Tessin à la SIA

Un échange dont tout le monde sort gagnant: tel est le principe du programme de mentoring de la SIA. Pendant un an, il réunit des binômes composés de professionnels chevronnés (mentors) et de collègues en début de carrière ou moins expérimentés (mentees). Quels sont les avantages d’un tel programme et à qui s’adresse-t-il? Nous avons posé la question à Namira Benfriha-Raki, architecte genevoise et ex-mentore, qui songe à renouveler l’expérience.

SIA: Namira Benfriha-Raki, qu’est-ce qui vous a incitée à vous impliquer en tant que mentore? 
Namira Benfriha-Raki: Je suis très active dans le milieu associatif et professionnel, et j’aime les projets qui favorisent l’orientation et l’échange. Ce qui m’a attirée dans le mentoring, c’est qu’on sort de l’aspect normé de la SIA : on est dans l’humain. En tant que mentor, on a la chance d’avoir plus de recul, plus de bagage, on peut orienter d’autres personnes et leur montrer qu’elles ne sont pas seules – d’autres sont passées par là aussi! 

Et puis, je dois dire que, dans mon expérience de mentoring, j’ai énormément appris de mes mentees. Les personnes plus jeunes ou moins expérimentées ont une approche différente du travail, qui ne correspond pas forcément à celle que je pratique. Par exemple, la question du «work-life balance», ou tout ce qui est «à côté» du travail, est pour elles primordiale. La méthode de travail est adaptée, et les attentes le sont également.

Justement, quels conseils pourriez-vous donner à vos pairs qui envisagent de se proposer comme mentors 
Le premier conseil que je pourrais donner, c’est de ne pas avoir peur de se lancer. Certains imaginent qu’être mentor, c’est recevoir cinquante appels par jour… ce n’est pas du tout ça. Les mentees sont des professionnels, eux aussi pris par leur travail. Ils viennent pour échanger sur des points précis, pour trouver une orientation. Le rôle du mentor, c’est surtout de mettre du temps à disposition: écouter d’abord, puis orienter si possible. Transmettre son savoir et son parcours, ça fait partie du métier de tout professionnel.

Pourriez-vous décrire cela plus précisément? 
Il ne faut pas craindre l’engagement en temps. Pour ma part, je n’avais pas fixé de cadre strict dès le départ, et je ne me suis jamais sentie envahie. Je conseillerais aussi de rester très ouvert au début, pour que les mentees se sentent en confiance et puissent s’ouvrir aux échanges sans barrières. Ensuite, rien n’empêche de recadrer si nécessaire. Sur les trois mentees que j’ai accompagnées, le suivi s’est finalement concentré sur une en particulier, qui souhaitait comprendre toutes les démarches pour créer et diriger son propre bureau. Donc, tout dépend des personnes.

Et s’il y a plusieurs mentees, il faut qu’ils puissent contacter leur mentor individuellement. Globalement, il vaut mieux se montrer disponible en tant que mentor, plutôt que de chercher à organiser artificiellement des rencontres à caser entre deux réunions professionnelles.

Quel a été votre plus grand défi pendant le programme de mentoring et comment y avez-vous fait face?
Ce n’est pas systématique bien sûr, mais j’ai remarqué – comme j’avais trois mentees femmes – que beaucoup de femmes travaillent seules en début de carrière, alors que les hommes ont plutôt tendance à se mettre en binôme ou en groupe pour être plus solides. La charge de travail est donc plus importante pour elles, et ça peut mener à un surmenage et, à terme, un risque d’abandon. Cet aspect a été largement abordé lors de mes échanges avec mes mentees. Peut-être que se lancer directement comme indépendante n’est pas forcément la meilleure solution au départ. Et surtout, quand on se met à son compte, il faut éviter d’accepter des mandats au rabais et de tomber dans la précarité. C’est là que l’accompagnement et l’orientation sont essentiels de la part du mentor: ça permet au mentee d’avoir des réponses à certains de ses questionnements.

Quels résultats ou quel bilan retirez-vous de cette année d’échange?
J’aurais peut-être souhaité que les mentees me sollicitent davantage, pour que je puisse mieux les guider et fixer des objectifs plus concrets. Comme je l’ai dit, je trouve bien de ne pas imposer un rythme, mais ce sont eux les demandeurs : c’est surtout à eux que le programme est bénéfique. Et si le mentor ne peut pas ou ne sait pas répondre, il peut tout à fait les réorienter ailleurs. À mon sens, le premier pas doit venir des mentees.

Sur la base de votre expérience, quels sont les avantages du programme pour les mentees ? À quel type de profil s’adresse le programme de mentoring?
Pour moi, le programme devrait être ouvert à tout le monde, à tout moment de la vie professionnelle et à tout âge. On peut très bien, même avec de l’expérience, se sentir perdu face aux changements et ne plus savoir comment avancer. Dans ces moments-là, il est essentiel de ne pas rester seul. Le mentoring, c’est avant tout un accompagnement humain: on commence par écouter, par rassurer, et ensuite vient le côté professionnel. À ce stade, on peut orienter vers des cours ou des ressources spécifiques.

Qu'appréciez-vous en particulier dans ce programme de mentoring? 
Ce que j’apprécie particulièrement, c’est la non-rigidité du programme: dès le départ, on favorise la liberté de parole. Nos métiers sont exigeants, avec des délais serrés et une forte pression sur la qualité. On peut vite avoir l’impression de perdre pied. Le mentoring permet d’avoir quelqu’un à ses côtés pour éviter de tomber. Je salue cette démarche et je pense même me réinscrire !

Et votre conseil pour les mentees? 
Pour les mentees, je les encourage à définir clairement leurs attentes dès le début, même si celle-ci sont liées à une crise ou à l’envie de quitter le métier. En parler peut faire émerger une bonne idée, plutôt que d’abandonner sous la pression, pensant qu’il n’y a aucune alternative.

Bio express

 

Namira Benfriha-Raki est architecte indépendante, spécialiste en accessibilité universelle chez NBR architectes et coordinatrice et architecte conseil au sein de l’association HAU (Handicap Architecture Urbanisme). Diplômée de l’École polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger et de l’École d’architecture de l’Université de Genève (EAUG), elle a exercé son métier en Suisse, en France et en Afrique. Elle est également membre du groupe régional Genève du Réseau femme et SIA.

Mentors et mentees recherchés

 

La septième édition du programme de mentoring proposé par SIA InForm, le service de formation continue de la SIA, débute en mars 2026. La participation est gratuite et réservée aux membres individuels, membres étudiants et membres juniors de la SIA, ainsi qu’aux collaborateurs des bureaux membres. Le programme s’adresse aux personnes issues de tous les groupes professionnels de la SIA. Plus d’informations et inscription sur la plateforme web de la SIA.

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