Ô monts (pas si) in­dé­pen­dants

La der

Date de publication
24-06-2026

En 2019, les grèves du climat organisées un peu partout en Suisse et la vague verte sortie des urnes à l’occasion des élections fédérales laissaient augurer d’une véritable volonté d’empoigner à bras le corps la crise climatique – même à droite de l’échiquier politique. Si la pandémie de Covid-19 a mis un terme aux manifestations, elle a pu, un temps, faire espérer la survenue d’un «monde d’après», plus harmonieux et respectueux de notre environnement. Cette parenthèse imposée a eu l’effet inverse: le vent du «retour à la normale» a aplati la vague verte lors des élections fédérales de 2023.

Ce vent mauvais a gagné en puissance depuis l’investiture de Trump en janvier 2025, faisant s’envoler les masques, dépouillant bon nombre d’hypocrites des oripeaux du greenwashing dont ils s’étaient parés: «Drill, baby, drill!» De l’Ukraine au Venezuela en passant par l’Iran et le Groenland, l’accès aux sources d’énergie et aux matières premières redevient un levier de pouvoir des nouveaux empires envers leurs vassaux et leurs rivaux. Alors que les USA et la Russie sont les plus gros producteurs de pétrole brut, la Chine domine le marché de la technologie solaire. Pour ce qui est de l’uranium, près de la moitié de la production mondiale provient du Kazakhstan, une ancienne république soviétique.

Et la petite Suisse dans tout ça? En mettant à mal une économie globalisée fonctionnant aux hydrocarbures, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, puis la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran en riposte à l’attaque américano-israélienne devraient nous ouvrir les yeux, une fois encore, sur notre état de dépendance énergétique, mais aussi sur les alternatives qui nous sont offertes. Décarboner notre économie, et donc aussi le secteur de la construction, permettrait de recouvrer notre souveraineté énergétique, car la pluie, le vent et le soleil n’ont que peu à faire des agendas géopolitiques. Cette transition, que l’épuisement inéluctable des ressources nous imposera un jour ou l’autre, permettrait également de nous attaquer à l’autre menace qui nous pend au nez, qu’on était presque parvenu à nous faire oublier: la crise climatique. Transformer localement des ressources locales, voilà la seule voie vers l’indépendance politique. Associer les dimensions sociétales, économiques et écologiques, ne serait-ce pas la définition même d’un projet véritablement durable, au succès duquel architectes et ingénieurs pourraient grandement contribuer?

Oui, écologie et durabilité peuvent rimer avec économie et souveraineté, n’en déplaise aux pseudo-patriotes qui préfèrent se mettre au service des lobbies des hydrocarbures et lutter contre toute tentative de transition en s’opposant à des projets tels que (liste non exhaustive): la loi sur le CO2 (2021), la loi sur le climat et l’innovation (2023), la loi sur l’énergie et la loi sur l’approvisionnement en électricité (2024), le fonds climat (2026), la loi cantonale vaudoise sur l’énergie (2026), etc.

Mais la souveraineté énergétique impose de ne pas se limiter aux seules matières premières: c’est l’entier de la chaîne de valeurs qu’il faut rapatrier, au moins à l’échelle de notre continent. À quoi bon ouvrir une mine de lithium, comme cela pourrait bientôt être le cas en Auvergne, si l’ensemble du processus industriel qui permet d’en faire des batteries n’est pas maîtrisé en Europe?

Extraire les ressources de notre environnement et les transformer à l’intérieur de nos frontières a nécessairement un coût en termes de nuisances et d’impacts sur le paysage, depuis toujours. Plutôt que de sortir la carte NIMBY pour nous y opposer, jouons donc celle de la sobriété et de l’intelligence (constructive)!