Halle Pan­cosma: réem­ployer l’ar­chi­tec­ture mo­derne

La der, 7/2026

Date de publication
08-07-2026

À Genève, le destin de la «halle Pancosma», élégante structure métallique d’inspiration miessienne située près de l’aéroport, et qui a abrité une usine de biochimie durant des décennies, est en suspens. Porté par plusieurs acteurs, dont Genève Aéroport, l’Office du patrimoine et des sites (OPS), la Fondation PAV (FPAV) et le bureau Sujets Objets, un projet prévoit la déconstruction de la halle, en particulier de son ossature en métal, et sa reconstruction à Carouge, dans le secteur Praille-Acacias-Vernets. 

Démonter une halle industrielle pour la remonter ailleurs, cela a déjà été tenté ces dernières années – sans beaucoup de succès, il faut le reconnaître. À Fribourg, en 2022, la HEIA-FR se proposait de le faire avec la «halle Cafag»1. À Genève, l’enjeu est double: il ne s’agit pas seulement de faire de ce transfert une expérience pionnière et exemplaire en matière de réemploi, qui prouverait que les anciennes halles industrielles peuvent avoir une seconde vie; mais aussi de conserver un objet à la valeur patrimoniale désormais reconnue. Édifiée entre 1960 et 1962 par les architectes Pierre Bussat et Jean-Marc Lamunière, la halle de l’usine Pancosma prend pour modèle le Crown Hall (1950-1956) à Chicago, bâtiment emblématique de Mies van der Rohe. Ici comme là-bas, on retrouve l’emphase d’une structure métallique placée à l’extérieur. Une ossature peinte en noir qui contraste avec les éléments de remplissage de couleur blanche. Un bâtiment dont la trame stricte de 2.50 mètres et la grande portée structurelle permettent une vaste flexibilité d’usage.

Une étude réalisée par le bureau Sujets Objets a démontré la faisabilité d’un tel transfert. Celui-ci était sur le point d’aboutir. Un maître d’ouvrage avait été trouvé, qui souhaitait en faire un espace pour une ressourcerie. Suite à la défection de ce dernier, les initiateurs du projet cherchent un nouveau partenaire. À l’heure où les matières premières deviennent de plus en plus rares, de plus en plus chères (voir la dernière Der2), peut-on se permettre de délaisser plusieurs tonnes d’acier? Surtout quand cette matière a pris la forme d’un édifice conçu par l’un des meilleurs architectes genevois du siècle dernier. Le chantier d’extension de l’aéroport est en cours, et le démontage pourrait avoir lieu en septembre, à condition qu’un repreneur se manifeste.

notes

 

1 Camille Claessens-Vallet, «Structure à réemployer cherche maître d’ouvrage pour relation durable», Tracés 11/2022

 

2 Philippe Morel, «Ô monts (pas si) indépendants», espazium revue 6/2026