Baukultour de Suisse
Juin 2026
Le Prix SIA va au paysage
Les photographes d'architecture vont au F'AR
Vous irez à Bex Arts cet été
Le Prix SIA couronne le paysage. Relativement modeste par son coût (2 mio) et par sa taille, puissant par ses effets: la forêt urbaine du quartier de l'Étang est une magnifique réponse de la Ville de Vernier (GE) au secteur dense et minéral qui le jouxte, le très spéculatif quartier du même nom. Première pièce d'un parc linéaire, cette poche de fraîcheur, de sociabilité et de biodiversité est un investissement indispensable au fonctionnement de la ville, d'autant plus si elle doit croître encore, absorber la densification vers l'intérieur afin de préserver ce qui reste de paysage. En mettant en valeur ce travail, conçu et réalisé par apaar, le jury du second prix SIA ne rend pas seulement un hommage (attendu, mérité) à l'architecture du paysage comme discipline centrale de la culture du bâti, il se positionne clairement et utilement dans le débat contemporain: hasard du calendrier, l’annonce est faite au moment où la Suisse se rendait aux urnes, pour refuser une initiative populiste de plus, portée par ceux-là même qui s'opposent systématiquement à tous les efforts pour soigner l'espace public, la biodiversité, le végétal – tout ce qui échappe, en somme, à la spéculation. Oui, nous dit ce résultat, on peut vivre dans la ville dense, mais à la condition d'investir, de soigner, de cultiver tous les lieux qui ne sont pas bâtis. Ce prix est aussi une juste récompense à une administration qui prend ses responsabilités, et un signal fort à celles qui hésitent encore à le faire malgré l'inévitable réchauffement des températures.
Le Prix SIA repose sur les huit critères Davos et réunit toutes les disciplines préoccupées par la culture du bâti, également à des fins pédagogiques. La grande nouveauté du prix SIA 2026 est son prix étudiant. Il a été décerné par un groupe enthousiaste mélangeant études en travail social, en architecture et génie civil de la HES-SO. Pour affronter les 183 candidatures, le groupe a inventé son propre protocole et généré une shortlist pointue, qui coiffe au poteau les innombrables « best of » de la scène architecturale helvétique. Le jury, concentré sur la transformation et la construction bas-carbone, a couronné l'histoire de Thimothy Allen et Ronan Crippa. En fin d'études, ces deux jeunes architectes s'intéressent au destin d'une maison menacée du village de Grabs (SG) et finissent par mobiliser les habitants, qui investissent dans sa sauvegarde, son déplacement (poutre par poutre!) et sa transformation en maison des associations, doublée d'un nouveau volume réalisé en pisé… Un véritable conte de fées, capable à lui seul de redonner à cette génération désespérée l'envie de s'investir dans le métier d'architecte. Un troisième prix, celui du public, a également été décerné le 11 juin. Toutes les informations sont là.
Prix SIA 2026
prixsia.ch
Au F’AR, les photographes d’architecture se mobilisent. L'IGAF (Interessengemeinschaft Architekturfotografie) réunit seize photographes d'architecture suisses au F’AR, chacun·e représentée par deux photographies accrochées et le reste de la série proposée sous forme de cahier. La sélection a été opérée en avril 2025 par un jury, avec comme critère un regard critique jeté sur l’environnement construit. Citons ici Till Forrer, qui porte une attention tendre aux édicules infrastructurels ponctuant le territoire suisse; Ruedi Walti, qui documente l'omniprésence des tours Roche et leur impact sur le paysage du grand Bâle; Philip Heckhausen, qui présente les espaces bâtis de Zurich avec une rare justesse (parvis encombrés de voitures, publicités, bitume, etc.), la symphonie de la « culture du bâti » dans laquelle l’architecture ne joue qu’une partition; Géraldine Recker, enfin, qui tire le portrait des ouvriers et professionnel·les de la manutention – pour elle, membres à part entière de cette culture visuelle (à Zurich). Deux projets documentent la démolition du patrimoine, gabarits levés, tous deux à Zurich. Un troisième projet documente, cette fois en noir & blanc, le processus de transformation de Zurich. Oui, Zurich domine la sélection – d’ailleurs les textes sont rédigés uniquement en allemand ou en anglais, comme si les Romands étaient absents. Dans l’exposition domine quelque peu ce « style maquette » convenu, avec son inlassable référence aux Becher (portraits d’édifice en pied, ciel gris, pas d’ombre, pas d’humains, etc.).
Avec la disparition programmée des titres imprimés et la domination de réseaux (qui ne paient aucun droits), cette profession spécialisée subit une pression extrême. Dans ce contexte, il faut saluer la mobilisation de l’IGAF, qui parvient à démontrer que cette pratique spécifique existe bel et bien indépendamment de la commande, non pas comme genre mais bien comme regard indépendant, comme contribution autonome. Dans cet effort d’émancipation manifeste, on regrette seulement que la sélection cherche à ce point à reléguer l’architecture contemporaine au second plan, et manque ainsi l’occasion de redéfinir la relation qu’elle entretien avec celle-ci, voire d’inverser la subordination : Schulman, Hervé, Danuser, Binet, Wall, etc ; les photographes ne sont-ils parvenus à assujettir l’architecture? C’est la condition des médias qui empêche cela aujourd’hui, pas les architectes. Bien que compréhensible, ce repli nostalgique évite le débat du renouvellement (méthodique, technique), au moment même où le grand tremblement médiatique contemporain (les réseaux, qui ne paient toujours aucun droit, mais ce sont mis à la vidéo, tiens) suggère une évolution évidente des modes de documentations de l’architecture.
Jusqu'au 31 juillet 2026
Exposition
Liaisons imaginaires
F’AR, Forum d'architectures, Lausanne
Ceci n'est pas du land art. Bex & Arts réunit pourtant un paysage et des artistes. La Triennale (depuis 1981) rend cette année hommage aux Génies du lieu, ces esprits bienfaisants qui animent depuis l'Antiquité certains endroits un peu spéciaux. C'est bien le cas du parc paysager de Szilassy dans lequel se tient la Triennale — domaine d'inspiration anglaise conçu dans les années 1830-1840 sous l'impulsion de Lady Louisa Hope, venue de Londres s'établir dans les Préalpes vaudoises, qui hérite ainsi du romantisme et de la culture du Grand Tour. Pour les commissaires Monique Keller et Anne-Outram Mott, le paysage devient « un acteur à part entière de l'exposition » – non pas une toile de fond sur laquelle on plaque des œuvres, comme a pu le faire le land art, mais un personnage avec lequel les artistes entrent en dialogue. Le parc est ici à la fois sujet, mémoire et partenaire.
21 artistes jalonnent le parcours en plein air. Hunter Longe creuse le sol pour révéler la présence souterraine du gypse : ses excavations, semblables à des sépultures, accueillent des statuettes fortement érodées, divinités silencieuses qui semblent avoir toujours veillé sur le lieu. Le duo Gailing Rickling propose des assises qui invitent à entrer littéralement en contact avec la terre, à l'éprouver par le corps et à habiter autrement les points de vue du parc. Yann Gross, lui, s'intéresse au Trachycarpus fortunei – ce palmier désormais emblématique (surtout au Tessin) des déséquilibres engendrés par les déplacements du vivant. Le parc de Szilassy en porte lui-même la trace : une nature composite, mêlant espèces d'ici et d'ailleurs, miroir des contradictions contemporaines. Des visites et activités sont prévues tout l’été et, pour la première fois, Bex Arts introduit le prix libre.
Jusqu'au 3 octobre 2026
Exposition
Bex & Arts 26, Génies du lieu
Parc de Szilassy, rue du Signal 20A, Bex
bexarts.ch