UP UP – Stories of Johannesburg Highrises

Johannesburg sous l’apartheid fut la capitale économique prospère d’un pays qui avait érigé l’inégalité raciale en système politique. Vitrine de l’apartheid, la ville exhibait une skyline de gratte-ciel qui n’avait rien à envier à une grande capitale de la finance globalisée.

Au point culminant du régime ségrégationniste, les non-résidents noirs qui s’y activaient devaient quitter le centre-ville pour rejoindre leur township avant la tombée de la nuit. La nuit et ses loisirs appartenaient aux Blancs. Dans les hôtels cinq étoiles du centre, l’élite pouvait jouir d’un environnement luxueux et racialement homogène. Cette machine bien rodée commence néanmoins à dysfonctionner bien avant la chute de l’apartheid. La réalité économique vient perturber le système de couvre-feu qui force les Noirs à faire plusieurs heures de transports pour travailler dans des villes où ils ne résident pas. Puis la chute du régime de de Klerk intensifie le basculement. Comme à Détroit, l’arrivée de populations noires accélère le départ des Blancs vers la banlieue prospère de Sandton, vers Le Cap et pour certains, hors d’Afrique. 

On chiffre à un million sur un total de cinq les Sud-Africains d’origine européenne qui auraient quitté le pays ces vingt dernières années. Ce repli a laissé une grande partie des quartiers d’affaires du centre de Johannesburg inoccupés. Dans les lobbies désaffectés d’anciens hôtels luxueux s’expose la ruine d’un des aspects les plus méprisables du capitalisme libéral : sa compatibilité avec le ségrégationnisme sud-africain.

Johannesburg est un bastion de la finance globalisée, laissé à l’ennemi. Les buildings sont vidés, les hôtels scellés. Loin du scénario post-apocalyptique que présage ce départ, le centre-ville a découvert une nouvelle vocation. 

Certains immeubles de bureaux ont été transformés à la hâte en lieu d’habitation, des dortoirs où on loge à la semaine. Si de nombreux édifices ont été abandonnés, d’autres ont été réoccupés, transformés. Aujourd’hui, la ville se cherche encore un avenir, entre une gloire passée peu enviable et une nouvelle liberté gâchée par le repli stratégique de la part la plus prospère de la société.

UP UP – Stories of Johannesburg Highrises est le récit parallèle de quelques-uns des buildings les plus emblématiques du centre. Portrait complexe croisant des documents d’archive et des récits personnels, l’ouvrage parvient à faire coexister l’aspect social et architectural sur un même plan. 

S’il entre facilement dans la catégorie de cette sociologie urbaine qui s’expose aujourd’hui dans les biennales, le livre est probablement la forme la plus achevée de cette étude surprenante. Excellent ouvrage, il a été classé parmi les 25 meilleurs livres d’art publiés en Allemagne en 2016.

Références

UP UP – Stories of Johannesburg Highrises    
F. Jaggi, K. Murbach, N. Ruffo, N. Dechmann
Hatje Cantz, Berlin, 2016 / EUR 38.–

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