Une infrastructure au service de la vie du campus

Concours pour un nouveau bâtiment des Sciences de la vie sur le site de Dorigny de l’Université de Lausanne

Hasard du calendrier : les résultats du concours sur le campus de l’Université de Lausanne arrivent en même temps que le 40e anniversaire du Centre Pompidou. Le projet lauréat est intitulé 23071933, date de naissance de Richard Rogers, l’un des concepteurs du Centre. Les lauréats rendent ainsi leur conception de l’architecture parfaitement explicite : elle doit être un support, une infrastructure pour servir les usagers, en l’occurence les étudiants et les chercheurs de ce domaine en développement.

Le nouveau bâtiment de la Faculté de biologie de l’Université de Lausanne (UNIL), partagé avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), prendra place sur la plaine de Dorigny. Cette nouvelle structure s’inscrit dans une vision générale de réorganisation du campus lausannois. Elle accueillera deux entités : en 2021, des locaux de travaux pratiques en chimie et biologie utilisés par des étudiants de l’UNIL et de l’EPFL ; deux ans plus tard, une seconde entité destinée à la recherche en neurosciences et en microbiologie. Les vingt-trois concurrents sélectionnés pour le concours en une phase devaient donc trouver une solution pour réunir ces deux entités et donner corps à ce domaine en développement que sont les sciences de la vie, tout en poursuivant la vision à long terme que Guido Cocchi a développée dans les années 1970 pour le campus paysager de Lausanne.

La procédure s’inscrit également dans une réflexion plus profonde sur l’avenir du campus lausannois. Plus qu’un « concours de beauté », la série de concours qui se déroule en ce moment entre l’EPFL et l’UNIL ressemble à une conversation à plusieurs voix autour du renouvellement des typologies de recherche et d’enseignement. Il s’agit de donner des réponses proprement architecturales aux changements académiques (mobilité croissante, numérisation des supports, etc.) en créant des formes de convivialité innovantes.

Le paysage comme héritage
La relation au domaine et aux bâtiments solitaires qui peuplent le campus a concentré toute l’attention de concurrents qui ont multiplié les stratégies d’implantation, de circulation et de cadrages sur le lac Léman. Afin de diminuer leur impact sur le paysage, la plupart des projets ont dissocié les deux entités – recherche et enseignement –, soit en deux volumes distincts, soit en articulant subtilement socle et corps. C’est l’approche qu’ont privilégiée les deuxième et troisième rangs, qui ont proposé des formes composées : dans un dialogue très serein avec le voisinage (Bonnard et Woeffray, Monthey, 2e rang), ou avec une stature imposante qui rompt délibérément avec la logique qui a prévalu jusqu’ici à la construction du site (E2A, Zurich, 3e rang). 

Le projet lauréat résout le problème avec une simplicité bluffante : il réunit les deux entités en un seul volume, divisé en son centre par un mur porteur, qui servira de façade temporaire entre les deux phases de chantier. Le jury a apprécié l’humilité et la lucidité de l’équipe gagnante (Baukunst, Bruxelles et Bruther, Paris), qui ne cherche pas dans son projet à transformer son environnement, mais à poursuivre l’évolution d’une typologie éprouvée sur le campus, en se contentant de réactualiser son potentiel en tant qu’infrastructure. Le « prisme feuilleté », selon l’expression des architectes, reprend en effet la volumétrie cuboïde présente sur le site, tout en contrebalançant sa massivité par une façade diaphane.

Le bâtiment comme infrastructure
Quatre plateaux et une poignée de blocs de circulation périphériques : la solution séduit surtout pour la liberté de réaménagement qu’elle promet. Comme dans les bâtiments de Richard Rogers, la structure et les installations techniques (ventilation, lumière, climat) sont en effet radicalement séparées, afin de permettre une reconfiguration totale des plateaux et d’assurer une réversibilité de ses programmes durant toute la vie du bâtiment. 

Les biologistes sont les premiers à avoir théorisé que les être vivants n’existent pas hors d’un écosystème. Les objets techniques, comme les bâtiments, non plus : le « milieu » est devenu une catégorie de pensée universelle1, que les architectes se sont appropriée. A Dorigny, Baukunst et Bruther portent toute leur attention sur la membrane qui gère la relation avec l’environnement extérieur, afin de favoriser l’émergence d’une vie grouillante d’étudiants et de chercheurs qui s’organisera librement sur ces plateaux. Cette membrane se compose d’une large coursive tempérée, grâce à un système d’ouvrants, comme une serre. L’espace gère la transition climatique et sociale entre le dedans et le dehors. Les architectes poursuivent la réflexion amorcée par Lacaton & Vassal, qui ont rendu habitable une couche tempérée située en façade dans de nombreux projets2. Le projet de Baukunst et Bruther propose littéralement de se promener dans la couche d’isolation. Pour cela, il a fallu procéder à une inversion complète du système de circulation : l’escalier de fuite est situé dans le noyau de l’édifice, le cheminement quotidien en périphérie, sur la coursive. Cet espace tempéré est magnifié par la double-hauteur et pourra être exploité pour favoriser la convivialité entre les utilisateurs, voire servir de jardin d’hiver. Quant aux escaliers, ils servent d’ornement plastique à cette grande cage. C’est aussi une citation révérencieuse au maître, Richard Rogers.

Références

1 Voir «Le vivant et son milieu», Georges Canguilhem, La connaissance de la vie, Hachette, 1952 (p.160-193)

2 Voir Christophe Catsaros, «L’extension du domaine habitable», TRACÉS n° 5-6/2016

Résultats du concours

L’ensemble des projets peuvent être consultés sur notre page concours au lien suivant: Nouveau bâtiment des Sciences de la Vie

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