Hôpital d’Aubonne, Réalisation d’un EMS de 56 lits et d’un CAT

Mandats d’étude parallèles en procédure sélective
Le bureau genevois LRS Architectes a séduit le jury par un projet très rationnel organisé autour d’un patio qui apporte de la lumière naturelle à l’ensemble du bâtiment et qui permet de ménager de belles relations visuelles avec le paysage.

Jury non professionnel

  • Ignacio Rodicio (Directeur du Département infrastructures de l’EHC)
  • André Jordan (Directeur du Département hébergement de l’EHC)
  • Luc-Etienne Rossier (Président de la Fondation pour le patrimoine hospitalier d'Aubonne, Syndic d'Aubonne)
  • Julien Lecourt (Infirmier chef adjoint, Département hébergement de l’EHC)
  • Christian Wille (Directeur des Départements finances et système d'information de l’EHC)

Jury professionnel

  • Olivier Dépraz (Architecte, membre du Conseil d’Administration de l’EHC)
  • Diane de Pourtalès (Architecte epfl sia, Service des assurances sociales et de l’hébergement, Lausanne)
  • Romain Carnal (Architecte, Atelier d'architecture Carnal Romain, Villars-le-Terroir)
  • Pascal de Benoit (Architecte sia, de Benoit & Partenaires, Morges)
  • François Vuilliomenet (Architecte epfl sia)
  • Raphaël Cachin (Architecte epfl sia, ARCHI-DT SA, Montreux)

Maître d'ouvrage

Ensemble hospitalier de la Côte


Organisateur

IRBIS Consulting SA

Palmarès

Lauréat

LRS Architectes, Genève

Bureaux sélectionnés

Esposito + Javet architectes associés, Lausanne

Tardin & Pittet architectes epfl-sia-fas, Lausanne

Graeme Mann & Patricia Capua Mann, Lausanne

Programme et objectifs

Le projet prévoit la construction d’un EMS de 56 lits et d’un CAT de 12 places intramuros dont les surfaces sont résumées ci-dessous :

- espaces privés et semi-privatifs gériatrie (842 m2);

- espaces privés et semi-privatifs psychiatrie de l’âge avancé (857 m2);

- espaces collectifs (dont restauration) (666 m2);

- espaces professionnels (445 m2);

- centre d’accueil temporaire (CAT) (112 m2).

Les objectifs principaux sont :

- proposer aux personnes âgées en perte d’autonomie un lieu de vie et un accompagnement adaptés aux exigences et au concept de prise en charge actuels pour les missions de gériatrie et de psychiatrie de l’âge avancé.

- respecter l’ensemble des dispositions et directives cantonales en matière de constructions d’EMS (DAEMS), mais également les exigences énergétiques Minergie-P-Eco.

- disposer d’un bâtiment offrant le meilleur confort possible aux résidents et répondant aux besoins des équipes interdisciplinaires (soins, animation, intendance, restauration et technique).

- prévoir des synergies avec les bâtiments existants et futur, notamment la cuisine et la buanderie de l’EMS afin de répondre aux besoins futurs de l’ensemble du site. La flexibilité et la polyvalence des locaux sont en outre recherchées.

- porter une attention particulière quant aux réserves de constructibilité pour les besoins futurs du site. A moyen terme, le bâtiment hospitalier existant sera vraisemblablement démoli et remplacé par de nouvelles constructions dont le programme n’est aujourd’hui pas arrêté.

Recommandations du jury

A l’unanimité, le Collège d’experts recommande au maître de l’ouvrage de confier le mandat pour la suite du projet au bureau d’architectes LRS architectes, à Genève. Lors des discussions intermédiaires le bureau s’est montré particulièrement à l’écoute de l’utilisateur final et la vision critique de leur travail, exprimée devant le collège d’experts, force à penser qu’une recommandation de ce bureau, pour la suite du développement du projet, est toute indiquée pour créer un véritable lieu de vie dans ce bâtiment.

Extraits du rapport du jury

Lauréat: LRS Architectes, Genève

Le projet propose un volume prismatique percé d’un patio qui se détache du complexe existant par une cour d’entrée qui se glisse entre le nouveau bâtiment et les infrastructures existantes. Ce dispositif d’esplanade couvre un parking fonctionnel au niveau inférieur. L’interface d’entrée permet ainsi de créer un accès spécifique de qualité pour le futur EMS. Les livraisons se font depuis l’accès principal ce qui semble être la meilleure solution pour éviter les croisements de flux d’utilisateurs, et des camions.

Le volume produit a été révisé et optimisé depuis la critique intermédiaire. Sa relative compacité en fait un bâtiment souple dans son utilisation et largement ouvert sur l’extérieur pour les espaces de vie. La rationalité du propos se trouve confirmée dans l’estimation des coûts de réalisation du projet qui reste proche de la cible donnée.

Les schémas de développement futur du site sont convaincants et facilement paramétrables pour l’évolution du programme des CTR et des éventuels logements protégés. La mise en place de vides autour des bâtiments futurs permet une construction par étapes claires.

Au-delà du prisme formel, le bâtiment trouve des articulations sensibles de pleins et vides qui créent une dynamique de façade intéressante et casse la monotonie des 4 faces semblables.

L’organisation des niveaux, et notamment du rez-de-chaussée, séduit. La perception dès l’entrée, des espaces d’accueil, de l’organisation interne et du dégagement sur le bassin lémanique est très appréciée.

La répartition des espaces communs est claire et fonctionnelle. L’accès de l’entrée au CAT, à l’administration et à la cafétéria se fait de manière aisée et sans conflit d’utilisation.

Le patio d’agrément surélevé par rapport au plan de l’étage devient un espace de référence pour chaque niveau du projet et apporte la lumière naturelle au cœur de l’édifice. De taille raisonnée, il permet d’articuler les espaces de vie de manière modulable et variée, tout en ménageant de belles relations visuelles avec le paysage. Le plan d’étage, avec ses circulations en boucles et ses poches d’espaces de dégagements et d’activité est apprécié. Les deux noyaux sanitaires permettent une bonne fonctionnalité d’usage et des circulations efficientes pour les différents types de résidents prévus. Le fonctionnement de la cuisine reste à démontrer.

Le parking pour le personnel permet un accès direct aux locaux dédiés et une liaison au complexe hospitalier, via une interface intelligemment créée permettant de connecter en verticalité tous les niveaux nécessaires. Le cheminement prévu est à revoir mais le principe est jugé adéquat.

La cour d’accès nécessite une réflexion plus aboutie. Le rebroussement des camions de livraison devrait être résolu à l’Est, sans perturber la cohabitation piétons-dépose de personnes à l’entrée principale de l’EMS. Le traitement des hauts murs la bordant au Nord de sa partie Ouest (une dizaine de mètres au-delà du bâtiment) et de la trémie d’accès au parking doit être retravaillé pour assurer une qualité paysagère à ce lieu. Le module de chambre développé offre plusieurs possibilités d’aménager le lit du résident. Les mesures sont justes et adaptées. Le redan créé pour marquer l’entrée des chambres est apprécié par les utilisateurs. L’idée de créer un jardin spécifique à la psychogériatrie en toiture est validée par les utilisateurs mais devra être réfléchie pour assurer la sécurité des résidents et permettre la mise en place des structures techniques du bâtiment (panneaux solaires, exutoires, superstructures) et d’un secteur minimal de services pour les résidents, abrité du soleil et des vents dominants.



Esposito + Javet architectes associés, Lausanne

La proposition faite d’un volume compact percé d’un patio est convaincante. La reconnaissance des géométries urbaines préexistantes rendues visibles sous la forme de deux équerres qui définissent le volume du futur EMS est une prise de position claire et riche de bénéfices pour le bâtiment développé.

Le parking terrasse/jardin qui vient compléter la proposition en prolongeant le système de terrasses du complexe hospitalier, crée une troisième terrasse en contrebas des jardins de l’hôpital qui détache la proposition de son contexte bâti. Le projet en tire habillement profit pour allouer cet espace au jardin de la psychiatrie de l’âge avancé, cependant la différence de niveau et son accès par les locaux du personnel crée une césure fonctionnelle trop importante pour le bénéfice du complexe. Le projet aurait mérité d’être rehaussé pour limiter cette différence de niveau.

La compacité du volume et les choix constructifs permettent une rationalisation de la construction et une viabilité avérée pour sa phase de réalisation. Le projet est ainsi le plus économique des projets proposés.

L’articulation du programme autour d’un patio de relativement grande dimension (20 x 12 x 9 m) pourrait permettre une utilisation fonctionnelle de cet espace pour les résidents. Mais sa matérialisation, illustrée en 3D, ne permet pas d’envisager un « paysage intérieur » confronté aux qualités naturelles du site. Tout se passe autour de ce patio qui est l’élément majeur central.

La mise en place programmatique du rez-de-chaussée offre une entrée-accueil-cafétéria de qualité et une logique fonctionnelle saluée.

La géométrie du bâtiment crée des circulations qui se dilatent habilement autour du patio central en allouant des espaces de vie pour les résidents. Cependant, les salons disposés sur les couloirs de distribution sont problématiques et jugés difficiles d’usage pour les utilisateurs. Il y a un doute sur l’utilisation de ces espaces pour des réunions de famille en petit comité ou le regard de la télévision pourtant fondamentaux dans la configuration de ce projet.

Le grand patio à l’air libre, aurait pu compenser, dans une certaine mesure, l’exiguïté de ces lieux de rencontre, sa profondeur permettant de dégager des zones d’ombres ou ensoleillées au rythme de la journée, mais au final les utilisateurs considèrent qu’il pose plus de problèmes qu’il n’en résout.

Le travail sur les terminaisons des couloirs est jugé intéressant.

L’affectation du niveau du sous-sol n’est pas fonctionnelle, la buanderie générale est trop éloignée des autres bâtiments et ne permet pas de créer une synergie d’utilisation.

L’aménagement de la chambre du résident, par la situation fixe des armoires encastrées, oblige une position libre du lit.

Les schémas d’étapes du projet ne sont pas convaincants en particulier pour l’aménagement d’un immeuble de logement protégé en dernière phase.



Tardin & Pittet architectes epfl-sia-fas, Lausanne

Le projet proposé prend le parti d’adosser le programme demandé au bâti existant. Il forme ainsi un corps construit dans la pente qui enterre une partie du programme pour dégager la vue générale du complexe hospitalier par la mise en place de grandes terrasses jardin. De ce point de vue, l’ensemble est bien intégré et offre des volumes semi enterrés favorables. Si l’intention est louable en soi, la forme produite ne satisfait pas et paraît trop formelle. Le projet s’impose au terrain au lieu de l’accompagner. Le socle constitué occupe finalement beaucoup le site, ne laissant que des espaces extérieurs résiduels peu exploitables pour tout autre développement futur.

L’implantation du bâtiment part d’un parti fort et radical mais ne convainc pas dans sa forme finale. La mise en place de volumes inégaux en redan dans la pente crée, certes, un jardin clairement défini pour la psychogériatrie mais également, un déséquilibre de composition qui force les volumes dans le territoire.

Le rez-de-chaussée, regroupant les fonctions de service sur un seul niveau est apprécié.

La mise en place d’un plan type, riche et varié, dont les distributions se finalisent sur des ouvertures est positivement accueillie, cependant, l’absence de circulation en boucle dans l’aile Est n’est pas indiqué pour la psychiatrie de l’âge avancé et les longueurs à parcourir sont relativement étendues entre les circulations verticales. La mixité des espaces de vie (salon d’unité et salle à manger réunis) dans les couloirs principaux parait conflictuelle pour les différents usagers prévus. Les locaux de services tels que les dépôts sont malheureusement disposés dans des espaces ou passages importants.

Le projet propose des chambres orientées de manière optimale par rapport à l’ensoleillement du site.

L’entrée principale n’offre pas de richesse au projet, on y accède par un parking et elle reste confidentielle. La connexion sur deux ascenseurs ne convainc pas. L’enchaînement des espaces proposés est difficile et nécessite de longs couloirs de distribution pour fonctionner. Cet étalement du projet en longueur impose de dédoubler les locaux de services et induit un coût de construction qui dépasse largement le cadre budgétaire donné.

La disposition de la zone livraison et de la cuisine sur un même niveau est un plus pour le projet. Malheureusement, la buanderie est desservie par le garage enterré ce qui obligerait à maintenir une hauteur sous plafond trop importante pour permettre aux camions d’accéder au parking.



Graeme Mann & Patricia Capua Mann, Lausanne

L’idée forte du projet est une large terrasse ouverte sur le paysage, garantissant un dégagement visuel pour le centre hospitalier ou les bâtiments qui lui succéderont. La proposition exploite les structures existantes pour y adosser le programme demandé dans un bâtiment-socle sensible et stricte à la fois. La proposition séduit pour son implantation mesurée et contextualisée.

L’accent est donc mis sur l’exploitation du paysage en mettant en valeur la terrasse supérieure avec un pavillon de belle qualité architecturale. Mais entre le premier et le deuxième tour du MEP, la position de ce pavillon est passée d’Ouest en Est. Si ceci résout certains problèmes, cela en induit d’autres comme la dissociation de l’entrée principale du reste des espaces de service.

L’accès principal et les livraisons se font par le parking actuel, repensé et agrandi. Un second niveau de parking s’implante sous ce niveau d’entrée et sert aux besoins du personnel et aux livraisons par petits véhicules.

La possibilité de pouvoir manœuvrer par camion sur le niveau de parking principal paraît plausible même s’il est jugé difficile par les utilisateurs puisqu’en fonctionnement conjoint avec les visiteurs de l’EMS.

L’idée de créer un parking provisoire à l’Ouest du complexe hospitalier pour compléter les besoins en stationnement est en opposition avec la proposition de développement des phases ultérieures. Un parking de ce côté du complexe n’est pas souhaitable, il souligne l’ambiguïté de situation de l’entrée principale.

La distribution des chambres permet une orientation optimale pour la totalité des pensionnaires et se trouve, de ce fait, être une réponse séduisante pour les futurs utilisateurs. Mais la longueur du bâtiment impose pratiquement de devoir doubler les locaux de service et les espaces de vie pour un bon fonctionnement. Le patio « puit de lumière » proposé est un artifice architectural indispensable pour arriver à rompre la monotonie du couloir lisse et rectiligne de la distribution principale, il laisse cependant entrevoir des possibilités poétiques de matérialisation. La disposition du programme sur les étages impose implicitement (cheminement en boucle pour la psychogériatrie) une division de la partie gériatrie et de la partie psychogériatrie sur deux niveaux chacune, ce qui va à l’encontre des principes du plan proposé et crée une complication importante pour les utilisateurs.

La définition de l’entrée principale et l’usage des jardins sont des problématiques importantes de cette proposition. La terrasse principale du niveau supérieur attire les regards et concentre les activités publiques du programme. Ce niveau cherche à être le niveau d’entrée principal au bâtiment, qui se trouve pourtant reléguée au niveau inférieur.

La vue est cadrée pour la salle à manger-cafétéria et pour le CAT mais les visiteurs et les résidents doivent monter à l’étage pour en bénéficier. L’entrée depuis le parking se trouve être un étage courant de l’EMS et crée une confusion qui se formalise dans le dessin peu convaincant de l’entrée du bâtiment. La cuisine est placée en connexion avec les livraisons mais reliée au restaurant - cafétéria par un système de passe-plat qui pose des problèmes de fonctionnalité.

La terrasse du rez-de-chaussée est publique, l’utilisation du jardin n’est possible que pour les patients admis en gériatrie. Pour la section psychiatrie de l’âge avancé, un jardin spécifique et clos demeure nécessaire et ne trouve pas aisément sa place. Dans ce projet, il se situera probablement au bas de la terrasse du niveau -1, devra être clôturé et accessible par une rampe problématique. La disposition du plan oblige à transiter devant les chambres des pensionnaires ce qui pose aussi problème.

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