Réhabilitation, agrandissement et surélévation de l'immeuble d'habitation à la rue de la Servette 37 à Genève

Concours de projets d’architecture en procédure ouverte à un degré – SIA 142
Le bureau d’architecture Genevois Andrea Calanchini Architectes remporte le concours pour l’extension d’un bâtiment d’habitation à la rue de la Servette. En interdisant les images de synthèse, le jury cherchait avant tout à pousser les candidats vers des choix qualitatifs plutôt que figuratifs. Un défi soigneusement relevé par l’équipe lauréate en couronnant délicatement cet ensemble bâti de la fin du XIXe avec une construction en bois rationnelle et économique.

Jury non professionnel

  • Romaine de Kalbermatten (architecte, Carouge)
  • Renaud Dupuis (architecte, Genève)
  • Bernard Bourquin (ingénieur civil, président de la Fondation HBM JD, Corsier)

Jury professionnel

  • Bruno Marchand (Président, architecte, professeur EPFL, Lausanne)
  • Julien Menoud (architecte, Genève)
  • Christian Foehr (architecte, Genève)
  • Stéphane Lorenzini (architecte, Lancy)

Maître d'ouvrage

Fondation HBM Jean Dutoit


Objectifs du Concours

Au centre des attentions depuis 2010, l’immeuble d’habitation à la rue de la Servette 37 nécessitait une approche nouvelle figurant les intérêts multiples qui s’agitent autour des ensembles protégés de la fin du XIXe siècle.

La Fondation HBM Jean Dutoit souhaitait profiter de la réhabilitation, de l’agrandissement et de la surélévation du bâtiment existant pour accroître et diversifier l’offre typologique. Elle exigeait des candidats que les appartements correspondent aux exigences de l’Office Cantonal du Logement et de la Planification Foncière (OCLPF), soit 60% de 3 et 4 pièces.

Les futurs logements sont des Logements d’Utilité Publique (LUP) selon la Loi Générale sur le Logement et la protection des locataires (LGL - I 4 05). Il était demandé de viser un objectif de 23 m2 moyen par pièce (au maximum 25 m2) pour la surface brute de plancher affectée au logement.

L’objet du concours était d’accroître et de diversifier l’offre typologique par la création de nouvelles surfaces de logement offrant un niveau de qualité et confort élevé.

Extraits du rapport du jury

Recommandations du jury:

Le jury remercie les concurrents pour leur travail et souligne la qualité et la diversité des projets rendus. L’ensemble des propositions a permis au jury de mesurer la difficulté de l’enjeu et de débattre de manière fructueuse des caractéristiques des différents projets. À l’issue des débats, le jury est unanimement convaincu que le projet lauréat n°48 «Woostock» possède les qualités et potentiels permettant de répondre aux attentes du maître d’ouvrage et des futurs habitants.

À l’unanimité, le jury recommande au maître d’ouvrage d’attribuer le mandat d’étude et de réalisation du projet au bureau auteur du projet lauréat n°48 «Woostock», en considérant les commentaires de sa critique et les recommandations suivantes : 

- Améliorer la distribution spatiale et fonctionnelle du rez-de-chaussée ;

- Perfectionner la relation entre le rez-de-chaussée et la cour ;

- Garantir l’accès à la cour aux personnes à mobilité réduite ;

- Réfléchir avec le maître d’ouvrage aux matériaux utilisés.



1er rang – 1er prix: «Woostock»

Andrea Calanchini Architectes, Genève

Critique du projet

La stratégie générale d’intervention du projet «Woostock» est basée sur le maintien et la mise en valeur du bâtiment existant, tant au niveau de son architecture que de sa matérialité.

Côté rue, la surélévation, de deux niveaux, s’insère délicatement dans les gabarits des immeubles mitoyens, en utilisant le module des fenêtres de cet l’ensemble du XIXe pour créer un nouveau registre contemporain en bois, à la fois horizontal et vertical, couronnant la façade existante, qui n’est pas sans évoquer celui des cabinotiers.

Côté cour, la différence d’alignement en plan avec les bâtiments voisins est élégamment comblée par une structure rapportée en bois incluant, à chaque niveau, de nouvelles surfaces dédiées à parts égales à des chambres et des balcons/loggias. Cet agrandissement, alternant pleins et vides, reprend et systématise la grammaire mise en place pour la surélévation.

L’organisation du plan prend bien en compte les caractéristiques du bâti existant. L’entrée des logements traversants se fait par un généreux espace communautaire, ouvert sur la nouvelle loggia, qui distribue l’ensemble des différentes pièces. Les murs existants, habilement travaillés, offrent des séquences originales à chaque niveau. En parallèle du mur de refend sont notamment regroupés sanitaires et rangements.

La proposition est très rationnelle et économique. Les anciennes parties sont maintenues et améliorées/ renforcées. Les nouvelles, en bois, légères et répétitives, sont aisées à mettre en oeuvre, avec un impact minimal sur l’existant. Les structures et les gaines sont parfaitement superposées. (…)



2ème rang – 2ème prix: «Galeria»

Ingrid Gjermstad Architecte, Lausanne

Critique du projet

Le projet «Galeria» prend le parti de conserver l’immeuble existant qui fait partie d’un ensemble en le rehaussant de deux étages plein conservant ainsi l’épannelage visuel depuis la rue. Un étage d’attique en retrait hors vision depuis la rue complète l’intervention.

Le bâtiment existant est relativement sauvegardé au niveau de ses façades ainsi que des murs structurels, ainsi son expression est conservée. Une nouvelle couche servant principalement de distribution verticale et d’espaces communs plus ou moins privatisables est construite sur cour. Cette coursive commune permet de donner l’ensemble des accès aux appartements qui sont ainsi tous traversants. Ces coursives-balcons sont ponctuellement interrompues contre la façade permettant de créer des relations entre étage et de mise à distance des logements. Ce dispositif devrait néanmoins être généralisé pour permettre de répondre aux normes en vigueur tant feu que d’habitabilité exigeant une privacité assurée entre distribution et pièces à vivre (séjour et chambres). L’escalier est volontairement étiré par de multiples paliers pour ainsi créer un motif en façade. Ce procédé crée à l’inverse des risques de manque de privacité.

L’organisation des logements est très rationnelle avec une logique séjour-cuisine au sud sur les coursives-balcons, une travée centrale consacrée au hall, salles d’eau et réduits puis la quasi-totalité des chambres sur rue. (…)



3ème rang – 3ème prix: «Una»

Amaia Urbistondo Architecte, Lausanne

Critique du projet

Le projet «Una» se caractérise par une proposition qui prend en compte le contexte existant et met en place un système qui relie les éléments par une proposition visible, claire et fluide. Du côté de la rue une surélévation de deux étages et sur la cour une couche volumétrique supplémentaire alignée sur les immeubles voisins. Le bâtiment existant est conservé mais enveloppé par cette extension, sa façade sur la rue est maintenue dans sa matérialité et mise en valeur par une simplification qui vise à lier les langages anciens et contemporains, donnant ainsi une nouvelle identité à l’immeuble qui reste parfaitement inscrit dans le tissu urbain tout en développant son propre langage.

Dans la cour une nouvelle façade enveloppe l’ancienne qui devient une peau intérieure. Le dispositif d’entrée, par la suppression de l’escalier et la création d’une rampe, favorise la fluidité de l’accès à la cour qui contient un bâtiment bas adossé au jardin voisin regroupant les locaux utiles aux locataires, dégageant ainsi une surface d’usage collectif sur le reste de la surface. L’usage d’une même structure donne un caractère d’unité à l’ensemble.

Le contraste entre la partie nouvelle et l’ancienne est sans ambiguïté et se matérialise par une structure métallique légère et des surfaces vitrées permettant des apports de lumière généreux.

Le choix de la position de l’escalier est ici stratégique, et en se mettant au centre de la nouvelle couche permet ainsi de distribuer les appartements avec efficacité et une surface de distribution réduite. Perpendiculairement aux façades, trois travées sont proposées, une centrale plus étroite pour un appartement orienté sur la rue et deux latérales pour deux appartements traversants. (…)



4ème rang – 4ème prix: «Mezzetin»

Bureau Bame, Zurich

Critique du projet

Le projet «Mezzetin» propose une surélévation compacte de 2 niveaux avec, côté rue, une façade en retrait afin de respecter le gabarit légal. Le traitement de la façade de la surélévation et la disposition des travées de fenêtres dans la continuité des fenêtres existantes opère une transition harmonieuse et sobre avec l’existant. La façade existante est ainsi préservée et mise en valeur.

Cependant, le retrait de la façade marque une rupture peu heureuse avec la corniche de l’immeuble existant et provoque un décalage avec les alignements de façades qui affaiblit les qualités d’insertion de ce nouveau volume. Sur le plan esthétique, le volume bardé de tôles métalliques ondulées confère un aspect quelque peu trivial à l’ensemble.

Les accès à l’immeuble depuis la rue sont conservés et requalifiés selon leur disposition originelle. Le traitement de l’accès principal et sa relation directe avec l’arrière du bâtiment permet d’établir un lien fort entre la rue et la cour aménagée en jardin, offrant ainsi un espace de détente et de sociabilité très accessible.

Les structures au sous-sol, la façade sur rue, ainsi qu’une majorité des refends sont conservés. La façade sur cour est remaniée avec des élargissements d’embrasures pour permettre le déploiement des cuisines et séjours. Globalement, la disposition des appartements est satisfaisante compte tenu des contraintes liées à la préservation du patrimoine.

Le projet respecte les attentes du maître de l’ouvrage avec une diversité typologique de 3, 4 et 5 pièces. Les appartements traversant sont équipés de séjours côté sud. Les cuisines en second jour sont aménagées dans des espaces en alcôve dont les dimensions sont restreintes, mais jugées suffisantes. (…)



5ème rang – 5ème prix: «Klotski»

M+B Zurbuchen-Henz Sàrl, Lausanne

Critique du projet

Le projet «Klotski» fait le choix d’une surélévation de 3 niveaux afin de répondre au nombre de pièces du programme. Celle-ci prend donc une importance particulière en proportion de la façade existante. Son gabarit s’aligne sur l’immeuble du 39, rue de la Servette, créant une différence importante avec celui du numéro 35.

L’alignement des percements et le traitement crépi de la façade lui permettent cependant de garder une certaine cohérence visuelle de la façade sur rue, la toiture « à la Mansart » reprenant la typologie et la matérialité de la toiture voisine. Sur cour, la façade de l’extension reprend le langage architectural de la surélévation, tout en lui donnant une matérialité différente.

Le rapport à la cour a été pensé avec une interaction intéressante entre les locaux communs ouvrant sur celle-ci, son aménagement et l’annexe en fond de parcelle formant le couvert à vélo et le local container. Un regret toutefois pour la complication de l’accès à l’ascenseur ouvrant sur deux faces afin d’assurer l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite.

Ce projet conserve intégralement la façade sur rue, la façade arrière et le mur de refend central ayant quant à eux quelques percements additionnels. Les murs transversaux du 1er étage et de la cage d’escalier actuelle sont par contre démolis, tout comme la partie centrale des planchers accueillant la nouvelle distribution verticale. Les solives sont conservées et renforcées, ce projet répondant donc bien à la demande de conservation du bâti existant. En conservant l’entrée actuelle mais recentrant la cage de circulation verticale, ce projet permet une bonne rationalisation de la distribution des appartements. Le parti-pris de la distribution centrale induisant la création d’un appartement mono-orienté par niveau côté rue, ceux-ci sont intelligemment traités en 3 pièces avec une cuisine fermée. (…)

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