Projet Carantec: création de logements, activités, place publique et équipement communal au Grand-Saconnex

Procédure à deux degrés en procédure ouverte selon SIA 142
Par son caractère affirmé mais fédérateur, ses typologies de très grandes qualités et son espace public qui articule le cœur historique avec les ensembles contemporains, le projet de group8 a séduit le jury de ce concours de très haute tenue.

Jury non professionnel

  • Thierry Merle (Urbaniste, Etat de Genève)
  • Olivier Legeret (Conseiller municipal, Grand-Saconnex)
  • Sandra Portier (Conseillère municipale, Grand-Saconnex)
  • Jürg Müller (Swiss Life)
  • Bengt Raning (Swiss Life)
  • Laurent Jimaja (Conseiller administratif, Grand-Saconnex)
  • Francine Mamin Tissot (Conseillère municipale, Grand-Saconnex)
  • Michel Pomatto (Conseiller municipal, Grand-Saconnex)
  • Aliénor Giroud-Bonnefond (Cheffe de projet, Etat de Genève)

Jury professionnel

  • Francesco Della Casa (Architecte cantonal, Etat de Genève)
  • Jean-Marc Comte (Conseiller administratif, Grand-Saconnex)
  • Stephanie Bender (Architecte, 2b architectes, Lausanne)
  • Valérie Hoffmeyer (Architecte paysagiste, Paysage n’co, Genève)
  • Marc Honegger (Architecte, Genève)
  • Jean-Paul Jaccaud (Architecte, Jaccaud Spicher Architectes, Genève)
  • Sonia Lavadinho (Anthropologue, Bfluid, Lausanne)
  • Christine Massot (Architecte, Grand-Saconnex)
  • Guerric Péré (Architecte paysagiste, Ilex, Lyon)
  • Alain Robbe (Architecte, LRS architectes, Genève)
  • Christian Tripod (Architecte, Genève)
  • Jorge Balladares (Architecte, Etat de Genève)
  • Julien Descombes (Architecte paysagiste, ADR, Genève)
  • Christian Exquis (Architecte, Genève)
  • Patrick Freiburghaus (Architecte, Genève)
  • Barbara Tirone (Architecte, a-architectes, Genève)

Maître d'ouvrage

La Ville du Grand-Saconnex, Swiss Life SA et le Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE) de l’État de Genève


Objectifs du Concours

Le Projet Carantec est dévolu à une affectation mixte logements-activités-services-équipements autour d’un espace public majeur. La nouvelle identité de ce lieu devra se nourrir des synergies entre les composantes programmatiques afin d’assurer une animation vivante de cette nouvelle centralité et lui conférer un rayonnement supra communal.

L’organisation de la mixité devra à la fois participer à la construction de cette vie urbaine et assurer des transitions qualitatives du public au privé, favorisant pour tous les usagers un confort d’appropriation des différents espaces.


Ainsi, l’organisation, la conjugaison et l’articulation des éléments du programme qui seront proposées par les concurrents, revêtent une importance cruciale pour garantir, dans le temps et dans l’espace, une intégration des usages et une haute qualité du cadre de vie. Les quatre éléments fondamentaux du programme sont:

- Les logements : La démolition des bâtiments de logement existant sur le site et la réorganisation du parcellaire permettent de créer une nouvelle surface brute de plancher utile de 29’250 m2 répartis entre Swiss Life (20’000 m2) et la Ville du Grand-Saconnex (9’250 m2).

- Les activités : La centralité du site et la volonté de mixité fonctionnelle doivent contribuer à une animation la plus large possible. Les activités seront celles pouvant contribuer à une dynamisation des espaces publics et à la vie de cette nouvelle centralité communale. Elles permettront d’activer les rez-de-chaussée en relation avec les espaces publics.

- L’équipement communal : Une salle polyvalente pour des activités culturelles et de loisirs, avec un rayonnement supra communal, est prévue sur le site.

- La place publique : Un espace public majeur prendra le statut de place publique communale. Il ne s’agit pas ici d’une place de quartier mais bien d’un espace de référence et de convergence pour tous les Saconnésiens et inscrit dans le réseau urbain d’agglomération.

Extraits du rapport du jury

Recommandations du jury:

Le jury unanime recommande aux maîtres de l’ouvrage d’attribuer aux auteurs du projet lauréat les mandats prévus au point 2.8 du règlement-programme, en vue de la réalisation du projet retenu et en considérant les commentaires de sa critique ainsi que les propositions qui suivent :

- Maintenir dans le développement du projet les éléments relevés par le jury comme contribuant à la qualité générale de la proposition ainsi que la cohérence globale de celle-ci.

- Regrouper dans les rez-de-chaussée donnant sur la place les diverses activités soutenant la vie sociale sur l’espace public dans une large plage horaire et répondant à des besoins collectifs diversifiés.

- Approfondir le projet d’espace public, sur la place et dans le jardin, en précisant sa composition et ses potentiels d’usage et en renforçant l’articulation des différents lieux, notamment leur relation avec l’autre rive de la route de Ferney.

- Adapter le traitement de la partie sud du site pour mieux articuler celui-ci, notamment le bâti, avec les quartiers existants ou en devenir et a n de prolonger le caractère public de la promenade de la Paix jusque sur la place principale.

Il recommande également que toutes les dispositions utiles soient prises afin que les mandats d’architectes à attribuer par des tiers respectent les mêmes objectifs.



1er rang, 1er prix «SERPENTINE
», group8, Hager Partner AG

Le projet tisse, par une subtile imbrication de ses vides paysagers et urbains et de ses volumes bâtis, de larges connexions avec son contexte: les futurs quartiers de la Susette et des Marronniers, la route de Ferney, la station du tram à venir, le noyau historique villageois, la perméabilité verte de la Campagne du Château et l’église St-Hippolyte. Il s’inscrit ainsi dans une continuité identitaire du lieu, en réinterprétant les morphologies présentes.

Les auteurs proposent, par une implantation précise de volumes longitudinaux décalés et de hauteurs variées, un cœur paysager pour le nouveau quartier qui relie le parc de la Mairie à la Campagne du Château. Dans la même démarche respectueuse du contexte existant, ils offrent une continuité à l’espace urbain de la route de Colovrex, grâce à des retraits qui génèrent la nouvelle place de Carantec. Celle-ci articule le cœur historique avec les ensembles contemporains et les développements urbains à venir par sa configuration, ponctuée par quelques volumes végétaux et construits: mail d’arbres, couverts, pièce d’eau et la Maison des médecins, qui devient ainsi une pièce significative du dispositif.

Le jury ne juge pas convaincant le traitement de la partie sud du site, en particulier la fermeture trop caricaturale du dispositif bâti en L, l’effet de mise en scène de l’accès au parking enterré et l’exiguïté relatif du trottoir sur l’angle du bâtiment le long de la route de Ferney. Il regrette le manque de précision du traitement du jardin dans la pente entre les immeubles. La transition à travers le parc entre la nouvelle place de Carantec et la promenade de la Paix, sur le haut de la colline, mérite plus d’emphase spatiale et de fluidité pour les relations fonctionnelles publiques.

Les volumes décalés, proposent des densifications ponctuelles en hauteur, qui permettent de conserver les vues et dégagements constitutifs du site depuis l’espace urbain et les appartements, vers le quartier et le grand paysage, tout en créant une silhouette urbaine rythmée et une identité forte pour cette urbanité en devenir.

L’expression architecturale générée par la résille en béton des dalles et doubles colonnes, exprimées au premier plan, forme une tectonique de continuité, donnant une identité forte à cet ensemble urbain.

La répartition des différents programmes anime les espaces publics et favorise les liens avec le voisinage. Les affectations précises seront toutefois à réévaluer afin d’animer en priorité la place et d’être en adéquation avec la répartition des immeubles entre propriétaires. Les accès aux logements sont aussi des lieux de rencontre, autant dans les entrées d’immeubles en forme de portiques que sur les grands paliers créés devant les accès aux appartements. Les typologies qui offrent de grandes qualités spatiales et d’habitabilité, valorisent les orientations multiples par leurs dispositions transversales en L, bidirectionnelles sur les angles ou encore en longueur et rythmées par leurs loggias bien proportionnées.

Le jury souligne la grande force du projet comme nouvelle centralité communale, capable de créer une image marquante et fédérant le contexte, ainsi que la qualité de ses typologies de logement.



2e rang, 2e prix «Deux ou trois choses... » – von Ballmoos Krucker Architekten AG, Balliana Schubert Landschaftsarchitekten AG

La proposition est élaborée en partant d’une réflexion sur la disposition des éléments du «vide» urbain, en disposant les volumes bâtis sur le pourtour du périmètre, ce qui, d’une part, dégage un vaste espace de jardin dans la pente et, d’autre part, délimite de manière précise le long de la route de Ferney, la place de Carantec, nouvelle centralité communale. Celle-ci s’inscrit de manière habile et élégante dans le traitement d’ensemble la partie sud du site, qui articule la topographie et les cheminements principaux par une succession de plateaux complémentaires et de talus. Légèrement surélevée par rapport à la rue et à l’arrêt de tram, la place de Carantec acquiert ainsi une autonomie formelle et une certaine majesté, se mettant en retrait des flux fonctionnels piétonniers. En vis-à-vis, une place secondaire polygonale exploite l’irrégularité d’implantation des bâtiments le long de la route de Ferney et constitue le point final de la succession de places et placettes qui s’étagent dans la pente.

Semi-enterrée, la salle communale y trouve une expression à la fois discrète et emblématique, comme partie intégrante de la construction topographique du site et de la définition de la place de Carantec. Sa toiture constitue par ailleurs une seconde esplanade supérieure, créant de manière judicieuse un prolongement d’assise à l’église Saint-Hippolyte qui domine la colline. Soucieuse en apparence de s’inscrire naturellement dans le modelé du terrain, cette stratégie implique néanmoins une excavation importante pour permettre une implantation troglodyte de la salle communale.

Quoique raffiné et précis dans ses relations avec le contexte bâti, le projet propose des espaces publics un peu exigus, tant dans le traitement du débouché de la route de Colovrex que dans les dimensions de la place de Carantec, à une échelle plutôt villageoise. Elle ne paraît ainsi pas susceptible de devenir une forte centralité capable de s’affirmer au cœur des développements attendus des quartiers environnants, tant du point de vue des flux que des relations spatiales lointaines.

L’architecture, qui se réfère de manière explicite à un maniérisme milanais, cherche à atténuer l’effet d’échelle des bâtiments en les décomposant selon une partition verticale, qui exprime un socle composé de plusieurs niveaux, et au moyen de plis et de décalages dans la façade. Les volumes découpés offrent de la sorte l’opportunité de procurer une multiplicité d’orientations aux logements. Les typologies de ceux-ci restent cependant insuffisamment développées. Elles exploitent diverses dispositions traversantes, parfois très profondes, dont souffrent souvent les cuisines reléguées en fond d’espace. La tentative de disposer la plupart des noyaux de circulations verticales en contact avec la façade permet de lui faire bénéficier d’un éclairage naturel, ce qui est appréciable.



3e rang, 1ere mention «Saconnex-Le-Grand » – saas sàrl, ATELIER plus architectes Sàrl, Maurus Schifferli Landschaftsarchitekt

Le projet réagit aux particularités de la topographie et de la forme de la parcelle par des volumes simples, déclinés en formes régulières mais de gabarits différenciés. Il dé nit clairement deux espaces publics majeurs : le parc et la nouvelle place.

La morphologie du terrain en pente est traduite en paliers, mettant en dialogue par les interstices entre les immeubles un plateau supérieur, le parc qui traverse en longueur l’ensemble du périmètre et la planie de la place qui fait office de socle public au dispositif. Celle-ci, de grande taille et se prolongeant par de larges trottoirs, redéfinit la voirie en intégrant les équipements publics, notamment la salle communale et la nouvelle halte des transports publics. Le projet cherche, par l’alignement en quinconce des constructions et par la linéarité du parc, à prolonger l’ancien village vers la nouvelle place. La distribution du programme répond aux exigences des divers maîtres d’ouvrage en travaillant sur une hiérarchie d’usages. Le programme se décline donc entre une partie plus publique, coté place et une partie plus privée coté parc.

Le jury regrette l’important volume d’excavation pour créer un triple sous-sol et le fait qu’une partie de la couverture arborée du parc est à réaliser sur dalle et non pas en pleine terre. Il s’interroge aussi sur la multiplication de passages et cheminements équivalents. Si leur nombre génère des transparences et perspectives entre les futures constructions et à l’échelle du voisinage, ils manquent de hiérarchie et de caractère. Le projet aurait probablement gagné en privilégiant par exemple des points de vue ou de connexions déterminées par le contexte ou par les polarités programmatiques. Ceci aurait pu se concrétiser par un travail en coupe plus fin pour relier la place et le parc, plus particulièrement grâce à la position proposée pour l’équipement communal.

Les auteurs travaillent les typologies dans les volumes proposés autour de liaisons verticales très compactes. La qualité de logements est déterminée par la volonté de donner à chaque appartement une extension vers l’extérieur avec des loggias, souvent dans les angles. Par contre, par la taille des volumes et le type de distribution, le projet propose plusieurs appartements mono-orientés et avec des chambres à coucher ouvertes sur la place publique ou localisées de manière discutable dans le plan.

Les façades sont travaillées avec un traitement différencié pour le rez-de-chaussée coté place pour mettre en valeur le programme plus commercial et public qui est proposé le long de celle-ci. Un jeu d’ombres et profondeurs, de pleins et de vides qui se dessinent grâce aux loggias, animeront les façades sur la totalité du périmètre d’intervention.



4e rang, 2e mention «Tiens-toi droit!
» – Kistler Vogt Architectes, Hüsler & Associés Sàrl

Trois bâtiments linéaires implantés parallèlement sur les courbes de niveaux affirment avec rigueur la composition. Cette organisation découpe le périmètre en bandes qui favorisent la relation dans l’axe nord-est / sud-ouest, épousant celui du tracé viaire historique et la topographie du lieu. Une émergence verticale marque son extrémité sud, où la place de Carantec trouve naturellement position, et renforce l’articulation du système avec les quartiers voisins. L’implantation de l’équipement communal complète le dispositif à l’articulation des routes de Ferney et de Colovrex.

Le maintien du caractère radical de la composition lors du second degré n’a pas permis de pallier le manque de perméabilité entre le haut et le bas du périmètre. Les liaisons de mobilité douce se limitent à des lignes d’escaliers dans la pente la plus forte, inscrits dans un espace de parc dont le potentiel d’usage est questionné.

L’installation de l’équipement communal en «avant-scène» participe spatialement à l’espace public et en renforce judicieusement la force symbolique de centralité.

Cependant son positionnement le rend plus prédominant que la place elle-même et en péjore l’appropriation par sa forme et l’organisation induite. Le traitement et l’affectation de ses quatre côtés font douter de la réelle activation possible des espaces attenants.

L’aménagement proposé pour la place de Carantec est sommaire, le traitement différencié de sa limite avec la route de Ferney contribue à la séparation d’avec l’autre rive et réduit l’espace de la place.

Les typologies des logements pour aînés et étudiants sont appréciées, elles s’inscrivent de manière cohérente et efficace dans le système morphologique proposé. Les logements pour Swiss Life sont en revanche plus contraints (spatialité séjour-cuisine et relation chambres aux sanitaires par le séjour).

L’organisation des sous-sols et des parkings est très bonne, elle marque une trace au sol cohérente avec l’ensemble du projet et optimise les parties en pleine terre. L’expression architecturale est claire, une structure béton répétitive confère une grande unité à l’ensemble tout en permettant d’absorber, en second registre, les variations de l’enveloppe induites par les différentes typologies.

Les données programmatiques sont dans l’ensemble bien respectées, hormis les surfaces d’activités tertiaires et pour les besoins communaux qui sont sous dimensionnées. De même pour le stationnement des vélos et deux-roues. Le parti s’accompagne d’une grande rationalité qui se traduit globalement par une bonne économicité relative du projet.



5e rang, 3e prix «5 RÉPONSES
» – AZ architecture

Le projet propose une volumétrie organique qui introduit de belles perméabilités d’espace sur plusieurs axes, accompagne la morphologie du terrain et détermine des lieux, encore à préciser, judicieusement placés dans leur contexte (place / jardins publics). Il crée des espaces et des volumétries variés et dynamiques, multipliant les mises en relation à l’intérieur de ce nouvel ensemble ainsi qu’avec les parcours majeurs ou les quartiers voisins.

La nouvelle place de Carantec s’y affirme tant par sa géométrie stricte, contrastant avec les éléments découpés, que par sa position stratégique et la création d’un espace secondaire en vis-à-vis, de l’autre côté de la route de Ferney. Sa singularité est soulignée par la présence de la tour estudiantine combinée à l’équipement communal sur un rez-de-chaussée commercial, qui affirme la nouvelle centralité recherchée.

La qualité relevée d’implantation des volumes bâtis manque encore de cohésion d’ensemble. Le développement du projet a par ailleurs mis en exergue des problèmes d’échelle qui n’apparaissaient pas au premier degré. Le front bâti rectiligne le long de la place manque de cohérence avec le parti général et pâti d’une monumentalité excessive. Le traitement architectural différencié apporté aux bâtiments est peu compréhensible et parfois formaliste, illustrant peut-être maladroitement une réalisation en étapes avec plusieurs architectes. De plus, leur expression relativement statique ne cadre pas avec la dynamique du projet.

Les appartements proposent des typologies intéressantes, lumineuses, bien proportionnées et majoritairement traversantes. Les mouvements de façade induisant des épaisseurs de bâtiment fluctuantes est habilement exploitée pour offrir des perspectives diagonales et une diversité spatiale dans les appartements. Certains risquent toutefois d’être trop sombres ou moins bien configurés. Le fait qu’aucun appartement n’est identique présente des difficultés de commercialisation et de maintenance.

Le projet d’espace public et semipublic n’a que peu évolué entre les deux degrés et les premières critiques restent d’actualité. Le jury regrette que le potentiel du concept n’ait pas été développé dans le sens d’une dynamique de parcours et d’une qualité des espaces publics suffisante.



6e rang, 4e prix «morphologique 
» – Lopes & Perinet-Marquet, Architectes in situ SA

Les qualités d’implantation et de reconfiguration du site relevées à l’issue du premier degré, réinterprétant de manière sensible ses caractéristiques topographiques et urbanistiques, sont confirmées et saluées par le jury. La composition d’ensemble est ainsi confirmée avec quelques modifications, concernant principalement l’équipement communal et le traitement de la place de Carantec.

Le principe de salle communale incluse dans la Maison Carantec, bâtiment de logement de la Ville, a été précisé. Bien que le rez-de-chaussée de l’immeuble soit équipé d’un café/restaurant ainsi que des locaux affectés à la vie communale et activités, cet équipement reste paradoxalement peu présent dans l’espace public, dont il est uniquement relié par un accès sous porche, et très dépendant symboliquement et techniquement d’un immeuble résidentiel. Celui-ci, très central, affiche certes un statut social en regroupant les logements étudiants et les résidents communaux, mais à caractère domestique, peu adapté pour mettre en scène un grand équipement public dans la ville. Dans un premier temps, l’immeuble est doté d’une cour « Carantec » sur sa face arrière, contre le talus, cour provisoire devant être transformée à terme en salle communale et dont on peut s’interroger sur le confort d’une situation plongée dans l’ombre du bâtiment.

Le projet de la place de Carantec a été revisité à la marge par un nouveau pro l de voirie pour la route de Ferney intégrant la station de tramway, l’extension de la place de l’autre côté de la voie et la mise en place d’une plantation de micocoulier en aléatoire finalisant ce lien. La spatialité de la place est peu contenue et sa tête sud souffre malheureusement d’une ambiance très routière par le débouché du chemin Auguste-Vilbert conjugué à l’accès au parking. La route de Colovrex souffre du même caractère par l’organisation des stationnements et cheminements, ainsi qu’avec l’adjonction d’un rond-point sur la route de Ferney qui pénalise les relations entre le centre ancien, le secteur Sarasin et le futur quartier de Susette.

Le coteau, proposé comme «parc habité», associe sur l’espace dénivelé des potagers partagés, un cheminement central, «pique-nique, sport, jardinage, récolte de fruits, des zones de refuges écologiques». Le parti paysager reste quelque peu théorique, avec des illustrations n’exprimant guère que de banals gazons, et ont une certaine ambiguïté quant à leur domanialité.

Les logements bénéficient de doubles orientations et d’ouvertures intéressantes sur les espaces ouverts, paysagers et urbains, offrant de belles conditions d’habitabilité en ville. Les séjours et halls en baïonnette ouvrent la spatialité des appartements et, conjuguées aux balcons ou loggias positionnés sur les angles, créent de perspectives généreuses depuis l’intérieur.



7e rang, 3e mention «ÇACONNECT» – Berrel Berrel Kraütler AG, ASP Landschaftarchitekten AG

Avec ses trois barres en lignes brisées, hautes de plus de 30 mètres, le projet «ÇACONNECT» adopte l’échelle des grandes infrastructures du périmètre - Palexpo ou façade aéroportuaire - comme celle des développements prévus par le Grand projet cantonal. Ce geste franc et sans ambigüité établit un rapport frontal avec le grand paysage côté Jura et annonce une relation forte avec le coteau est et les mutations du quartier international au-delà.

La promesse d’espaces publics généreux et le pari de la rationalité dans l’utilisation du sol demeurent des qualités saluées par le jury. Toutefois, au second degré, ce choix d’échelle est resté gé dans une expression exclusivement monumentale et le projet n’a pas su y intégrer une dimension plus locale, adaptée à des usages de proximité et d’identité de «cœur de commune», capable d’amorcer un dialogue avec le Château et l’église Saint-Hippolyte au sud ou le tissu villageois au nord. Aux extrémités, les pignons étroits installent un rapport tranchant avec le contexte bâti et topographique.

Le potentiel des espaces publics, tant côté place que côté parc, reste insuffisamment exploré pour justifier la radicalité et la générosité intrinsèques du parti. La place peine à poser les conditions propres à développer des usages diversifiés, quotidiens. Elle présente une bande minérale ponctuée d’éléments indécis, manquant d’ambiance, délimitée par une muraille imposante percée de larges volées d’escaliers plantés. La salle communale, esquissée sous la forme d’une galette polygonale remplaçant l’actuelle Maison des médecins, peine à animer la place qu’elle occupe fortement, contrariant la radicalité du parti de départ.

La hauteur des bâtiments suppose des exigences de protection contre l’incendie qui ne figurent pas dans le projet et certaines données manquent pour une évaluation technique complète. La méthode constructive, proposant une structure porteuse périphérique avec des éléments suspendus à l’intérieur, reliés par des coursives et des loggias, génère d’importantes surfaces interstitielles, certainement intéressantes pour la qualité spatiale de chaque étage, mais qui grèvent l’économie et le bilan énergétique du projet. Les typologies des logements, affectation majoritaire du programme, déclinent des variations intéressantes et créatives de plans traversants, mais dont certaines sont discutables en termes d’habitabilité ou de luminosité dans les parties centrales. En n les rez-de-chaussée commerciaux et les surfaces de bureaux ne semblent pas offrir les volumes et conditions requises pour une exploitation rationnelle.

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