EMS Fondation Champ-Fleuri à Glion - nouveau bâtiment d'accueil

Concours d’architecture à un degré en procédure ouverte
Un cadre de vie agréable pour les résidents et efficace pour le personnel et une insertion «soigneuse dans le contexte urbain et dans le terrain» sont les principaux atouts du projet lauréat imaginé par le bureau portugais André Eduardo Tavares Arquitecto.

Jury non professionnel

  • Annie Schnitzler (Présidente du comité, Fondation Champ-Fleuri)
  • Girodano Coletti (Membre du comité, Fondation Champ-Fleuri)
  • Florian Rubio (Directeur, Fondation Champ-Fleuri)
  • Caroline Gigon (Directrice adjointe, Fondation Champ-Fleuri)

Jury professionnel

  • Raoul Christe (Architecte chef de projet, Service santé publique, Lausanne)
  • Manuel Gysel (Architecte ETH-SIA, Isler Gysel Architekten, Zürich)
  • Maja Stoos (Architecte EPFL-SIA, Stoos Architekten, Brugg)
  • Laurent Vuillemier (Architecte EPFL-SIA-FAS, LVPH architectes, Pampigny)
  • Nicolas Cretegny (Architecte HES-SIA, RBCH architectes, La Tour-de-Trême)

Maître d'ouvrage

Fondation Champ-Fleuri / EMS Glion


Genre de Concours

Cette mise en concurrence s’effectue par un concours de projets d'architecture à un degré, en procédure ouverte, tel que défini par les articles 3 et 6 du règlement SIA 142, édition 2009. Elle est conforme aux prescriptions nationales et internationales en matière de marchés publics.

Objectifs du Concours

L’objet du concours est la construction d’un nouveau bâtiment permettant d’accueillir 50 résidents en chambres individuelles et répondant aux exigences des Directives et recommandations architecturales des établissements médico-sociaux psychiatriques vaudois (DAEMS-PA).

Extraits du rapport du jury

Recommandations du jury:

Le jury s’est réuni le 9 mars 2016 afin de juger les 32 projets reçus. A l’unanimité le jury recommande au Maître d’Ouvrage de poursuivre l’étude du projet n° 8 HENRI, en demandant à ses auteurs de tenir compte des critiques mentionnées dans ce rapport.

Il formule à ce sujet les recommandations suivantes:

- Le projet des aménagements extérieurs devra être développé avec un paysagiste, en précisant la relation avec la rue du Bugnon et le statut de la terrasse intermédiaire, en liaison avec la salle à manger du niveau 1;

- L’organisation générale du rez-de-chaussée devra être optimisée, le sous-sol (accès livraison et buanderie sans lumière naturelle) éventuellement supprimé;

- L’organisation du noyau central devra être revue, pour améliorer la relation livraison-cuisine-ascenseur-salles à manger-groupes de vie et faciliter l’orientation, le projet et la trame éventuellement légèrement redimensionnés en fonction. De plus, un second escalier sera probablement nécessaire pour respecter les directives AEAI 2015;

- Les accès aux groupes de vie par les résidents devront se faire exclusivement aux niveaux des locaux de l’équipe de soins, et les bureaux des cadres de soins devront être placés au niveau intermédiaire pour une meilleure surveillance;

- Le traitement de la toiture, très visible, devra faire l’objet d’une attention particulière;

- Le projet devra être développé dans le respect de l’enveloppe budgétaire impartie.



HENRY (1er rang, 1er prix)

Le projet occupe la partie sud de la parcelle et propose une typologie bien connue pour un programme d’EMS. Sur ce site en forte pente, une forme roto symétrique ne s’impose pas de prime abord. Cependant, son insertion soigneuse dans le contexte urbain et dans le terrain et son organisation pertinente du programme convainquent le jury.

L’entrée principale se situe au nord-est, aux abords du futur jardin. L’esplanade légèrement surélevée par rapport à la route permet un certain degré d’intimité devant le hall d’entrée.

Les quatre unités de vie sont organisées sur trois étages, avec deux unités de 15 chambres en duplex et deux unités de 10 chambres en simplex, contenant chacune 10 chambres. Les locaux communs (salles à manger) et du personnel, sont répartis au niveau 1 et 3, dans une zone accessible directement depuis le noyau distributif, permettant également les entrées aux unités. Ce dispositif correspond parfaitement aux souhaits des utilisateurs, d’autant plus qu’aucune chambre n’est orientée contre la pente. La salle à manger au 1er étage, avec son prolongement sur le jardin, pourra jouer un rôle plus important pour l’ensemble de l’institution. Le niveau 2 accueille par contre exclusivement des chambres, ce qui n’est pas idéal pour la surveillance de ce niveau. Le noyau central structure les étages supérieurs de manière claire. Sa configuration devra toutefois être précisée pour permettre une distribution plus efficace. Il devrait également gagner en générosité pour lui donner clairement un statut de distribution principale (lumière zénithale).

L’apparence extérieure du projet convainc également le jury. Le dessin des façades, avec ses ouvertures généreuses et disposées avec sensibilité paraît bien équilibré et naturel. Les corniches horizontales en béton préfabriqué relient les différents éléments de la façade. Avec des moyens réduits, les auteurs créent une image élégante et accueillante, échappant à l’image d’un établissement médicalisé.

La construction de la façade en isolation périphérique et enduit minéral est économique et techniquement bien connue. La structure et la disposition des gaines, ainsi que les hauteurs des étages sont dimensionnées de manière réaliste et techniquement faisable. Les surfaces et volumes, ainsi que le coût estimé se situent en-dessous de la moyenne des projets retenus pour le classement.

Dans l’ensemble, les qualités urbanistiques et la structure claire du projet sont très appréciées. Les auteurs réagissent d’une manière pertinente aux conditions complexes du site. Le concept d’hébergement en unités, en duplex et en simplex, avec leur accès central, offrira un cadre de vie agréable et calme pour les résidents et efficace pour le personnel.



AIR DE PANACHE (2e rang, 2e prix)

Le projet propose l’implantation d’un bâtiment en S, se développant sur 5 niveaux depuis la route de Champ-Fleuri en profitant de la pente du terrain. En lien avec la Route de Champ-Fleuri, deux esplanades s’échelonnent dans la pente. Dans le prolongement de l’esplanade principale, espace extérieur majeur du site, se trouve un parking. La relation avec la Route du Bugnon (accès à la gare) est assurée par une rampe et un escalier, permettant des parcours différenciés rapides ou lents et assurant aux personnes à mobilité réduite l‘accès au site. De manière générale, l’intégration du bâtiment dans son contexte topographique, bien qu’offrant un dispositif d’accès et d’espace d’entrée habile, est jugée difficile en raison de son accrochage forcé à la pente du terrain.

Le programme des locaux se développe sur 5 niveaux. Au niveau -1, s’organisent les espaces cuisine, buanderie, dépôts et techniques. Bien que ce niveau soit partiellement enterré, l’accès direct depuis l’extérieur ainsi que la vue et la lumière naturelle pour les espaces de travail permanent sont assurés. Le niveau 0 accueille une partie des espaces collectifs et professionnels, ainsi que 8 chambres de l’unité 1 de vie. Le hall d’entrée ainsi que les salles d’animations bénéficient d’une relation avec l’extérieur (esplanade) privilégiée, en partie protégée par le porte-à-faux de la construction. Bien que fonctionnant en duplex avec l’unité de vie du niveau supérieur, ces 8 chambres sont relativement isolées et dans un rapport difficile au terrain.

Les niveaux +1 et +2 sont de typologie identique, ils disposent chacun de 17 chambres formant le corps principal d’hébergement de chaque unité de vie. La position du local de l’équipe de soins, centrale et proche de la chambre pour situation particulière est appréciée. Le couloir d’accès aux chambres est spatialement peu convaincant en raison de sa largeur variable, qui a pour effet d’amplifier l’effet de perspective et qui se termine en cul de sac et à contre-jour. Les 8 chambres disposées en attique sont isolées par rapport au reste de l’unité. La position en toiture des espaces café détente et terrasse est intéressante, toutefois, en raison de son isolement, ce dispositif est peu compatible avec la mission de l’établissement, présente un risque d’accidents et est susceptible d’engendrer des relations de voisinage conflictuelles.

L’expression tectonique du bâtiment est jugée, à ce stade, peu compatible avec l’environnement bâti et la pente du terrain, ainsi que peu évocatrice d’un lieu de vie et d’hébergement psycho-social.

En résumé, l’implantation du bâtiment, bien qu’offrant une relation de qualité avec la Route de Champ-Fleuri, soufre de son intégration forcée dans la pente. Le dispositif intérieur proposé est fonctionnellement maîtrisé mais il présente des difficultés d’usage propres à la mission et aux résidents de l’établissement.



LES QUATRE SAISONS (3e rang, 1e mention)

Le projet propose d’implanter le nouvel EMS adossé à la pente, le long de la route du Bugnon. Il s’insère de manière précise et sensible, parallèlement aux courbes de niveaux, tout en reconnaissant le contexte morphologique du tissu bâti. La fracture médiane du bâtiment crée une rupture et atténue la longueur du bâtiment.

La clarté de cette implantation met toutefois en doute la faisabilité de ce projet. En effet, le chevauchement au nord-est entre le futur bâtiment et le bâtiment existant ne permet pas de maintenir ce dernier opérationnel pendant la durée des travaux.

Le bâtiment est divisé en 4 maisonnettes indépendantes sur 3 niveaux, chacune composée d’un groupe de vie, reliée par les espaces communs au rez-de-chaussée. La sensation d’unités indépendantes est renforcée par le dessin de la toiture à pans qui diminue l’impact volumétrique du nouveau bâtiment au sud-est.

L’organisation interne du bâtiment est cohérente avec son concept. Au rez-de-chaussée, le positionnement central de l’entrée principale permet une distribution efficace des différents groupes de vie. Le positionnement des salles à manger à ce niveau correspond à une organisation de type hôtelier qui n’est pas celle souhaitée par les utilisateurs. Au 1er étage, le positionnement des salles d’équipes de soins et bureaux en vis-à-vis des escaliers et entre deux «maisonnées», permet une bonne surveillance du mouvement des résidents. Toutes les chambres de l’EMS sont ouvertes sur la vue au nord-ouest, évitant ainsi des frontalités, préservant l’intimité des pensionnaires. Les séjours d’unités bénéficient tous d’un accès extérieur, créant ainsi un rapport avec le village au sud-est. La double hauteur dans ces séjours crée un lien visuel entre les étages dédiés aux chambres des résidents. Ce dispositif est très séduisant d’un point de vue architectural, cependant il n’est pas adapté au type de population accueillie: les salles à manger au rez inférieur, l’ouverture des unités de plain-pied vers l’extérieur, les chambres réparties sur 3 niveaux et les liens visuels entre niveaux posent des problèmes majeurs de surveillance et de sur-stimulation des résidents.

Le langage architectural très «fashion» (fenêtres décalées, jeu des toitures « aléatoires», tic du revêtement de façade prolongé en toiture…) peine à convaincre le jury, dans ce contexte et pour ce type de bâtiment.

Les aménagements extérieurs sont cohérents et en adéquation avec le projet. Ils sont répartis en 2 zones distinctes: une zone asphalte de parking et livraisons, liée à la route de Champ-Fleuri et une zone verte de jardin et promenade, entourant le bâtiment. L’accès pour les personnes handicapées ne peut se faire que par la route de Champ-Fleuri.

(…)



ALCHEMILLE (4e rang, 3e prix)

Le nouveau bâtiment proposé est un volume massif et unitaire implanté dans la pente entre la route du Bugnon et la route de Champ-Fleuri. Les légers retraits de façade atténuent son l’échelle, le bâtiment apparaissant comme une composition de cubes compacts. L’image est renforcée par une corniche marquée, prolongée par des pans de toiture mansardés de même matériau que la façade.

La place d’accueil avec l’entrée principale est légèrement surélevée par rapport à la route de Champs-Fleuri. Elle est ainsi bien visible et directement accessible depuis les places de parc situées le long de la route de Champ-Fleuri ou par un cheminement piéton à travers les aménagements de jardin depuis la route de Bugnon.

L’organisation spatiale des principales fonctions est claire et cohérente. Le rez-de-chaussée accueille tous les espaces collectifs, organisés autour d’un hall central généreux, les locaux de service occupant naturellement le côté contre terre. Les quatre étages sur rez-de-chaussée, incluant l’étage «mansardé», traité en plan de la même manière que les autres étages, abritent les quatre groupes de vie. Ceux-ci sont organisés en duplex et forment deux espaces de service superposés, les espaces communs de bureau et de soins et l’escalier principal étant situés du côté de la pente. Un vide central généreux relie l’ensemble des étages en permettant des vues et des transparences intérieures, toute en maintenant une certaine distance entre les groupes de vie.

Le projet promet des spatialités intéressantes, à l’intérieur des «appartements», entre eux, vers les espaces communs et vers l’extérieur. L’organisation des espaces de vie proposée permet une bonne surveillance des unités et différentes possibilités de communications, voire de flexibilité d’usage, entre les groupes de vie, à travers les séjours situés en position centrale. Les escaliers internes aux unités devraient permettre de répondre aux exigences de sécurité sans multiplier les escaliers. L’organisation du rez-de-chaussée n’a malheureusement pas la clarté de celle des étages, le positionnement et la hiérarchisation des espaces et l’organisation des sous-distributions sont peu intelligibles. La cuisine, par exemple, prend une place trop importante à côté de la cour d’accès.

Le vide central au cœur du bâtiment lui confère une grande qualité spatiale. Ce dispositif, à priori très intéressant, est néanmoins peu approprié au type de population accueillie dans cet établissement, car «trop stimulant». Cette typologie engendre des surfaces, un volume construit et, comme l’a confirmé l’évaluation économique des projets, un coût nettement supérieur à la moyenne des projets. Le dessin de la coupe constructive est très abstrait et laisse un doute quant à sa capacité à répondre aux exigences élémentaires d’une façade.

(…)



LES DEUX MAISONNETTES (5e rang, 4e prix)

Grâce à son implantation très étirée, ce projet parvient à fragmenter son volume en deux sur son niveau supérieur. Ce stratagème permet de diminuer l’impact visuel depuis la route du Bugnon et d’offrir une petite percée vers la vallée. Cependant, malgré beaucoup d’efforts pour tenter de faire lire ces deux «Maisonnettes» distinctes l’une de l’autre, l’image du projet reste celle d’un volume unique découpé de redents.

L’entrée principale se fait depuis le bas, par une longue esplanade surplombant la route de Champ-Fleuri. Le jury déplore le positionnement de places de parc sur cet espace qui lui coupent le dégagement. Il apprécie par contre le bon contrôle que permet cet accès unique au bâtiment.

Dans son organisation intérieure, on peut regretter que le niveau d’accès aux deux unités de vie se situe un étage au-dessus de l’entrée principale, ce qui oblige les résidents et le personnel à d’inutiles montées et descentes pour rejoindre le niveau de référence choisi sur la route de Champ-Fleuri.

Hormis cette faiblesse, la répartition des espaces est relativement harmonieuse et le rapport à la pente bien géré.

L’extrême compacité recherchée mène à un sous-dimensionnement des espaces de circulations qui donne un caractère labyrinthique peu apte à favoriser le calme nécessaire aux pensionnaires. De même, l’absence de locaux pour le personnel et les activités au deuxième étage ne permet pas le contrôle direct nécessaire et crée des zones sans vie sur ce niveau. Notons encore que du point de vue de la sécurité incendie, les directives 2015 nécessiteraient de disposer d’un deuxième escalier reliant tous les niveaux du bâtiment.

L’approche économique de ce projet résume bien toutes ces considérations: si la très grande compacité et le volume bien intégré de cette proposition le place en bonne position parmi les projets retenus pour les prix, les modifications à y apporter pour le faire réellement fonctionner mettrait largement en péril l’équilibre ici présenté.

(…)

Sujets:

ARCHIVES: Les éditions depuis 2013

s’abonner archive