Topologie territoriale

Introduction du nouvel opus de la collection Bâtisseurs suisses consacré au bureau genevois ar-ter, atelier d'architecture-territoire

«Les moyens de communication ne devraient pas empêcher l’apprentissage du temps et de l’espace concret; or, les mots (maux?) d’aujourd’hui sont ubiquité et instantanéité. Il n’y a de place ni pour la relation ni pour la communication (...). Ces questions concernent l’architecte qui a en charge de créer les conditions de l’espace public. Il est aussi celui qui crée les lieux de passage et de seuil».

Ces mots de l’anthropologue Marc Augé tenus en 2013 lors d’une conférence à l’Ecole d’architecture de Marseille résonnent tout particulièrement avec la pratique de l’atelier d’architecture genevois ar-ter. Créer des seuils et des lieux de passage pour rendre la ville plus perméable sans l’uniformiser, ce fil rouge traverse toute l’oeuvre de l’atelier.

Seuil générationnel: fortement ancré dans le territoire, ar-ter regroupe trois générations. L’histoire de ses associés se mêle à et accompagne celle de l’urbanisme et de l’architecture de Genève, des soubresauts révolutionnaires helvétiques, aux prémices de la planification transfrontalière de l’atelier ar-ter et de ses réalisations, en passant par l’épisode bref mais marquant de l’enseignement à l’Institut d’Architecture de l’Université de Genève (IAUG) dans les années 1990–2000 (voir TRACÉS 23-24/2017).

Seuil historique: la réanimation de l’ancien site hydraulique des services industriels genevois à Vessy ou la transformation de plusieurs ruraux soulignent la sincérité et la transparence avec lesquelles ar-ter mène ce type de projet. Aucune volonté d’imiter pour se confondre avec l’existant mais l’exigence d’assumer les multiples couches historiques du site et du bâtiment. ar-ter est à la recherche constante d’un équilibre entre l’existant et les nouvelles fonctions tout en agissant avec des moyens culturels et techniques contemporains.

Seuil spatial: à l’image d’Aldo van Eyck, ar-ter considère les limites comme des lieux de transition plus que de séparation. Cette pensée structuraliste se lit dans les plans d’aménagement (plan paysage) et dans certains projets d’architecture (habitat groupé à Troinex). En multipliant les imbrications, les transitions spatiales entre les sites naturels, les surfaces agricoles et les franges urbaines, ar-ter a cherché à restituer les relations entre la ville et la campagne. Pour chacun de ses projets, l’atelier genevois semble dresser une topologie territoriale pour mieux briser les hiérarchies et donner autant d’importance aux espaces délaissés, aux franges, qu’aux centres attractifs.

Pour l’entretien de ce numéro, nous avons fait appel au graphiste et scénographe Daniel Kunzi, auteur de l’identité visuelle d’ar-ter et accompagnateur de l’atelier sur plusieurs projets. Son regard profane, bienveillant mais sans complaisance, a su nous guider à travers le monde d’ar-ter, dont la richesse et l’épaisseur sont à la hauteur de leur vision humaniste de la profession de concepteur.

Références

ar-ter, atelier d'architecture-territoire
Bâtisseurs suisses n°2
espazium – Les éditions de la culture du bâti, Zurich, 2017 / 19.90 CHF
Vous pouvez commander le livre en envoyant un mail à buch@espazium.ch

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