Swissbau 2016: le bâtiment comme paquet de données 

Après l’efficacité énergétique en 2014, le Building Information Modelling était dans toutes les bouches au Swissbau Focus 2016. Les thématiques énergétiques n’en demeurent pas moins au cœur de l’actualité. Brève rétrospective du salon

Frank Peter Jäger Rédacteur des pages de la SIA

Comme partenaire leader de Swissbau – avec Energie Suisse –, la SIA a participé à une douzaine de tables rondes et forums spécialisés lors du salon de la construction en Suisse. Dans ce cadre, les manifestations Swissbau Focus sont devenues bien davantage qu’un programme d’accompagnement et se muent toujours plus en une sorte de congrès de branche national. Et l’efficacité énergétique, thématique dominante de l’édition 2014, s’est vue sérieusement concurrencée par la modélisation informatique du bâtiment deux ans plus tard. Le Building Information Modelling, soit la méthode pour relever, combiner et mettre numériquement en réseau toutes les données pertinentes d’un ouvrage a ainsi fait l’objet de quatre événements Focus, dont deux mis sur pied ou co-organisés par la SIA. Une forte présence thématique pour signaler que le Comité de la SIA est à la manœuvre sur ces questions et que la Société en a fait une priorité.

Car le doute n’est plus de mise : après la conception assistée par ordinateur il y a vingt ans, le BIM introduira une deuxième vague de numérisation qui impliquera encore plus largement les processus d’étude pour la construction. Et il n’y a guère de nouvelle technologie qui suscite autant de questions – et de scepticisme – de la part des architectes et des concepteurs. On sent notamment la crainte que les architectes qui manqueraient le virage du BIM ne soient bientôt relégués au rôle de fournisseurs d’idées. La SIA souhaite au contraire que les architectes et les ingénieurs gardent la main et ce, indépendamment de la taille de leur bureau. Car il est certain qu’avec le BIM, le travail de conception va beaucoup plus se rapprocher du monde de la production industrielle qu’on ne l’imagine aujourd’hui.

Architectes dans la tempête normative
Cette évolution, couplée aux exigences énergétiques toujours plus pointues liées à la construction, motive également des mouvements inverses: ainsi, dans son «Future Forum», la revue Werk, Bauen und Wohnen détournait le slogan «Salut par la technique?» du Focus 2016 en «Salut par l’architecture!». A cette occasion, des architectes ont présenté des projets qui, de leur point de vue, incarnent une longévité et une durabilité globalement comprises. En même temps, ils s’insurgent, à l’exemple de Céline Guibat de mijong architectes à Sion, contre la «tempête normative» à laquelle ils sont confrontés et contre ces exigences secondaires qui rendent l’architecture actuelle toujours plus «technoïde» au détriment de sa mission essentielle, soit la création d’espaces. Roland Bernath et Benjamin Widmer de Zurich y répondent par un archaïsme revendiqué : ils construisent avec du bois coupé à proximité du chantier, des tuiles, des enduits naturels, ou en terre, comme leur collègue Martin Rauch (argile, bâti à base de terre) qui a érigé en 2012 la très remarquée nouvelle halle de production de Ricola à Laufon, selon des plans de Herzog & de Meuron. Martin Rauch, Céline Guibat, Roland Bernath, Benjamin Widmer et beaucoup d’autres se disent fatigués – en matière d’isolation, en matière de chimie – de se voir mener par le bout du nez par l’industrie des matériaux de construction et d’incorporer ainsi à leurs ouvrages les déchets spéciaux du futur. Comme l’a affirmé Roland Bernath en conclusion de sa brève présentation : « Nous nous efforçons autant que possible d’écarter les matériaux synthétiques ». Venant d’acteurs de la construction, ce parti ne devrait pas être négligé par la SIA, car ses adeptes trouveront sans doute nombre de maîtres de l’ouvrage prêts à s’y rallier.

Charte «Transformation énergétique»
Parmi les personnalités présentes à la soirée intitulée «Architecture entre efficacité et esthétique», les conversations ont en effet tourné autour de cette question: dans quelle mesure sommes-nous prêts à soumettre la construction – et notre héritage bâti – aux exigences de l’efficacité énergétique et qu’est-ce que cela implique pour la mise en œuvre? Andreas Ruby, nouveau directeur du Musée suisse d’architecture de Bâle, a plaidé pour des solutions prioritairement axées sur chaque cas particulier, p. ex. en cumulant les mesures destinées à accroître l’efficacité énergétique.

Le lobby favorable aux transformations énergétiques, notamment représenté par Walter Steinmann (directeur de l’OFEN), a quant à lui défendu – outre les mesures d’isolation et d’optimisation – une stratégie plus affirmée de constructions de remplacement, y compris à l’échelle urbaine, afin d’augmenter le taux de renouvellement du parc immobilier. Cette transformation n’est toutefois envisageable qu’avec un grand nombre d’ingénieurs spécialisés bien formés – un effort de formation qui est au cœur de la «Charte de l’industrie suisse de la construction pour la transformation énergétique du parc immobilier» – conformément à l’initiative pour la formation énergétique présentée dans le cadre de la charte par constructionsuisse et la SIA lors du Swissbau 2014. Le troisième jour, le salon a reçu la visite de la conseillère fédérale Doris Leuthard à l’occasion de la petite cérémonie qui, après les signatures de 27 autres présidents d’associations, a marqué l’apposition du dernier paraphe au bas de la charte, celui de l’ex-conseiller national Hans Killer (président de constructionsuisse). Un moment festif couronné d’applaudissements nourris.

Une conseillère fédérale et 28 hommes
La vision de ces 28 messieurs entourant la conseillère fédérale Doris Leuthard comme seule femme sur la scène a poussé une spectatrice à interpeller l’aréopage sur la volonté de motiver aussi davantage la moitié féminine du pays pour les nouvelles filières de formation en techniques énergétiques. «Oui, nous en avons la volonté affirmée», lui fut-il répondu et c’est en riant que la conseillère fédérale a remercié pour le rappel d’un point que le Comité de la SIA soutient aussi expressément.

L’Arena, l’auditoire où se tiennent les manifestations Swissbau Focus, est aujourd’hui devenu partie intégrante du salon – car la SIA avec les autres associations de la branche des études et les médias n’y proposent pas des informations à prétexte publicitaire, mais des connaissances étayées et des débats substantiels. Le salon constitue aussi une plate-forme pour les politiques – outre Doris Leuthard, le conseiller fédéral Ueli Maurer s’y est rendu pour la manifestation d’ouverture consacrée au tunnel de base du Gothard. Et le stand commun de SuisseEnergie et de la SIA est devenu un lieu de ralliement pour les experts et décideurs de la branche des études et les cercles politiques. Un tel nombre de débats spécialisés et d’échanges institutionnels ferait presque oublier qu’un salon est d’abord un événement commercial. Bien que quelques espaces des halles d’exposition soient demeurés vides cette année, l’industrie autochtone des matériaux de construction semble avoir digéré le « choc du franc » sans trop de mal : le nombre d’exposants n’a reculé que de 31 – de 1153 à 1122 entreprises – par rapport à l’édition 2014.

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