Stratégies d'intervention pour la Cité du Lignon à Genève

Bientôt nous connaîtrons le palmarès de la distinction «Umsicht – Regards – Sguardi 2017», en attendant espazium.ch vous présente chaque semaine un lauréat de la dernière édition. Cette semaine: les stratégies d'intervention pour la Cité du Lignon à Genève menée par le TSAM de l'EPFL

 Erigée entre 1963 et 1971, la Cité genevoise du Lignon est un ensemble remarquable à maints égards. L’architecture et le parti urbanistique de «gratte-ciel couché» du complexe de 2700 appartements pour quelque 10 000 habitants incarne toujours la mixité sociale mise en place lors de sa conception. Dès sa construction, le Canton a considéré le montage de l’opération public-privé comme une solution optimale pour pallier la pénurie de logements. Les divers modes de construction mis en œuvre pour la première fois sur cet emblème tardif de l’architecture moderne ont suscité l’admiration des architectes et des techniciens de la construction. Le plus vaste ensemble résidentiel de Suisse a été incontestablement une entreprise pionnière dès son origine. 

Malgré la procédure officiellement engagée par le canton pour protéger ce patrimoine, quelques propriétaires ont de leur propre chef entrepris des travaux avec le remplacement des fenêtres existantes en bois-aluminium par des fenêtres en plastique en 2008. L’Office du patrimoine et des sites a alors cherché le dialogue avec l’ensemble des propriétaires et mandaté une équipe interdisciplinaire de l’EPFL afin de planifier la rénovation des fenêtres. Cette dernière a proposé une approche plus globale impliquant aussi le service cantonal de l’énergie. Ce n’est donc qu’après pondération des valeurs environnementales et culturelles en jeu que la démarche a été arrêtée: les qualités architecturales et sociales de la cité devaient être préservées, ainsi que sa consommation énergétique notablement réduite. En 2009, la Cité du Lignon a été placée sous la protection d’un plan de site.

L’équipe de l’EPFL a donc évalué et développé différentes solutions d’intervention pour rénover les 125 000 m2 de mur-rideau existant en aluminium et verre. Trois ans plus tard, elle a présenté une étude détaillant trois options d’assainissement, qui vont de la simple maintenance à la rénovation, en passant par la remise en état. Pour ces éléments emblématiques du bâti que sont les façades, les coursives et les halls d’entrée, des prototypes ont été réalisés. Les mesures effectuées ont montré que des réductions estimées allant jusqu’à 70 % de la consommation d’énergie actuelle étaient possibles.

Pour assurer la qualité de ces interventions, des cahiers des charges, validés par les autorités cantonales, ont été remis à tous les propriétaires. Ceux-ci ont dès lors le choix entre les trois variantes d’intervention développées, de même qu’ils choisissent librement leurs mandataires. Deux mesures incitatives ont été mises en place par le canton de Genève: une procédure d’autorisation de construire accélérée ainsi que des subventions accordées pour les économies d’énergie prévues. Avec succès: un gros investisseur institutionnel a déjà rénové une première allée de 22 logements selon ce principe. Quinze autres -allées suivront en 2014, ce qui équivaudra alors à la réhabilitation de 20 % du complexe.

Les stratégies d’assainissement retenues pour la Cité du Lignon frappent par leur pragmatisme, par la clarté des objectifs et leur approche interdisciplinaire. Grâce à l’engagement des autorités et des propriétaires dans une perspective durable, des exigences prétendument contradictoires ont pu être harmonisées de façon optimale. En vue de la rénovation d’autres grands ensembles des années 1960 et 70, cette méthodologie d’intervention sur le bâti, fondée sur ses valeurs culturelles, devient une précieuse référence dont la portée s’étend bien au-delà du contexte suisse. (Texte: Michael Mathis)

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