Repeupler les campagnes

Editorial du numéro 22/2018

En 2012, dans son texte Countryside, Rem Koolhaas montrait, avec son sens habituel de la provocation, la nouvelle réalité des campagnes dans un contexte de métropolisation généralisée: «La campagne est en train de devenir un terrain de jeu, non seulement des ONG, mais aussi d’une élite qui peut jouir des espaces vides et ré-habiter l’environnement authentique de l’ex-agriculteur et de sa femme. Le phénomène se produit à des échelles sans précédent : des villages entiers de Toscane sont achetés par des entreprises allemandes qui s’emploient à préserver l’aura de sérénité à l’intention des touristes.»

Que faire alors contre le dépeuplement des territoires ruraux, mais aussi périurbains et post-industriels isolés, qui peinent à conserver leurs habitants, leurs commerces et leurs services? Quel développement vertueux imaginer pour répondre aux besoins de ceux qui restent et accueillir de nouvelles populations? Que faire du patrimoine bâti, ordinaire ou remarquable, qui se dégrade progressivement faute d’entretien?

En Suisse, la mise en application de la LAT révisée et de la loi sur les résidences secondaires, en favorisant le «développement vers l’intérieur», devrait a priori encourager la revitalisation des villages et de leurs centres. Mais, sans stratégie de développement bien définie et manquant de moyens financiers, les petites communes restent démunies face à ce qui ressemble à une spirale du déclin.

Dans ce dossier, résolument optimiste, nous abordons différentes approches, en France et en Suisse, portées par des architectes de terrain, des associations, des collectivités et des citoyens qui ne se résignent pas à voir leurs villages dépérir. Leurs actions témoignent de l’importance d’une architecture de proximité, de service public, pour mettre en œuvre des projets souvent modestes, mais essentiels au maintien d’une qualité de vie et à l’accueil de nouveaux habitants. A l’appui de ces exemples, nous reproduisons un texte manifeste de Gion A. Caminada publié en 2008, mais toujours d’actualité, dans lequel il milite, entre autres, pour une indépendance des territoires excentrés vis-à-vis des métropoles, arguant que «sur le long terme, l’économie locale ne peut pas être garantie par la demande de résidences secondaires».

A méditer.

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