Préserver, renouveler, transformer, créer: interprétations de l'existant

Les Journées SIA mettent en lumière la qualité et la diversité de l’architecture suisse.

Grâce à l’engagement des sections de la SIA, les concepteurs ont une nouvelle fois présenté leurs ouvrages au public, démontrant par là même l’exigence d’excellence qui est la leur.

Trois rédacteurs partis en visite aux Journées SIA ont découvert, admiré, analysé. Des objets, ils ont principalement retenu la qualité, la diversité et l’empathie envers l’usager. Ils nous livrent leurs impressions.

Le bien-être comme priorité
A Winterthour-Seen, des locataires de tous âges profitent des agréments d’un lotissement érigé sur la zone d’activité artisanale, propriété de la famille Hagman depuis quatre générations. Le maître de l’ouvrage, Christian Hagman, l’un des trois descendants de la famille, accompagne le projet avec passion depuis ses prémices en 2009. Il a ainsi contribué à son développement, choisissant les architectes (Weberbrunner Architekten et Soppelsa Architekten, Zurich) et s’impliquant sur le chantier. Il vit aujourd’hui dans l’un des 50 appartements et gère l’administration du lotissement. C’est tout naturellement qu’il a répondu aux questions le jour de la visite. Pendant que les enfants s’amusaient dans la cour, les visiteurs se sont rendus au cinquième étage, pour admirer la vue sur Winterthour depuis la terrasse du sauna ouvert à tous. Le lotissement, construit suivant les principes de la voie SIA vers l’efficacité énergétique, constitue l’aboutissement d’un engagement partagé par le maître de l’ouvrage et les concepteurs en faveur du bien-être des habitants.

Ceux-ci bénéficient à la fois de leur intimité grâce aux espaces extérieurs dont les revêtements en bois les protègent des regards, tout en ayant la possibilité de tisser des liens avec leurs voisins, que ce soit dans la cour intérieure, la salle communautaire, l’espace détente sous le platane avec sa baraque de chantier (qui fait office de bibliothèque pour les enfants) et son four à pizza, ou encore dans le potager collectif.

Marques apparentes
Nicolaj Bechtel, du bureau zurichois Wülser Bechtel, s’est vu confier la mission de transformer une maison bifamiliale typique des années 30 avec toit en bâtière située à Windisch (AG). Ce type de projet fait partie du quotidien des architectes, et le résultat en est fréquemment banal. Raison de plus pour sortir des sentiers battus, d’autant plus lorsqu’on a pour mandant sa propre sœur. Les deux unités d’habitation d’origine ont ainsi été fusionnées, et les plans modifiés pour adapter la maison aux besoins d’une famille de quatre personnes. Pour des raisons économiques et esthétiques, la transformation s’est principalement faite par suppression : des murs, des petites pièces, des éléments de toiture, une partie de l’étage ont ainsi été retirés. En parallèle, les architectes ont réalisé une recomposition des espaces au moyen d’éléments en bois, pour la plupart. Rappel du passé, les marques de l’intervention ont volontairement été laissées visibles : on voit ainsi les empreintes des anciens murs et plafonds, simplement nettoyées et blanchies. Au sol, les enfoncements laissés par les murs ont été comblés par une chape de ciment. La maison se distingue désormais par des volumes généreux, sans rompre avec son ancienne structure.

Un projet qui inspire et suscite la réflexion – par son audace, mais aussi parce qu’il remet en cause des standards et évoque le pouvoir de transformation de l’architecture, qui, avec peu de moyens, a conféré à l’existant une nouvelle identité.

Nouvelle fraîcheur pour un classique
Si le projet présenté par le bureau bâlois Stähelin Architekten s’articule également autour de l’existant, les cahiers des charges ne pourraient être plus différents : pour Dirk Schumann, qui a chapeauté le projet, il s’agissait avant tout d’intervenir le plus discrètement possible pour préserver le caractère de l’école Wasgenring. En effet, le bâtiment édifié en 1960-62 dans un quartier de l’ouest de Bâle est l’une des premières œuvres de l’architecte et designer Fritz Haller, réputé pour ses constructions fondées sur les principes de la standardisation et de la modularité. Les sols et les plafonds abîmés ont été changés, tout en préservant l’esthétique et les proportions définies par Haller. Les élégants revêtements en bois et placards d’époque ont été rénovés en douceur. Seul l’éclairage a été modifié, puisqu’il provient d’un cadre suspendu au plafond, qui sert également de projecteur. Ce qui constitue l’attrait de ce projet en est également l’inconvénient, car si la marge de manœuvre était étroite, il n’est pas donné à tout architecte de travailler sur un bâtiment iconique du modernisme suisse et de lui rendre son caractère originel.

Regard nouveau
A Lausanne, les Journées SIA se sont ouvertes avec la visite du Musée Historique rénové par Brauen Wälchli architectes et inauguré il y a seulement deux mois. Environ 40 visiteurs ont participé à la balade thématique organisée par la section SIA Vaud. Ils ont ainsi pu découvrir le travail de sgraffito effectué en façade, qui fait écho à un motif que l’on retrouve à l’intérieur du musée. Cette visite en deux temps a révélé le contraste conféré aux lieux – lumière vive et blanche des salles d’expositions temporaires, ambiance sombre et feutrée de l’exposition permanente. Tandis que l’architecte attirait leur attention sur les apports de l’intervention par rapport au programme initial – ici une vue, là un jardin –, les participants se sont montrés très intéressés, posant nombre de questions et ne tarissant pas d’éloges quant à la nouvelle scénographie.

Pour la deuxième Journée, direction Villeneuve, au bout du lac Léman, pour (re)découvrir la salle de gymnastique réalisée par le bureau d’architectes bunq. Inauguré il y a deux ans, le bâtiment se distingue par sa façade composée de panneaux de béton préfabriqué formant un motif géométrique, qui a suscité l’admiration d’un public largement composé de professionnels. Loin de leur être réservé, l’événement a également attiré les enfants des immeubles alentour qui ont inspecté les lieux et découvert les matériaux mis en œuvre. Les dépliants pédagogiques développés par Ville en tête et Archijeunes que l’architecte leur a distribués éveilleront peut être des vocations. Mais une chose est déjà sûre : ils porteront désormais un regard nouveau sur cette salle dans laquelle ils jouent tous les jours.

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Retrouvez la version longue de cet article sous : www.sia.ch/traces-journeessia2018

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