Polyphonie architecturale lausannoise

Introduction du nouvel opus de la collection Bâtisseurs suisses consacré au bureau lausannois TRIBU architecture

Plonger dans le parcours de TRIBU architecture, c’est comme tracer une coupe en long dans l’histoire récente de l’architecture lausannoise, qui mène du désert des années de crise à la vitalité contemporaine. Une coupe qui commencerait par expliquer cette sorte de retenue teintée de moralisme, qui tendait à considérer comme criminelle toute exubérance formelle, puis qui donnerait quelques indices de l’enseignement politisé qui ne commandait aux jeunes architectes qu’une attitude : l’engagement, pour des logements accessibles, pour un environnement urbain de qualité, pour la participation active des architectes aux débats publics.

Au bout de la coupe, TRIBU architecture, que l’on a longtemps cru uniquement obsédé par son rôle de médiateur, a changé: le bureau a fait son autocritique, puis décidé d’opérer un travail auto-réflexif qui mène à une refonte en profondeur, sans rien sacrifier de ses acquis de la première heure.

En effet, la tribu n’a jamais perdu de vue la distinction lefebvrienne entre espace conçu et espace perçu; elle continue à divulguer et tâter le terrain auprès des usagers, à ressentir les secousses du feed-back, ces impulsions qui garantissent la nécessaire remise en question du métier. Aujourd’hui encore, elle se bat sur tous les fronts: dans la presse, dans les conseils communaux, dans les écoles primaires, dans la rue, multipliant les messages vers des audiences bien différentes. Cette polyphonie amplifiée au porte-voix a certainement pu provoquer des incompréhensions, notamment au sein même du milieu, ou de la part d’architectes qui ne percevaient pas l’extrême importance de traduire, d’expliquer aux usagers, aux citoyens (qui in fine accepteront ou refuseront les projets), les enjeux et la complexité des problèmes d’architecture et de planification. Trop souvent les architectes sont en effet confinés à un rôle d’exécutants, tout au bout de la chaîne de décision. 
Trop souvent ils subissent le joug du jugement à l’­emporte-pièce parce que, comme le disait Lucius Burckhardt, «le design est invisible»: les aspects fondamentaux de la conception se jouent dans les règlements, dans la sphère médiatique, dans l’action politique et la sensibilisation. Peu d’architectes en Suisse romande ont poursuivi ce travail de médiation avec autant de persévérance. Pour ce volume de Bâtisseurs suisses, nous nous sommes intéressés à TRIBU architecture précisément parce que le bureau distille une pensée architecturale dans l’ensemble de ce continuum, ce projet éditorial ne devant pas se contenter de faire la promotion, mais bien de rendre explicites les démarches qui conduisent à la construction collective de la culture du bâti.

Après plus de quinze années de pratique, TRIBU architecture a opéré sa métamorphose. Ses obsessions papillonnantes se sont muées en une décomplexion ludique, mise au service de la qualité de l’environnement construit, au sens large. Après le temps des luttes acharnées, voilà que les architectes jouent et se déjouent des contraintes multiples pour tisser avec une joyeuse sérénité des projets solidement formalisés.

Informations

TRIBU architecte
Bâtisseurs suisses n°3
espazium – Les éditions de la culture du bâti, Zurich, 2017 / 19.90 CHF
Vous pouvez commander le livre en envoyant un mail à buch@espazium.ch

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