Nickish Walder, des architectures de haute altitude

Les réalisations de Nickisch Walder se présentent comme des architectures pures et spécifiques dans le cadre pittoresque des Alpes suisses. Une architecture radicale pour des paysages extrêmes.

Selina Walder et Georg Nickisch
Selina Walder a effectué ses études et obtenu son diplôme à l’Accademia di architettura di Mendrisio en 2004 sous la direction de Valerio Olgiati, dont elle a été l’assistante de 2004 à 2006. En 2010, elle organise l’exposition DADO – gebaut und bewohnt de Valerio Olgiati et Rudolf Olgiati à la Maison jaune (Gelbe Haus) de Flims.

Georg Nickisch a, quant à lui, décroché son diplôme d’architecte à Mendrisio en 2005 sous la direction de Peter Zumthor. Il a ensuite travaillé à l’Académie en qualité d’assistant à la chaire de Jonathan Sergison, puis enseigné à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD) en tant que professeur invité. Ils ont fondé en 2005 le bureau Nickisch Walder dont le siège est situé à Flims, dans le canton des Grisons. Avec Valerio Olgiati, le studio a été lauréat du concours pour la construction du nouvel auditorium Plantahof à Landquart (2008). Leur projet de réaménagement d’un bâtiment scolaire du 19e siècle, sur la place de Valendas, a été récompensé par le prix SIA Umsicht – Regards – Sguardi 2017. Cette réhabilitation a fait l’objet d’une planification par étapes successives, avec des moyens limités. Afin de retrouver une vision d'ensemble du bâtiment, les deux architectes ont supprimé les interventions effectuées au cours des dernières décennies.

Le Refugi Lieptgas à Flims
Le refuge Lieptgas (2012) est situé au bord d’un petit sentier qui s’enfonce dans la forêt de Flims, sur l’emplacement d’une structure en bois servant autrefois d’abri aux paysans. Les architectes se sont conformés aux règles de planification qui impliquent la conservation du bâtiment ancien ou du moins le maintien de son caractère existant. La structure en rondins de bois du chalet d’origine a servi de coffrage pour couler des parois monolithiques en béton isolant. À la mise en place, l’ancien et le neuf ne font plus qu’un: la face intérieure de la paroi périphérique en bois devient la façade externe du nouveau mur en ciment, dont elle modèle le bord en laissant son empreinte en relief comme une mémoire gravée sur sa surface.

Le chalet est divisé en deux espaces: le séjour où l’on prépare les repas, se restaure et se réunit au coin du feu et une chambre au niveau inférieur, où se délasser et prendre un bain dans la baignoire creusée dans un grand bloc de ciment chauffé, face à la fenêtre. Une petite extension accueille l’escalier, un espace de rangement et les sanitaires. D’une surface nette de trente-cinq mètres carrés, le refuge réduit à l’essentiel offre l’intimité d’un nid douillet. Trois ouvertures encadrent des détails particuliers de la forêt: une fenêtre dotée d’une assise offre une vue romantique sur la clairière, tandis qu’un puits de lumière circulaire percé dans le toit éclaire la cheminée et ourle les cimes des hêtres. Au niveau inférieur, une grande baie vitrée s’ouvre sur la roche, produisant un bel effet scénographique. Les finitions en pin blanc des armoires, des portes et des ferrures ont été posées avec précision sur la structure en ciment, sans modifier la perception de la construction monolithique brute.

L’ensemble suscite la même impression d’immédiateté et de simplicité que les refuges éparpillés sur les montagnes de Flims: en apparence familier, le chalet révèle en même temps une facette inattendue. En architecture, la création d’une atmosphère est étroitement liée à la transformation des matériaux en une matière expressive: la juxtaposition forte de la roche, du ciment, du verre et de l’eau cristallise à l’intérieur de l’espace bâti une intense tension émotionnelle.

Le camp de base du Cervin
À l’occasion du 150e anniversaire de la première ascension du mont Cervin par l’alpiniste britannique Edward Whymper, un camp de base capable d’héberger les randonneurs pour la nuit avant qu’ils ne s’attaquent au sommet a été installé de juillet à septembre 2014 sur le Hirli (2880 mètres d’altitude). Réalisés avec des modules de base de 2,25 x 3,375 m en forme de tente, les vingt-cinq refuges ont été disposés sur le flanc de la montagne comme des pliages d’origami. Dotés d’une structure en aluminium, ils sont légèrement surélevés du sol rocheux froid grâce à des supports réglables qui assurent un plancher en bois horizontal sur lequel ils reposent confortablement. D’autres, plus vastes, éclairés par des lampes électriques à basse consommation et chauffés par des radiateurs au gaz, abritent les espaces communs pour le repas et la cuisine.

Leur structure à deux strates obéit au principe de la tente traditionnelle, avec une coque externe robuste en aluminium et une doublure souple à l’intérieur, confectionnée en tissu imperméable. Du point de vue statique, la géométrie de la tente, toit protecteur et archétype d’habitat dans sa forme la plus primitive et la plus simple, permet de transférer avec efficacité vers le terrain les charges exercées par le vent. Le dessin de la structure est net et précis: les portes triangulaires s’ouvrent comme le rabat d’une tente, la poignée est disposée en diagonale et les modules translucides filtrent la lumière.

Ces structures délicates magnifient l’imposante paroi rocheuse et mettent en évidence le caractère temporaire du camp de base face à la puissance de la montagne. Une fois démantelés, les conteneurs, disponibles pour une utilisation ultérieure, n’ont laissé aucune trace de l’événement au sol. Le cadre pittoresque des Alpes suisses se prête de manière spectaculaire à l’implantation d’une architecture contemporaine. Les réalisations de Nickisch Walder se présentent comme des événements uniques et difficiles à reproduire. Une architecture radicale pour des paysages extrêmes.

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