Méditerranée, aux îles d'or ensoleillées...

Éditorial de Stéphanie Sonnette du numéro 01/2018

Vous auriez sans doute plus volontiers attendu un sujet sur l’architecture des chalets de montagne pour ce premier numéro de l’année? Au risque de vous décevoir, nous avons choisi dans un bel élan d’optimisme de placer 2018 sous le signe du soleil et de la Méditerranée, si bien chantée par Tino Rossi. Nous vous proposons donc de redécouvrir l’architecture balnéaire telle qu’elle a été imaginée par quelques concepteurs bien inspirés dans les années 1950-1970, à travers trois opérations, modernes chacune à sa manière: le hameau des Sablettes de Fernand Pouillon, invention «pittoresque» d’un village méditerranéen, les 700 maisons du Gaou Bénat camouflées dans le massif des Maures et les deux «barres» en béton du domaine Athéna à Bandol de Jean Dubuisson. 

Leurs architectes, souvent plus familiers des grands ensembles de la reconstruction (Dubuisson construira quelques 20 000 logements sociaux après la guerre) ont pensé l’habitat de loisir dans le contexte particulier du littoral méditerranéen, à une époque où les préoccupations environnementales n’avaient pas encore cours. Ils ont conçu des morceaux de territoire et des architectures adaptés à la géographie, questionné les modes de vie estivaux, le rapport entre les espaces intérieurs et extérieurs, le privé, le collectif et le public, produit des formes d’habitat originales, qui restent pertinentes dans le contexte de la Côte d’Azur d’aujourd’hui.

Revenir sur ces opérations, s’arrêter sur leurs qualités, c’est se confronter par contraste à la réalité d’un territoire maltraité, sur-urbanisé à coup de maisons individuelles et de zones commerciales, envahi par les voitures, bien loin des clichés de cartes postales. Un littoral à hauts risques, entre réchauffement climatique et montée annoncée du niveau de la mer, incendies qui détruisent chaque année des milliers d’hectares de pinède, quand ce ne sont pas les inondations, favorisées par une imperméabilisation intensive des sols, qui ravagent les secteurs urbanisés… Ajoutons encore: des clivages socio-économiques extrêmes, une pression démographique croissante, un positionnement politique très (très) à droite, et le tableau sera, malheureusement, complet.

L’urbanisme et l’architecture ont plus que leur part dans ces territoires où le laisser-faire tient trop souvent lieu de politique. Les trois opérations que nous présentons dans ce numéro témoignent d’une intelligence de projet, d’une compréhension des sites et d’une attention aux usages qui restent des exceptions sur la Côte d’Azur, dont nous ferions bien de nous inspirer pour l’avenir.

Très belle année 2018 !

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