«L'interdisciplinarité a marqué tout mon parcours professionnel»

Entretien avec Joris Van Wezemael, qui reprendra la direction de la SIA dès l’été 2018.

Judit Solt: Vous êtes diplômé en géographie économique et avez présenté une thèse d’habilitation en sociologie de l’architecture, vous avez été chercheur et enseignant et vous dirigez actuellement une fondation immobilière. Vous vous êtes penché sur divers domaines de l’environnement bâti – sans être vous-même un planificateur. Voyez-vous cela comme un avantage ou un inconvénient pour votre future activité?
Joris Van Wezemael: Par mon parcours académique et professionnel j'ai acquis une compréhension large de la planification dans laquelle «le planificateur» n'est pas un individu, mais un ensemble d'acteurs professionnels, économiques et issus de la société civile. Mais je comprends le but de votre question. Je considère comme un avantage majeur de n’être rattaché à aucun camp disciplinaire, car cela me prédispose à adopter une posture neutre et intégrative. La SIA fédère plus de 16000 expertes et experts, qui n’ont nul besoin d’un «planificateur en chef» à la tête du Bureau. Je compte m’appuyer sur mon expérience en économie et dans la recherche, ainsi que sur mon sens politique pour continuer à développer les thèmes prioritaires de la SIA dans des domaines stratégiques, afin qu’elle les incarne comme société faîtière et soit également capable de déployer une influence politique au-delà des membres.

Dans le cadre de vos activités passées, les aspects sociaux, technologiques, économiques et politiques du bâti ont figuré au premier plan – autant de facteurs qui se répercutent directement sur le quotidien et le profil professionnels des planificateurs. Dans quelle mesure pourrez-vous intégrer ces expériences à votre nouveau poste?
La SIA fait face à des défis considérables. Ceux-ci incluent notamment la «tempête technologique», communément appelée numérisation, qui déploiera toute sa force au cours des cinq à dix prochaines années. Dans ce contexte, les professions SIA et surtout leurs interactions, de même que les modèles d’affaires de nos membres se modifieront en profondeur. 
Quant aux critiques émises par la Commission de la concurrence (COMCO) à propos des prestations et des honoraires, elles posent en priorité des questions juridiques importantes et risquées. En revanche, la question de savoir comment le domaine des prestations et des honoraires pourrait créer des incitations favorisant la construction à coût avantageux, des systèmes d’installations techniques du bâtiment simplifiés ou une planification des études résolument axée sur le cycle de vie représente des opportunités intéressantes. Les aspects économiques, technologiques, politiques et sociaux de la construction constituent ainsi la base du travail de nos membres et le cadre dans lequel ils exercent. Je me réjouis de mettre mon expérience de ces différents contextes au service de la SIA.

Vous allez piloter une association qui réunit des professionnels de diverses spécialités. Cette interdisciplinarité vous a-t-elle particulièrement séduit? Ressentez-vous une inclinaison spéciale pour les thématiques et les organisations transdisciplinaires?
Oui, clairement. J’ai moi-même été formé dans différentes disciplines, j’y ai effectué des recherches et j’ai un vécu pratique de l’interdisciplinarité acquis dans mon activité de maître d'ouvrage professionnel. L’interdisciplinarité a ainsi marqué tout mon parcours professionnel et je me réjouis de faire profiter la SIA de mes expériences. Dans cette perspective, mon absence d’ancrage spécialisé – je ne suis ni architecte ni ingénieur – est aussi un avantage qui me permettra de faire le lien, de servir de médiateur entre les différentes disciplines du bâti. Je me suis par ailleurs occupé durant plusieurs années de systèmes d’innovation dans la planification et je me plais à voir la SIA comme un «think tank» décentralisé organisé en réseau. Dans cette configuration, un des rôles du Bureau porterait sur la gestion des savoirs, soit sur la compilation, le traitement, la transmission et le suivi des connaissances. L’actuel réseau de savoirs SIA deviendrait ainsi un système de connaissances.

De quoi vous réjouissez-vous le plus quand vous pensez à vos futures tâches?
De la vue depuis mon bureau. Blague à part, je me réjouis tout particulièrement des échanges avec des esprits passionnants et passionnés et j’ai hâte d’empoigner avec tout le dynamisme voulu le travail politique que comprend ma future fonction au sein de la SIA. En outre, je me réjouis de poursuivre mon séjour à Fribourg et d'intensifier ainsi mes liens avec la Suisse latine. 

Et que considérez-vous comme le plus grand défi?
La SIA est actuellement confrontée à d’énormes défis dans des domaines qui se trouvent au cœur de ses activités et elle est même dos au mur en ce qui concerne le différend qui l’oppose à la Commission de la concurrence. J’aborde donc ma future fonction avec confiance et plaisir, mais aussi avec la déférence qui s’impose.

 

Contenu apparenté

Sujets:

ARCHIVES: Les éditions depuis 2013

s’abonner archive