Les chantiers de l'Ouest

Editorial de Christophe Catsaros du  13-14-15/2017

Avec ce triple numéro d’été, Tracés s’essaye au grand format, celui qui pourrait être le sien si le bulletin qui paraît actuellement 19 fois par an devenait un mensuel.
Deux dossiers d’actualité y sont amplement traités. Le premier fait le point sur le projet urbain, d’infrastructures et de mobilités de la gare de Renens, initié par une poignée de communes déterminées à faire de cette coupure ferroviaire, par laquelle transitent chaque jour plus de 20 000 usagers, une centralité multimodale à l’échelle de l’Ouest lausannois et un trait d’union entre leurs territoires. Consolidé par Léman 2030, ce projet «municipal» a pris toute sa mesure métropolitaine avec l’entrée en jeu des CFF, Infrastructure d’abord, Immobilier ensuite, nouveaux acteurs majeurs de l’aménagement du territoire et des villes suisses, de Genève à Zurich. Grâce à ce projet, cette partie de l’Ouest lausannois, longtemps banlieue industrielle, aspire à devenir le deuxième pôle d’un Lausanne métropolitain. Celui des nouveaux bureaux, des écoquartiers, des loyers abordables et des milliers d’étudiants qui y résident ou y transitent pour se rendre à l’EPFL, à l’UNIL ou à l’ECAL. Une ambition qui repose sur une forme d’urbanisme « négocié » et qui nécessite d’inventer, comme le font aujourd’hui les multiples partenaires de ce projet, un mode de gouvernance original et équilibré.
Le deuxième dossier s’attarde sur une réalisation pour le moins exemplaire : le pavillon en bois du théâtre de Vidy à Lausanne. L’IBOIS, laboratoire de l’EPFL mondialement reconnu pour ses avancées en matière de construction paramétrique, livre son premier bâtiment à grande échelle. Le défi est d’autant plus important qu’il s’agit d’une structure accueillant du public.
Les lignes de recherche développées par ce laboratoire s’intéressent depuis des années au développement des assemblages bois-bois. Monté en huit jours, le pavillon de Vidy a permis d’adapter ces assemblages à la grande échelle et de réaliser un double transfert technologique : le paramétrage des joints et la validation mécanique des ces assemblages.
Tout cela sans compter que la méthode d’Yves Weinand, qui dirige le laboratoire, présente un avantage que l’on peinerait à deviner: elle est très peu onéreuse. Pour moins de 2 millions de francs, le théâtre de Vidy se dote d’un «chapiteau en bois», comme aime à les appeler un autre architecte qui en a conçu plusieurs, dont un dans la région lémanique. Le mélèze noirci de la Grange au Lac de Patrick Bouchain à Evian forme un étrange binôme avec le nouveau pavillon issu de la technologie de pointe dont on mesure encore peu le potentiel.
Si tout sépare les deux réalisations en bois, une chose les réunit et constitue de ce fait même le plus grand plaidoyer pour ce matériau: sa malléabilité et la facilité avec laquelle la structure est montée. Qu’il s’agisse de celle, classique, d’une structure poteau-poutre levée en quelques semaines à Evian, ou de celle de la construction en origami aux abords du théâtre de Max Bill.
Ce projet envoie finalement un très beau signal concernant la vitalité et le potentiel de l’innovation académique. Rarement un objet de recherche développé dans une Ecole polytechnique fédérale aura aussi rapidement trouvé sa voie vers le monde de la construction.

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