Le pont du Tiguelet: un mastodonte à l'impact minimum

En se jouant de contraintes de site et de programme difficiles, le projet du pont du Tiguelet, à Givisiez dans le canton de Fribourg, propose une réponse structurelle simple, à l’impact paysager discret. Visite guidée de l’infrastructure récemment ouverte à la circulation.

Le nom du pont provient de l’affluent qu’il surplombe et qui se jette plus loin dans la Sonnaz, puis dans la Sarine. Aujourd’hui, au côté du discret ruisseau, l’infrastructure enjambe aussi les lignes ferroviaires Fribourg-Payerne et Fribourg-Morat ainsi que les voies de desserte des tout nouveaux dépôts des Transports publics fribourgeois (TPF).

Le projet de réaliser un pont au niveau de la zone industrielle de Givisiez est né de la nécessité de supprimer le passage à niveau de la route de Belfaux, régulièrement engorgé (figure). La nouvelle infrastructure doit alors répondre à une série d’exigences issues de la morphologie du site et de ses modalités d’utilisation des voies par les CFF et les TPF. Portées relativement importantes, faible hauteur disponible, obligation de franchissement oblique des voies, contexte urbanisé et disparité des qualités des sols de fondations sont les contraintes principales auxquelles doit répondre le projet. En janvier 2014, le Service des ponts et chaussées de l’Etat de Fribourg lance un concours ouvert aux équipes composées d’ingénieurs et architectes.

La sélection des mandataires, les études et le chantier avancent à grands pas. Six mois après le lancement de la procédure de concours, le jury choisit le projet « Lotus » proposé par un groupement composé des ingénieurs dsp Ingenieure + Planer AG et Spataro Petoud Partner SA, et du bureau d’architectes Balz Amrein. Pendant un an et demi, les études se poursuivent, le projet est mis à l’enquête et les oppositions sont levées. Il ne faut ensuite que deux années pour la réalisation de l’ouvrage.

Le concept structurel et architectural du projet est limpide : une poutre en béton précontraint repose sur huit appuis de forme elliptique avec un élancement maximal du tablier. Au travers de cet effort de concision structurelle et expressive, les concepteurs cherchent ainsi à réduire au maximum l’impact de l’infrastructure sur le paysage.

Hors bordures, le tablier mesure 10,8 mètres. Regardé en coupe transversale, il présente une forme caractéristique en T et se compose d’une âme large de 4,2 mètres qui supporte de part et d’autre deux porte-à-faux de 3,3 mètres  (figure). Vu de face, l’ouvrage donne sa pleine mesure. Long de 290 mètres, le pont franchit des portées qui varient entre 25 et 35 mètres. Côté Belfaux, les premières piles s’orientent et se posent sur le sol au gré des contraintes imposées par les voies ferrées. Fondées dans un « bon » sol molassique, la culée nord et les piles sont reliées de manière monolithique. En allant en direction du sud, les piles sont disposées perpendiculairement au pont. A cet endroit, le tablier est posé sur des appuis mobiles qui permettent un déplacement horizontal du pont absorbé par un joint d’environ 30 cm. La culée et les piles sont fondées sur des pieux formant un plan rectangle et atteignant la molasse recouverte par près de 20 mètres de matériaux compressibles provenant des dépôts palustres (figure).

Depuis l’ancienne route de Belfaux, la fine épaisseur de la bordure combinée à la large ombre portée par la superstructure sur l’infrastructure du pont lui confère son aspect élancé. Depuis l’intrados du pont, le subtil jeu géométrique des piles engendre des perspectives singulières en dessous de l’ouvrage ( (figure) et figure).

En l’espace de quelques décennies, le site du projet est passé d’un espace naturel à un site industriel puis à une zone d’activité. Aujourd’hui, l’ensemble de ces mutations sont visibles sur le lieu. Le futur centre de maintenance et d’exploitation des TPF encore en chantier, la reconfiguration du site de l’entreprise Stephan et la nécessaire réaffectation de l’ancienne route de Belfaux achèveront la transformation de ce lieu névralgique situé à cheval entre quatre communes fribourgeoises (Belfaux, Corminbœuf, La Sonnaz et Givisiez). Dans ce site à l’urbanisation croissante, le pont du Tiguelet résout des difficultés de déplacements automobiles. Qui plus est, son concept structurel accompagne un dessin épuré et minimal qui met en valeur le site qu’il traverse. On peut cependant se demander pourquoi le paysage qu’il surplombe n’est pas mieux mis à disposition des usagers des transports doux qui circulent sur le pont. Il y a bien deux voies cyclables et un trottoir. Eu égard aux normes en vigueur, leur dimensionnement est correct. Il aurait aussi pu être plus généreux sur le majestueux pont du Tiguelet.

Données du projet

Maître de l’ouvrage : Service des ponts et chaussées de l’Etat de Fribourg
Projet et direction technique des travaux : dsp Ingenieure + Planer AG, Greifensee/Uster et Spataro Petoud Partner SA, Bellinzona
Architecte : Balz Amrein/Architektur/Brückenbau, Zurich
Direction locale des travaux : IUB Engineering SA, Givisiez
Exécution des travaux : Routes Modernes SA, Fribourg (à partir de 2018 : Antiglio SA, Fribourg)
Coûts (uniquement le pont) : env. CHF 11,4 millions

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