L'éclectisme de Wang Shu et son origine paysagère

Une exposition rétrospective au centre d'architecture de Bordeaux arc en rêve, à voir jusqu'au 28 octobre

Pour avoir été largement publiées, les réalisations éclectiques de Wang Shu, l’architecte chinois à l’origine du musée d’histoire de Ningbo, sont connues. Il est peu probable de n’être jamais tombé sur l’image d’un des nombreux équipements culturels dont il est l’auteur: le complexe culturel de Fuyang ou encore le gigantesque campus de l’académie des Beaux-Arts de Hangzhou.

Ce que la rétrospective visible actuellement au centre d’architecture arc en rêve à Bordeaux permet de découvrir, c’est le discours autour de ces réalisations largement diffusées, la pensée qui accompagne sa démarche constructive. Plus que l’exposition, c’est la conférence donnée par Wang Shu le 12 juillet dernier qui livra les clés de ses choix constructifs. La lente entrée en matière avait quelque chose de la démonstration publique.

Pendant plus d’une demi-heure, il n’a été question que de peinture paysagère chinoise. Wang Shu enseigne et prend plaisir à raconter la complexité de cette pratique picturale qui émerge, comme en Occident, parallèlement au développement des villes, et porte discrètement la nostalgie d’une campagne et d’une nature perdues. Seule différence, «l’urbanisation chinoise», d’où naît l’engouement pour la représentation du paysage, précède de quelques siècles celle des Européens.

Faisant apparaître une véritable topographie symbolique de la peinture de montagne, avec un seuil, un cheminement et la recherche du sommet, Wang Shu rend progressivement visible un code que l’on se donne rarement la peine de déchiffrer, pensant à tort avoir affaire à un art purement ornemental. Wang Shu prend le temps de nous faire entrer en matière. A partir de là il va lentement basculer vers une présentation de son architecture et interpréter ses principaux choix dans la continuité de son analyse picturale.

Son architecture est complexe, d’un point de vue formel et tectonique, mêlant généreusement des techniques vernaculaires ancestrales aux savoir-faire contemporains. Le bois, la brique et le béton s’alternent, se superposent de façon organique. L’échelle de ses constructions est bien chinoise. Wang Shu est un architecte de son temps qui construit des écoles d’art de la taille d’un aéroport ainsi que des musées faits pour le grand nombre.

Il le fait en prenant soin d’inscrire dans la forme de ses édifices une partie de l’expérience que le visiteur doit retrouver en parcourant les lieux. Transposant dans le plan des éléments typologiques traditionnels, il réussit une très fine traduction du monde ancien dans le langage de notre époque.

Les cours, les passages, les couloirs étroits et les plans d’eau contribuent à faire renaître une spatialité perdue, digne d’être ressuscitée. Faisant cela, il ne renonce pas à être moderne. Loin de toute posture puriste qui chercherait à reconstituer des typologies traditionnelles, il mêle sans hésiter le vernaculaire au contemporain. Certaines toitures sont praticables et incitent le visiteur à escalader le bâtiment. La construction vernaculaire n’est qu’une référence parmi d’autres dans l’expérience globale qu’il propose. La symbolique de la montagne en est une autre, à laquelle s’ajoutent des interprétations bâties de récits traditionnels.

Dans ce qui est censé devenir un jour le musée de la dote maritale, une petite bâtisse rouge, sorte de folie façon Tschumi à la Villette, symbolise une «jeune fille en attente», figure traditionnelle de la peinture chinoise.

Wang Shu construit ainsi un récit à la fois historique et subjectif qui en vient à s’incarner dans une forme bâtie. Pour l’avoir abordé dans un chapitre important de sa thèse, il connaît bien la pensée d’Aldo Rossi, sa méthode analogique et ses réflexions sur la mémoire collective.

La scénographie simple et lisible de l’exposition permet au visiteur d’apprécier ses principaux projets et laisse le temps d’en découvrir une autre qui entre en résonance avec le travail de Wang Shu. Terre d’ici retrace les efforts pour constituer une filière de briques de terre crue en France. La réalisation d’un grand projet immobilier avec ce matériau dans la région bordelaise serait l’aboutissement de ce long effort de recherche et de pédagogie.

Wang Shu et la terre crue bordelaise ne sont pas a priori des thématiques corrélées. Pourtant, en y regardant de plus près, on perçoit le fil rouge, le lien inavoué qui traverse les deux expositions.

Wang Shu aussi a travaillé la brique de terre crue, pour en faire un des matériaux qui caractérisent son langage architectural. Arc en rêve choisit ainsi de mettre en avant un projet local trouvant dans le choix du matériau le lien, certes faible, mais pertinent, pour justifier ce tandem.

Exposition Wang Shu, Lu Wenyu, Amateur Architecture Studio    
Jusqu’au 28 octobre 2018
Arc en rêve, Bordeaux, www.arcenreve.com

 

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