L'angle mort de l'habitat tessinois

Notre revue sœur Archi a une nouvelle rédactrice en cheffe depuis janvier 2018. Dans le premier numéro sous sa direction, Mercedes Daguerre pose d’entrée une question inconfortable: pourquoi le Tessin ignore-t-il les coopératives d'habitation? 

Depuis sa fondation il y a 20 ans, la revue Archi a été dirigée d’une main de maître par Alberto Caruso. Aujourd’hui à la retraite, il a laissé sa place à Mercedes Daguerre, nommée l’été dernier par la direction d’espazium – les éditions pour la culture du bâti. Membre de l’équipe d’Archi depuis 2010, cette architecte d’origine argentine, titulaire d’un doctorat en architecture, a été professeure dans diverses universités et rédactrice en cheffe de Casabella à Milan (lire Changement à la tête de la revue Archi)

Mercedes Daguerre a décidé de consacrer son premier numéro à la construction des coopératives d’habitation. Au cours de ces dernières décennies, elles ont été à l’origine de développements architecturaux et urbains novateurs en Suisse alémanique et en Suisse romande, mais restent largement méconnues au Tessin. Pourquoi y a-t-il si peu d’intérêt pour le logement social au sud des Alpes? Que peuvent amener les coopératives à la politique du logement et à l’aménagement du territoire de l’autre côté du Gothard? Au Tessin, l’étalement urbain dévastateur provoqué par la spéculation a rendu indispensable, de manière encore plus urgente que dans le reste de la Suisse, la protection du paysage et du patrimoine bâti ainsi que la densification des zones habitées. De nouvelles formes de communautés pourraient offrir une solution viable, «un chemin de résistance […] explorant d’autres formes de logements».

Par cette thématique, Mercedes Daguerre ne questionne pas uniquement la culture de la construction, elle interpelle directement une partie de son lectorat à travers l’image professionnelle et sociale de la scène architecturale tessinoise. «Dans les années 1970 et 1980, les architectes les plus importants du Tessin ont expérimenté avec succès la typologie de la maison unifamiliale, écrit-elle. Il a fallu encore 20 ans au Laboratorio Ticino pour étudier le potentiel d’une maison multifamiliale comme unité fonctionnelle et forme d’habitat.» Les maîtres de la Tendenza se sont-ils trop longtemps reposés sur leurs lauriers? Le fait est que la part des maisons unifamiliales dans le nombre total de bâtiments au Tessin est nettement plus élevée que dans le reste du pays.

«L’histoire montre que la ville a toujours été un champ de bataille où les vides (les projets non réalisés) en disent souvent plus long sur les développements sociaux, les représentations symboliques et les résistances que les pleins. Logiquement, on commence avec un tel espace vide», conclut la nouvelle rédactrice en cheffe d’Archi.

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