La FEANI: porte-voix des ingénieurs

Promotion des branches MINT, du numérique, ou des objectifs de développement durable de l’ONU, les projets de la Fédération européenne d’associations nationales d’ingénieurs (FEANI) font également avancer les ingénieurs en Suisse. 

Sans ingénieurs, pas de tunnel du Gothard. Pionniers en matière de téléphériques, de véhicules solaires ou de composants pour fusées, les ingénieurs suisses conçoivent de multiples ouvrages, machines ou appareils. Bâtiment, automobile, technologies médicales sont autant de domaines couverts par l’ingénierie, qui se déclinent en un nombre croissant de métiers spécifiques. Une diversité reflétée dans les portails d’emploi, où l’on recherche des ingénieurs de processus, de vente, de projets, d’applications ou de systèmes.

L’Europe manque d’ingénieurs

Le manque d’ingénieurs qualifiés en Europe est notamment dû à l’insuffisance de la relève face au départ à la retraite de la génération des baby-boomers et aux besoins croissants de l’économie. Cela relève à la fois du défaut de sensibilisation et de reconnaissance publiques de professions pourtant vitales pour la société et l’économie, et du faible nombre de femmes attirées par les filières de l’ingénierie. Employeurs et employés sont ici concernés au même titre que l’industrie, la politique et les pouvoirs publics. C’est dans ce sens que la FEANI s’implique: ensemble, les pays membres de la Fédération européenne des ingénieurs, dont la Suisse, défendent les intérêts des ingénieurs, renforcent la coopération et le réseautage, et «jettent des ponts» entre les parties prenantes. L’image de marque des professions d’ingénieur et une visibilité accrue de leurs mérites figurent parmi ses priorités.

«European Engineers Advisory Group»: œuvrer de concert pour le statut et l’image de la profession

Créé en septembre dernier par la FEANI, le groupe consultatif d’ingénieurs européens (EEAG) vise à renforcer la voix et le poids politique des ingénieurs européens à Bruxelles. Jusqu’ici, 17 organisations européennes de premier plan ont rejoint cette alliance pour améliorer le statut et l’image de la profession et accroître son attrait, afin d’attirer suffisamment d’intervenants qualifiés. Cela inclut la participation de diverses organisations de jeunesse (EYE, BEST) au niveau européen.

Maintenir les qualifications

Il s’agit aussi d’anticiper les besoins en prestations d’ingénierie à l’ère numérique, c’est-à-dire d’assurer la disponibilité des compétences nécessaires. Cela implique que les ingénieurs soient préparés aux mutations professionnelles, notamment aux changements induits par le recours accru à l’intelligence artificielle (IA).
Trois dossiers sont à l’ordre du jour du groupe consultatif sous le titre «Engineers for Europe (E4E) Knowledge Alliance», dont une plate-forme d’information sur les différents profils d’ingénieur, ainsi que des services et outils de formation initiale et continue. L’accélération du changement appellera un apprentissage tout au long de la vie, couplé à des attestations ad hoc (CPD pour «Continuous Professional Development»).

«STEM»: enthousiasmer les jeunes pour les MINT

La promotion de branches MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technologie) dans l’éducation est une condition cruciale pour assurer la relève et, surtout, pour attirer davantage de jeunes vers les métiers d’ingénieur. Piloté par l’Association norvégienne des ingénieurs, le groupe de travail « STEM » de la FEANI soutient l’échange d’expériences pratiques entre les associations d’ingénieurs en Europe. En Suisse, c’est l’Académie suisse des sciences techniques (SATW) qui, aux côtés de nombreux autres organismes, s’engage sur cette thématique et représente le pays au sein de la «EU STEM Coalition».

«European Engineering Education Database» : vue d’ensemble des offres de formation

La FEANI s’est également engagée à créer et à gérer la base de données européenne EEED (European Engineering Education Database) visant à dresser la carte de tous les établissements d’enseignement et de formation des ingénieurs répondant aux exigences minimales définies et auditées par la FEANI. Un outil très utile aux potentiels employeurs et employés au-delà des frontières pour évaluer la qualité des diverses institutions listées. Nos HES et EPF ont aussi tout à gagner de cette visibilité de leur offre.

Le titre «EUR ING»: passeport pour la mobilité

L’accès à l’emploi hors frontières et la libre circulation des ingénieurs est tributaire de la reconnaissance générale des titres et diplômes. Largement reconnu, le titre «EUR ING» est accepté par tous les pays membres de la FEANI comme certification professionnelle qualifiée estampillée «ingénieur européen». Sur demande, il est délivré par l’association et inscrit dans un registre central. Pour l’obtenir, il faut être au bénéfice d’un diplôme figurant dans la base de données EEED, d’au moins quatre années d’expérience professionnelle pour les détenteurs d’un bachelor et de deux années pour les titulaires d’un master, ainsi qu’être membre d’une association nationale d’ingénieurs. Sur les quelque 33 000 titres EUR ING en circulation, environ 1000 ont été accordés à des personnes basées en Suisse.

Intégrer les objectifs de développement durable de l’ONU

En matière d’énergie et de réduction de nuisances, les ingénieurs contribuent aussi massivement à la protection de l’environnement. Pour souligner cet apport, le «National Members Forum» d’avril 2018 a décidé que la FEANI intégrerait désormais les objectifs de développement durable des Nations Unies (ODD). L’association peut ainsi marquer l’importance du travail des ingénieurs dans cette perspective et profiler ses membres et spécialistes pour la recherche de solutions. Le concours des ingénieurs sera en effet indispensable pour atteindre plusieurs des 17 ODD et la FEANI vise à promouvoir l’échange à cette fin de meilleures pratiques entre les pays.

Swiss Engineering et la SIA participent activement

Une enquête sur l’implication des organisations d’ingénieurs face aux ODD formulés par l’ONU a montré que Swiss Engineering UTS et la SIA traitent de sujets qui y sont directement et indirectement liés. Citons en vrac les séminaires thématiques pour leurs membres, les mesures pour augmenter la qualité de la formation et promouvoir les femmes, de même que les contributions des ingénieurs pour une «énergie propre et abordable» et une croissance durable. Ainsi, les organisations suisses soutiennent activement la mise en œuvre de la Stratégie énergétique 2050 intégrant les directives de l’ONU pour 2030 – qu’il s’agisse de mesures ciblées pour la relève et les cursus concernés (master ou passerelle), pour des modes et normes de construction éco-efficients, ou pour la sensibilisation de leurs membres, du monde politique et du public aux questions de durabilité.

Hannes Treier, président du Comité national suisse FEANI

www.feani.org

Paru dans Revue Technique Suisse (RTS) n° 2/2019, cet article est republié avec son aimable autorisation. 

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