Gio Ponti, «de la cuillère à la ville»

Connu du grand public pour la chaise Superleggera (1957) ou encore la machine à café aérodynamique La Cornuta (1949), Gio Ponti (1891-1979) était aussi un architecte et un éditeur prolifique. Jusqu’au 5 mai, le Musée des Arts Décoratifs de Paris (MAD) accueille une belle rétrospective sur son œuvre-monde.

L’exposition est articulée selon deux grilles de lecture. La première partie couvre les différentes casquettes de Ponti. L’architecte de la tour Pirelli à Milan (1960) est d’abord reconnu en dehors de l’Italie, pour avoir été, en 1928, le fondateur et éditeur historique de la revue Domus. Mais, parmi les multiples facettes de Ponti, l’exposition met surtout en exergue son travail de designer. Ainsi, tables, chaises, lampes, carreaux de céramique, miroirs, vases ou encore services de table, aucun objet domestique n’échappe à la griffe de celui qui promouvait la diffusion de la création et du mode de vie «à l’italienne». Pendant une bonne partie du 20e siècle, Ponti fût l’initiateur, puis l’ambassadeur assidu de ce qu’on appelle dans le design, le «made in Italy».  

La deuxième partie de l’exposition suit quant à elle un fil chronologique. Le propos inscrit le travail de Ponti dans le contexte national italien. Et c’est tant mieux. A la lumière de cette seconde grille de lecture, les beaux objets de design exposés dans la grande salle du MAD acquièrent en plus une épaisseur historique. Pendant la Première Guerre mondiale, le jeune Ponti, diplômé de l’Ecole polytechnique de Milan, est enrôlé dans l’armé. Il a alors l’occasion de séjourner dans des villas palladiennes abandonnées. Ensuite, dès l’ouverture de son bureau en 1921, il se met à la recherche de ce qu’il appelle «la villa italienne». Il construit peu. Mais, dans les années 1930, il fait partie du mouvement Novecento et accède à des commandes plus importantes. Il passe alors peu à peu d’un style classique vers le rationalisme milanais des années 1930. Le premier immeuble Montecatini (1936-38) en est un très bel exemple. En 1942, la rencontre et la collaboration avec l’architecte américain Bernard Rudofsky rapproche Ponti de l’architecture vernaculaire, notamment méditerranéenne. C’est alors autant le monde industriel que l’artisanat qui nourriront ses recherches. Son architecture se complexifie et s’internationalise. Les villas iconiques réalisées dans la décennie suivante à Caracas et à Téhéran illustrent peut-être l'une des plus intéressantes contributions architecturales de Ponti. La forma finita énonce des architectures dont on ne peut rien soustraire ni rajouter. Enfin, dans les années 1960, jusqu'à son décès en 1979, Ponti réalise plusieurs projets, de plus en plus importants en terme de programme et de taille. Il devient alors le porte drapeau italien d’un style international florissant. Ce fut sa période la plus prolifique, à défaut d'être la plus intéressante. 

Avec cette exposition, le MAD consacre enfin un architecte européen important. Pourtant, dans son fief milanais, la première véritable rétrospective dédiée à Ponti date seulement de 2011. Pour les commissaires de l’exposition, ce retard s’explique en partie par son passé de bâtisseur dans l'Italie de Benito Mussolini. L’institution parisienne, voulant sans doute éviter la polémique stérile, effleure à peine la question. Néanmoins, au travers de la trajectoire professionnelle et des réalisations de Ponti dans l’Italie du milieu du 20e siècle, l’exposition aurait pu être aussi un espace qui donne à lire les mouvements architecturaux à la lumière des idéaux politiques qui les ont parfois bercés.

Informations

Tutto Ponti, Gio Ponti archi-designer
Jusqu’au 5 mai 2019
Musée des Arts Décoratifs, Paris
http://madparis.fr

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