Ettore Sottsass – la forme, la couleur et la fonction

Ettore Sottsass (1917– 2007) fut un architecte ainsi qu’un designer très original de produits industriels et de meubles. Iconoclaste et multiple, son œuvre fait l’objet d’une très belle rétrospective à la Galleria della Architettura de la Triennale de Milan.

Après ses études d’architecture à Turin, Ettore Sottsass ouvre son studio à Milan en 1950. En tant que directeur artistique, il imagine des meubles et des luminaires pour le fabricant florentin Poltronova. Mais c’est son travail pour Olivetti qui le rend célèbre à l’international à partir de 1959. Durant trois décennies, il crée pour le groupe toutes sortes d’appareils, du gros ordinateur à la machine à écrire portative.

Memphis – la révolution du meuble
En 1980, Sottsass réussit un coup de maître inattendu avec Michele De Lucchi, Matteo Thun, Barbara Radice et quelques autres: « Memphis » – une série de meubles aux couleurs vives et aux formes inhabituelles, qui révolutionne formellement les codes modernes de la création empreints des diktats notamment du Bauhaus et de De Stilj. Tout commençe par une dispute entre les membres du Studio Alchemia  de l’époque (de 1976 à 1980 environ), Michele De Lucchi et Ettore Sottsass, et les entreprises de production. Les deux créateurs veulent mettre un terme à l’usage selon lequel seuls les donneurs d’ordre décident de tout, du concept à la vente.

Le groupe Memphis crée alors des meubles à la frontière entre valeur utilitaire et sculpture, dont l’aspect est radicalement différent de tout ce qu’on avait pu voir jusqu’alors. Des lampes en forme d’oiseaux ou de petits Arcs de triomphe, des tables composées de bobines de câbles, des étagères aux parties latérales inclinées, de fines colonnes argentées combinées à des plaques de bois qui par leur stratifié coloré alliaient le «bon marché» au «noble». Le groupe bouscule les conventions mais leurs objets répondent toujours aux attentes de leur fonction.

There is a Planet
L’exposition à la Triennale montre des esquisses, des brouillons, des prototypes, des écrits, des publications et des produits de série signés Ettore Sottsass, réunis sous le titre énigmatique «There is a Planet». Au départ, ce titre était destiné à un livre prévu au début des années1990 chez l’éditeur allemand Wasmuth, mais qui n’a jamais vu le jour. Publié presque vingt ans plus tard chez Electa, il accompagne l’exposition. Celle-ci est divisée en neuf thèmes et abordent les genres artistiques qui ont toujours occupé Sottsass: l’architecture, le design, la photographie, la peinture, les objets, les meubles, les sculptures, le verre et la céramique ainsi que le journalisme et l’écriture.

Le long des murs de la galerie qui relient les neuf espaces thématiques, le visiteur peut découvrir des réalisations et des photographies. Exposées chronologiquement, elles couvrent l'œuvre du designer depuis les années 1950 jusqu'à sa mort en 2007 sous des titres évocateurs comme: «Souvenirs de crème chantilly» (1960),  «Design politique» (1970), «Structures tremblantes» (19701980), «Design barbare» (1980), Ruines (1990), «Espace véritable» (19801990) et «Je voudrais savoir pourquoi…» (jusqu’à fin 2007).

Ettore Sottsass – l’insaisissable
Selon la curatrice de l’exposition, Barbara Radice, compagne de l’artiste pendant 33 ans, Ettore est toujours resté une énigme. 
Pour l’exposition, elle a commencé par trier ses écrits: déclarations, informations, souvenirs, écrits familiers, imprécations, confessions et projets. Ettore est comme un archipel: pour en saisir toute l’étendue, il faut parcourir ses pensées, ses actions et ses voyages intérieurs. Sottsass a toujours fait preuve de curiosité face à l’inconnu, ce qui lui a donné la faculté de surprendre, de disposer d’une grande liberté d’action et d’expression.

L’exposition «Ettore Sottsass – there is a planet» possède un caractère personnel, réellement poétique, quasi-hermétique et magique. Elle repose sur les connaissances approfondies de Barbara Radice qui a réuni des documents et des objets d’institutions, de galeries et de collections privées. Il est encore possible de visiter cette exposition remarquable, conçue par Michele De Lucchi et Christoph Radl, jusqu’au dimanche 11 mars 2018 inclus à la Triennale de Milan.

Ettore Sottsass – there is a planet
Triennale de Milan, Viale Alemagna 6, Mila
jeudi à dimanche: 10.30–20.30
Plus d'informations: www.triennale.org

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